Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Après Daesh, les attentats de Paris : incertitudes et trois mois de déclarations

Felice Dassetto

12 avril 2015

Trois mois sont passés depuis les attentats aux journalistes de Charlie Hebdo et à la supérette casher de Paris. D’autres atrocités ont eu lieu en Europe et surtout au Moyen-Orient et en Afrique par l’action de ces groupes armés qui justifient leur action au nom d’une référence à la doctrine et à la foi musulmane. Dernier en date après les attentats de Copenhague et du musée du Bardo à Tunis, l’assaut à l’université de Garissa au Kenya le 2 avril.

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A propos de la Déclaration de Bruxelles de « Convergences musulmanes de Belgique contre la radicalisation et pour la citoyenneté » du 22 janvier 2015

Felice Dassetto

9 février 2015

J’ai écrit ce texte vers le 26 janvier. Je l’avais écrit, car j’avais entendu et lu dans les médias l’annonce de la Déclaration de Bruxelles et l’enthousiasme avec lequel on en parlait. Mais certaines interventions de porte-parole du groupe signataire, ont attiré mon attention et c’est ainsi que j’ai été amené à lire le texte en entier… et à envisager de le commenter car l’une ou l’autre aspect me posait question. J’en ai fait une analyse de contenu[1].

J’ai hésité à publier cette analyse. Je l’ai laissée décanter. Mais je me décide à le publier quand même, en espérant un débat entre citoyens, car derrière cette déclaration, il est bien question de citoyenneté. Pour ma part, il est également question d’interroger les visions, les repères idéologiques et identitaires d’une partie de la population musulmane qui veut s’affirmer dans un rôle de leadership. Un long cheminement reste à faire.

Je publie en annexe à mon écrit, le texte complet de la Déclaration que j’analyse.

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A propos de Belga et de M. Farid el Asri

11 février 2015

Felice Dassetto

Je viens de prendre connaissance d’une dépêche de Belga datant de ce 11 février à 16h52, intitulée :« La circulaire Milquet et toujours cette ombre de Mahi, Garaudy et  Ramadan".

La dépêche de Belga dit ceci:

BRUXELLES 11/02 (BELGA) = La circulaire que la ministre de l'Enseignement Joëlle Milquet a adressée aux écoles en vue de lutter contre le radicalisme invite les acteurs qui le souhaitent à recevoir une introduction à l'islam et à se former à la prévention de la radicalisation religieuse.

L'inscription se fait  auprès d'un réseau musulman de recherche, emridnetwork, dont le fondateur, Farid El Asri fut le soutien de Yacob Mahi lorsque le ministre Pierre Hazette l'empêcha de devenir inspecteur des cours de religion islamique pour des propos répétés contre l'égalité hommes femmes.

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En finir avec le mauvais slogan : « échec de l’intégration », ne pas en rester à la seule lutte contre la radicalisation, et penser plus large et plus loin.

Felice Dassetto

26 janvier 2015

 

Des politiciens et des « Unes » de médias répètent depuis des années qu’il y a échec de l’intégration, surtout en référence aux populations et aux jeunes d’origine arabe ou turque. Il y a des difficultés, certes, chez une partie de ces populations pour cheminer dans la société. Nous en parlerons. Mais parler globalement d’échec, c’est faux.

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Les manifestations contre les nouvelles publications des caricatures du Prophète : esquisses d’analyse

Felice Dassetto

18 janvier 2015

Comme on pouvait s’y attendre, la publication par le numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015, de nouvelles caricatures du Prophète, assortie d’un grand soutien et succès de ce numéro, du soutien des médias et des pouvoirs publics, a suscité des réactions. Au-delà de l’étonnement, il faudrait analyser ces réactions de manière plus attentive, car plusieurs facteurs entrent en jeu ; tout comme il faudra analyser plus attentivement les raisons du mouvement impressionnant du soutien à Charlie Hebdo.

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Après le 11 janvier : ne pas en rester à se demander : « Dans quel monde vivons-nous ? » mais se demander : « Que faire pour aller de l’avant » ?

Felice Dassetto

13 janvier 2015

Drame, émotion à la suite des attentats de Paris du 7-9 janvier 2015. Désarçonnement aussi, comme cela apparaît de la Une du Soir : « Dans quel monde vivons-nous ? ». Il ne faut pas en rester là. Il importe d’en sortir par le haut en faisant levier sur cet évènement tragique pour ouvrir des pistes nouvelles d’actions positives, guidées par une vision globale. Sinon, les extrémismes de tout bord donneront le ton à l’agenda à venir. Sinon, des penseurs comme Eric Zemmour continueront à alimenter une vision du monde qui ne sert à rien. Ces ouvrages semblent satisfaire celles et ceux qui se limitent à penser l’avenir en termes de regard sur le passé, de catastrophisme et de dénonciation. Dénoncer si on veut, mais si on dénonce, la question est aussi de proposer : que fait-on après avoir dénoncé avec virulence ?

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A propos de la recherche en sciences sociales en Belgique francophone et à propos de la recherche sur l’Islam

Felice Dassetto

20 décembre 2012

1.Sciences sociales et société

Je pense vraiment que la recherche en science sociales est indispensable dans nos sociétés complexes. Elle introduit de la réflexivité au sein de sociétés, elle peut éclairer la décision politique. Je parle ici des sciences sociales et non pas des sciences humaines en général comme on fait d’habitude, car les logiques et impératifs de recherche sont différentes d’un sous-domaine à un autre.

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Le projet de formation de « cadres de l’islam » du ministre Marcourt.

Questions et perplexités

Felice Dassetto

20 décembre 2014

 

L’émission de Jean Pol Hecq, « Et Dieu dans tout çà ? » était consacrée le 14 décembre dernier 2014 à « Former des cadres musulmans belge ? Comment ? Pourquoi ? ».

Participaient à ce débat : Brigitte Maréchal, directrice du CISMOC/UCL ; Jean-Philippe Schreiber, directeur de l’Observatoire des religions et de la laïcité (ORELA/CIERL/ULB), Salah Echallaoui, vice-président de l’Assemblée générale des musulmans de Belgique ; Edouard Delruelle, professeur à l’ULg, s’exprimant au nom du ministre Marcourt et Jean-François Husson, secrétaire-général du CRAIG et auteur de l’« Etude de faisabilité en vue de la création d’un Institut public d’étude de l’islam ». Ce dernier rapport a été commandité par le Ministre Marcourt, responsable de l’enseignement supérieur au Centre d’étude des migrations et de l’ethnicité (CEDEM) de l’université de Liège.

Ayant entendu les interventions de ce débat et ayant lu le communique du ministre, je voudrais revenir sur l’une ou l’autre question à la fois sur le fond du projet Marcourt et sur quelques références au passé qui ont été faites au cours du débat. Ayant été à l’origine d’un projet qui s’est poursuivi à l’UCL portant sur la « formation continue en sciences religieuses : islam » je voudrais également apporter quelques éléments de réflexion mais également quelques corrections par rapport à ce qu’on dit à ce sujet.

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Liberté d’expression : un regard sociologique ?

Felice Dassetto

23 novembre 2014

L’idée de liberté est au fondement même des sociétés modernes et démocratiques. Elle s’oppose au servage et à l’esclavage et affirme le principe du droit à l’autonomie de la pensée et d’action de chaque individu. Au sens politique et social, l’idée de liberté affirme l’autonomie des citoyens face aux pouvoirs de l’Etat, dans divers domaines : civil, politique, économique…. L’exercice de ces libertés implique nécessairement des limites qui sont celles de la liberté des autres. Et cela implique une régulation de l’exercice de la liberté. Le droit joue un rôle majeur pour garantir cette liberté en fixant les limites de l’exercice pratique de celle-ci, selon des critères pas toujours faciles à établir. Beaucoup a été écrit sur le sujet.

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Quarante ans d’islam belge : un bilan qui ne mâche pas ses mots.

Felice Dassetto

9 novembre 2014

 

Prémisse hors texte

J’ai été invité le 9 novembre 2014 à intervenir lors d’une table ronde à la Foire musulmane de Bruxelles. Ce débat portait sur « Quarante ans d’islam belge. Quel bilan ? Quelles perspectives ? ». Participaient à la table ronde le Dr. Yacoub Mahi et M. Mehet Saygin. Devait participer également Nurdine Ismaili, président de l’Exécutif des musulmans de Belgique, mais en dernière minute il a annoncé qu’il ne pouvait pas participer. Je regrette d’avoir dû quitter immédiatement après les trois exposés, à cause d’un autre engagement que j’avais ailleurs et ne pas avoir eu l’occasion de débattre, même brièvement, avec les deux autres intervenants. Je le regrette d’autant plus en raison de la qualité de leurs exposés, tout comme en raison de certaines divergences de point de vue qui me sont apparus lors de leurs exposés et que j’aurais aimé clarifier. Et j’aurais évidemment aimé entendre leurs commentaires aux propos que j’ai tenus. Il y aura peut-être une autre occasion.

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Un "V" par hasard ?

Felice Dassetto

15 octobre 2014

Lors de la prestation de serment du gouvernement fédéral, Jan Jambon, Theo Francken, Steven Vandeputparlementaires de le N-VA ont prêté serment avec un beau et clair "V". Le « V » de la victoire, mais surtout le "V" du slogan de leur parti dans la campagne électorale (Verandering voor Vooruitgang, le Changement pour le progrès). Comment l’interpréter ?

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Gaia, les moules et l’Aïd : du sens, au-delà des polémiques

Felice Dassetto

2 octobre 2014

Le mouvement Gaia a manifesté le 28 septembre 2014 en faveur du respect des animaux et plus particulièrement contre l’abattage rituel, considéré irrespectueux du bien-être animal. Selon les obligations des rituels juif et musulman, l’abattage de bovins, ovins, volaille est envisagé par égorgement et sans étourdissement préalable de l’animal, comme il est prescrit et en usage actuellement dans les abattoirs, suivant les directives européennes. Celles-ci prévoient l’exception pour ces abattages rituels. Pour les Musulmans, il n’y a pas seulement l’abattage rituel (halâl) en vue des besoins ordinaires en viande : la fête principale de leur calendrier annuel, a comme pôle symbolique majeur l’abattage d’un animal. Il s’agit souvent d’un mouton, dans certaines sociétés d’une chèvre, ailleurs d’une volaille. C’est la fête de l’Aid al-ad’ha (Fête du sacrifice), appelée également l’Aïd el-kebir ou Kurban bairami (en turc) (Grande fête), ou encore la Tabaski (en wolof et en Afrique occidentale et centrale). C’est une fête qui inscrit l’islam dans la tradition abrahamique, car elle se relie au moment vécu par Abraham, narré dans les textes bibliques et repris dans la tradition musulmane : Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils en signe d’obéissance et miraculeusement il remplace ce fils par un animal. En 2014 cette fête a lieu le 4 octobre.

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Wallonie : fête, New York et pierre bleu

Felice Dassetto

21 septembre 2014

A quoi servent les fêtes collectives d’une ville, d’un village, d’un pays, de la Wallonie sinon pour se regarder collectivement et se dire que, tout compte fait, c’est plutôt bien ? A cause d’aspects substantiels de la vie commune… ou à cause d’aspects moins centraux, mais qui fonctionnent tout de même comme le sucre en poudre sur la tarte ou la cerise sur le gâteau.

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Commémorations d’un état de guerre: 1914-2014

Felice Dassetto

8 septembre 2014

 

Les commémorations du commencement et du déroulement de la guerre 1914-18 se sont multiplié ses derniers mois. Un grand effort de reconstitution historique a été fait, afin de redonner vie à des faits d’armes, rendus dans les moindres détails.

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Djihadisme : déviance ou extrémisation ?

Felice Dassetto

(Une version abrégée de ce texte a été publiée dans Le Soir, version électronique du 23.08.2014)

A chaque flambée des actions djihadistes, depuis l’Egypte des années 1970-80, l’Algérie des années 1990 à celles actuelles de l’Etat islamique en passant par al-Qaida, le groupes di Djihad, le Groupe islamique armé, al-Qaida au Maghreb islamique et bien d’autres on tente d’expliquer les ressorts et les logiques de ces actions et de leur persistance depuis quarante ans. Des groupes djihadistes émergent, sont défaits, resurgissent sous des nouvelles appellations. L’islam contemporain est fortement traversé, gangrené par une courant de pensée  et d'action djihadiste.

Les analyses de l’Etat islamique et groupes semblables

Les catégories classiques d’une politologie « réaliste » sont mobilisées pour analyser groupes et mouvements. Pour les uns, ces mouvements s’expliquent par des logiques d’intérêts et de puissance : accès au pouvoir de groupes marginalisés ou simplement accès à des ressources matérielles, via des pillages ou des trafics de drogue. Pour d’autres c’est le chômage, le manque de ressources qui amène ces gens à ce type d’action : c’est l’argument préféré par des analystes sociaux. Pour d’autres ce sont des manipulations, des combats entre puissances par ces groupes interposés : l’Etat islamique aurait ainsi comme ressort la confrontation entre Arabie Saoudite et Iran comme le disait Olivier Roy dans une interview au Soir (12 août 2014). Dans la même veine, ces groupes seraient pour d’autres des créations des USA et/ou d’Israël afin de déstabiliser toute la région et garantir simultanément la mainmise américaine sur les ressources pétrolières du Moyen Orient ainsi que l’action d’Israël afin d’élargir son territoire. Cette thèse semble avoir particulière audience dans le monde arabe. On peut voir à ce sujet, à titre d’exemple, l’interview de Nabil Naim, ex cadre de al Qaida, transmise par la télévision Mayadeen, basée à Beyrouth. Elle a été publiée et sous-titrée en français dans le site de Tel Quel du 7 août dernier. Pour d’autres encore, dans la veine des post-colonial studies, ces groupes djihadistes ne seraient que le miroir négatif de l’action de l’Occident. On peut voir l’interview de François Burgat dans le Soir du 7 août 2014.

Ces explications ont quelque part une portion de pertinence, même si on souhaiterait voir apparaître des analyses plus documentées et fondées sur les faits dans leur totalités et qui procèdent à une synthèse des différents facteurs qui entrent en jeu pour expliquer des conjonctures particulières. Nécessité d’explication complexe qui s’avère d’autant plus importante si on veut lutter concrètement contre ces groupes et contrer leur multiplication.

Prendre en compte la force des idées

Mais ces niveaux d’explication – logique d’intérêt et de puissance- ne permettent pas de comprendre la permanence longue de ces mouvements, leur multiplication, leur capacité de mobilisation, leur renaissance. Et ne permettent pas non plus de comprendre pourquoi des jeunes, qui n’ont pas d’intérêts en jeu, mais qui ont apparemment tout à perdre, y compris leur vie, partent s’enrôler dans ces mouvements (J'ai traité cette question dans un texte: " Radicalisme et djihadisme. Devenir extrémiste et agir en extrémiste", in CISMOC, Essais et recherches en ligne, juin 2014, 26p.). Il faut pour cela intégrer d’autres niveaux explicatifs et, parmi eux, considérer le fait que ce ne sont pas seulement des intérêts matériel ou de pouvoir qui bougent les gens, mais aussi des idées, des visions du monde. Il faut prendre au sérieux la forces des idées et en particulier des idées religieuses, mais pas seulement : de toutes les idées qui proposent des modèles, des perspectives et des évidences absolues. En général on les sous-estime. 

Une parenthèse : le regard complexe sur le Moyen orient

Les analyses sur la question du djihadisme, et en particulier au sujet de la Syrie et de l’Iraq, auraient avantage à porter sur l’ensemble des acteurs en présence. Il faut espérer que des spécialistes documentés parviendront à produire un état de connaissance des quinze dernières années, portant certes sur le djihadisme (mais sur ce sujet il y a pas mal de travaux, même s’il y a peu de travaux de première main), mais également portant sur la politique américaine et britannique (et des autres pays occidentaux), sur celle russe, sur celle israélienne ; ainsi que sur les intérêts économiques en jeu ; mais également sur les logiques des puissances locales arabes et celle iranienne, de même que sur les logiques des entités tribales et enfin portant sur les visions des populations (hommes et femmes) et leurs leaders formels et informels. Ce volcan en ébullition du Moyen orient ne me semble pas pouvoir se comprendre sans une analyse globale mais qui doit être documentée. En attendant, voici quelques réflexions sur le djihadisme et ces matrices.

Les deux matrices diffuses de la pensée djihadiste

Il est important d’abord de comprendre l’émergence, les filiations de ces idées. L’idée du djihad est ancienne et dans les temps modernes, ce concept clé qui véhicule l’idée une idée spirituelle, mais qui véhicule également l’idée d’un combat mené et justifié au nom d’une obligation religieuse était la hantise des colonisateurs : le Mahdi donna du fil à retordre aux armées britanniques qui occupaient le Soudan et différents djihad ont fortement inquiétés les français dans la Haute Volta. Mais dans la formulation contemporaine, les spécialistes de l’islam ont montré suffisamment la double matrice de ces idées.

On connaît assez bien l’histoire des idées, des acteurs, des leaders et des groupes djihadistes contemporains. Mais en amont de ces analyses spécifiques, il importe de se demander si ces djihadismes émergent à partir de rien ou bien s’ils ont une racine dans les dynamiques plus larges de l’islam contemporain. C’est faux de dire que le djihadisme , y compris dans ses formes extrêmes, n’a rien à voir avec l’islam contemporain : le djihadisme a bien naissance dans une double matrice de l’islam contemporain.

La première matrice est celle associé à une vision « politique » de l’islam. Elle est née dans les années 1920, issue du triple contexte : la fin du Califat ottoman qui symbolisait une sorte d’unité musulmane, la colonisation et l’aspiration aux indépendances et enfin les idéologies étatiques (fascistes ou communistes mais également des démocraties occidentales de cette période) qui donnaient grand valeur à la puissance de l’Etat. Parmi les Frères musulmans égyptiens, chez Maulana Mawdoudi en Inde et ensuite au Pakistan se formule le concept d’ «  Etat islamique » comme actualisation moderne de l’expérience prophétique qui, à Médine, a donné naissance à une société qu’il a gouverné.

D’autre part, une deuxième filiation vise plutôt, par un processus social qu’on retrouve dans d’autres courants religieux, à revigorer la religion par un renforcement du respect des rites et des normes morales (notamment en matière de gestions de la sexualité), par un respect à la lettre des préceptes fondateurs contenus dans les textes (le Coran, la Sunna en l’occurrence) et dans l’exemple du premiers temps de l’islam. Par ce biais naîtrait une société musulmane pure qui serait nécessairement gouvernée par des gouvernants purifiés. Ce sont divers courants comme les mouvements des Déobandi, des Ahl i hadith en Inde, ou le wahhabisme saoudite qui a évolué vers une forme renouvelé qui s’est auto-appelé la voie salafyya : le salafisme C’est un courant globale qu’on pourrait qualifier de piétiste-normatif-littéraliste.

La version politique aboutit en ligne directe au djihadisme, car il s’agit d’une pensée directement immergée dans le politique. Dans le cas de la matrice normative-littéraliste cette filiation est indirecte mais existante. Précisons : ces deux grandes matrices ne prêchent pas dans leur ensemble le djihadisme ; ce sont des fractions minoritaires de ces mouvements qui dérivent vers le djihadisme. Mais par leur pensée, ces deux mouvements alimentent le terreau des idées favorable à l’éclosion d’idées djihadistes.

Ces deux courants de l’islam, celui politique et celui normatif, colorient de leur empreinte l’islam contemporain. Depuis les années 1970, ils se sont imposés comme étant eux l’expression de ce qu’est l’islam. Les jeunes générations ont été socialisées à cet islam-là et pensent que cet islam-là est l’islam tout cour. On a beau dire que, par exemple l’islam marocain est un islam modéré, porteur d’un autre islam. Ce discours ne s’avère pas crédible. Le cas de la Turquie qui évolue par des procédures démocratiques, certes, vers un islamisme politique est exemplaire du fait que cet islam-là, issu de la pensée politique islamiste est l’islam tout cour.

Dans ce cadre comme penser le djihadisme par rapport à l’ensemble de l’islam contemporain : déviance ou extrémisation ?

Pour les musulmans ordinaires, les djihadismes sont une déviance de l’islam : pour eux il s'agit d'une dérive qui n’a rien à voir avec l’islam : « ce n’est pas l’islam » disent souvent les musulmans interrogés sur ces questions. C’est, évidemment, ce que démentent les djihadistes en question qui prétendent agir au nom de cette religion.

La question est : en disant qu’il s’agit d’une déviance, donc de quelque chose d’externe à l’islam contemporain, d’une dérive qui n’a rien à voir avec l’islam, n’évite-t-on pas de poser quelques questions et notamment celle de savoir si le djihadisme n'a pas ces racines dans l'islam contemporain et n’est pas tout compte fait le prolongement extrême qui a comme soubassement le deux matrices dominantes de la pensée musulmane contemporaine, celle de l’islam politique et celle de l’islam normatif ?

La première, posant l’exigence d’un Etat islamique sans s’interroger plus loin, est incapable de penser les réalités contemporaines, celles du pluralisme des sociétés et donc l’indispensable définition de l’Etat à partir de catégories universelles, celles d’individu et de citoyen et non pas celles découlant du religieux. La deuxième, par ses exigences normatives relatives au rite et à la norme morale ne fait que poser les prémisses d’une société oure qui n’est viable que si elle est conforme à ces exigences.

               Ces deux matrices sont des « utopies rétrospectives » : elles pensent les sociétés d’aujourd’hui et de l’avenir comme une répétition de ce qu’ils pensent avoir été la société du temps du Prophète. Incapables de se penser dans une société en changement, elles ne peuvent penser qu’en imposant le modèle de leur utopie passée.

Ces deux visions sont devenues majoritaires dans le monde musulman ; elles ont saturé l’espace de sens musulman. Leurs idées ont largement débordé les organisations spécifiques de ces deux mouvements. Il n’est en quelque sorte pas étonnant, contrairement à ce que pensent et disent des musulmans qui y adhèrent concrètement, parfois sans s’en rendre compte et en pensant que c’est cela l’islam, que ces deux visions de l’islam aboutissent aux expressions radicalisées du djihadisme.

Avenir

Jusqu’à quand les musulmans ne se secoueront pas de cette double chape de plomb culturel qui pèse sur l’islam contemporain en faisant un travail profond de réflexion sur leurs catégories interprétatives des textes et de l’histoire fondatrice, et jusqu’à quand ils éviteront de se poser ces questions en continuant à dire que ce n’est pas l’islam, sans s’interroger plus loin et parfois en se réfugiant de manière défensive dans l’idée d’un complot contre les musulmans, le djihadisme continuera à s’alimenter dans le monde musulman contemporain et finira par traîner définitivement dans la boue l’islam lui-même. Certes, cela n’est pas l’islam ; l’islam peut être autre chose. Mais cet islam-là est celui qui est devenu dominant dans le monde musulman en engluant ainsi les musulmans d’aujourd’hui.

Quand les musulmans, et en particulier les jeunes musulmans européens, parviendront à se secouer et feront entendre avec vigueur d’autres voix de l’islam et deviendront  capables de sortir de la langue de bois terne qui évite de regarder les réalités en face ?

Fête nationale et ses ambiguïtés en quête de perspectives

 

Felice Dassetto

 

Il y a quinze jours c’était la « fête nationale ». J’avais écrit ce texte que pour diverses raisons je n’ai pas posté tout de suite. Il n’est plus lié à l’actualité immédiate, mais il me semble pertinent pour l’avenir.

Même si, entre temps, le projet de formation du nouveau gouvernement donne un ton nouveau aux perspectives du devenir de la Belgique. Ce prochain, probable, gouvernement comment sera-t-il vu dans vingt ans ? Apparaîtra-t-il comme un simple épisode politique de changement d’orientation socio-économique comme veulent le présenter les quatre partis engagés dans cette formation ? Ou bien apparaîtra-t-il comme un piège pour la NVA, forçant ce parti à sortir de son nationalisme étriqué, ce qui n’est pas du tout évident ? Ou bien sera-t-il le début de l’institutionnalisation du processus de décomposition finale de l’Etat belge via une technique d’entrisme -cela rappelle le trotskisme- des courants et des projets séparatistes au sein même de l’Etat fédéral : le projet de la NVA, certes, mais aussi du CD&V. Et il y a un côté comique à voir que le président de la Chambre des représentant qui vient d’être élu, Patrick Dewael, avait énoncé il y a quelques années, avec un large sourire, le concept d’ « évaporation de la Belgique ».

En face de cette évolution lente et apparemment irrésistible, ceux qui disent tenir à une Belgique fédérale unie sont en manque de perspectives et en manque d’action. Il ne raisonnent qu’en terme de résistance, une résistance qui rappelle la ligne Maginot. Y compris dans la célébration de la fête « nationale ». Et des élites politiques semblent préoccupées avant tout à se positionner sur l’échiquier des entités qui survivront à la future « évaporation ».
Ceci dit, le regard sur cet aspect de la réalité belge, prend une autre dimension si on se met en perspective de la misère dans le monde et des éventements tragiques qui le traversent, du Moyen Orient à l’Afghanistan, à la République centrafricaine. Mise en perspective, ce qui ne veut pas dire, selon moi, insignifiance.

 

Le 21 juillet a eu lieu avec un grand succès de foule. Il faudrait dire de foule populaire : les élites intellectuelles, économiques ou politiques participent à cette liesse hors de la distinction des salons feutrés, des think thank et du champagne, à moins d’y être conviés par obligation de fonction et de profession. Mais le peuple citoyen s’est réjouit en participant à cette fête « nationale ». Peuple francophone, mais aussi, me semble-t-il et bien qu’en moindre mesure, peuple néerlandophone. Une fête qui a de la peine à s’arracher à son passé et à sa tradition pour contribuer, par ce moment festif, à construire, à réinventer et à donner sens à la réalité nouvelle de la Belgique. De ce fait cette fête « nationale » véhicule des ambiguïtés.

1. Vous avez dit « fédéral » ? La Belgique est un état fédéral. Au sens large du terme, cela signifie que la Belgique se pense et se veut comme un ensemble de populations et de destins composés d’entités diverses (qu’on appelle communautés et régions) intégrés par certains aspects au sein d’une instance politique, qu’on appelle Etat fédéral, au sens restreint du terme (le fédéral, le gouvernement fédéral). Or, le 21 juillet est la fête de quoi ? Vu que l’on continue à l’appeler fête « nationale » serait-elle une fête de la nostalgie du passé ? Probablement pas, sauf pour certains. Ou bien est-elle devenue la fête de l’Etat fédéral au sens restreint du terme ? On pourrait le penser, car mis à part les blasons des régions et des communautés suspendus dans la tribune royale, et mis à part leurs représentants officiels en tant qu’invités, les entités fédérées sont absentes de cette fête. On pourrait objecter qu’elles ont leur fête propre. Certes. Mais ces fêtes ce sont des fêtes locales de chaque entité. Elles n’expriment pas l’articulation dans un ensemble qui s’appelle Belgique. Ainsi, à proprement parler, la nouvelle réalité belge n’a pas encore trouvé le canal pour réaliser un moment festif collectif où s’expriment à la fois la population et les institutions. Alors que tous les discours, royaux ou pas, mettent l’accent sur le nécessaire dialogue, collaboration et solidarité entre les entités du pays.

2. Fête nationale ou fête de la monarchie ? Les deux se confondent, puisque la population belge est en faveur d’un régime monarchique constitutionnel. Mais la fête « fédérale » n’est pas uniquement la fête de l’institution dynastique. Les deux télévisions nationales francophones (RTBF et RTL), en prenant argument cette année de la coïncidence entre le 21 juillet et la prestation de serment du roi Philippe, ont glissé comme message par leurs longues émissions : la fête « nationale » est la fête de la monarchie. Si on peut comprendre cela comme occasion d’un premier anniversaire, il serait malencontreux si cette identification entre dynastie et célébration nationale devienne la norme. C’est d’ailleurs toute une réflexion nouvelle à avoir sur la fonction monarchique qui continue à flotter entre deux extrêmes, auxquels l’actuel couple royal semble vouloir s’arracher : d’une part celui d’une sorte d’exaltation, d’idéalisation et d’autre part celui d’une banalisation. L’institution dynastique, voire les personnes qui les incarnent, sont quasi sacralisées pour les uns ; ou bien cette fonction est ramenée pour les autres à « serrer des mains, sourire et tenir des propos gentils », comme on l’entend souvent chez des commentateurs politiques qui ne semblent pas avoir compris la fonction d’une institution centrale (qu’elle soit monarchique ou républicaine) méta-politicienne au sein d’un pays. Mais la fête « fédérale » est plus et autre chose que la célébration de l’institution monarchique.

3. Fête de l’armée ? Dans la tradition des nations guerrières du XIX° et du XX° siècle, la fête « nationale » reste marquée par une présence dominante de la composante armée de l’Etat. Certes, elle n’est plus seule : une partie du défilé est constituée d’une composante « civile » : Protection civile, Croix rouge, Police. Mais le ton donné est celui du défilé militaire. Les autres s’ajoutent et défilent « à la manière » des militaires. Certes, l’armée prend une physionomie citoyenne sympathique et se propose sous l’angle ludique. Certes, les institutions parlementaires ouvrent leurs portes depuis quelques années. Et cela est bienvenu. Peut-être qu’à l’avenir pas seulement les institutions fédérales au sens étroit du terme mais également celles des entités fédérées participeront à la fête.

Or c’est quoi, dans un moment festif, un défilé ? C’est l’expression, la mise en scène de ce qu’on veut donner à voir, célébrer et mettre à l’honneur. Le 21 juillet, on veut célébrer la société -population, la société civile organisée, les institutions publiques- vivant dans ce territoire. Or, on persiste à célébrer ce moment davantage via la composante armée Une composante importante bien entendu, indispensable. Mais une des composantes.

Cette fête pourrait faire le choix de mettre à l’honneur de manière consistante, de manière visuelle d’autres composantes : des travailleurs sociaux qui essaient d’endiguer le pauvreté, aux organisations professionnelles ou aux enseignants dont on dit l’importance ; des travailleurs de la santé à ceux qui s’occupent des personnes âgées dans les homes ; des chercheurs aux travailleurs du spectacle ; des fonctionnaires des douanes à ceux qui s’occupent de tâches quotidiennes dans les administrations. Sans oublier le nombre d’organisations animées par des bénévoles ou semi-professionnels qui oeuvrent pour rendre le tissu social des villes et des villages plus humain et plus solidaire. Et, parmi eux, les animateurs sportifs bénévoles de nombreuses disciplines et animateurs de groupes de jeunes, juste de quoi équilibrer les outrances financières du monde sportif professionnel, largement et trop honoré. Bien sûr, cela n’est pas naturellement spectaculaire comme les F16 dans le ciel ou les chars Léopard sur les pavés, mais il faudrait faire confiance aux créateurs pour aboutir à un défile dans le genre de Jean-Paul Goude ou de Franco Dragone ou, plus modestement mais tout aussi joliment, que de la Zienneke parade de Bruxelles.

4. Fête catholique ? Par la persistance d’une tradition issue du XIX° siècle, on continue à chanter le Te Deum officiel. Que le pays historiquement soit fort marqué culturellement et institutionnellement par la tradition chrétienne catholique, est un fait qui serait ridicule de nier. Mais aujourd’hui le catholicisme n’est plus la seule ni la composante majoritaire. Le pays est largement pluriel dans ses convictions, de l’athéisme aux multiples expressions de croyances. Que la dynastie ait été considérée comme une dynastie catholique est une chose (à voir si elle se considère encore comme telle), mais le pays est une autre chose. Que les catholiques (ou ceux d’autres cultes) souhaitent se réunir dans ce jour de fête pour remercier Dieu des bienfaits sur le pays et invoquer sa protection est une chose (et c’est une manière de participer à la fête), mais qu’un moment officiel du 21 juillet passe obligatoirement par cette célébration en est un autre. De-catholiciser la fête du 21 juillet ce n’est pas dévaloriser la dimension religieuse, mais ce serait donner un peu plus de vérité à la quête de sens de cette fête et ce serait peut-être aussi donner du sens au rituel religieux, au lieu de le mettre au service d’une rhétorique aux accents bien creux.

Réinventer le festif du 21 juillet, lui trouver un sens et l’ancrer avec plus de cohérence dans la nouvelle réalité de la Belgique, ce serait aussi contribuer à la construire. Certes, tout ceci est de l’ordre des mentalités, du symbolique. Souvent on entend dire, au nom d’un pragmatisme au pieds sur terre : « ce n’est que du symbolique ». En sous-entendant : passons aux choses sérieuses ! Mais oui, c’est que les êtres humains sont des êtres qui fonctionnent par le symbolique. C’est pour cela qu’ils sont humains. Et en plus, prendre en compte le symbolique, c’est aussi mieux chercher les cohérences intellectuelles et sociétales.

Extra-vagances d’été

Felice Dassetto

26 juin 2014

 

Le mondial

On n’y échappe pas, même ici... le mondial est là.
Mondial ? Mais oui, presque. Même l’Asie commence à entrer dans le monde du foot. Les USA ont franchi le pas et ont ajouté le foot au basket et au base-ball. Et quand ceux-là font quelque chose, c’est avec conviction et ce n’est pas fait à moitié. Il faudra encore que la Chine s’y mette et que l’Inde quitte le cricket.

Vive le mondial donc…. Oui mais. En fait, c’est le mondial qui est déclaré mondial... mais par la moitié du monde. C’est le mondial au masculin qui proclame que c’est le mondial tout court. Côté joueurs, c’est la pureté ethno-masculine: c’est un demi-mondial. D’ailleurs c’est dit : un « Diable » rouge ou d’autres couleurs, c’est masculin. Côté spectateurs, c’est aussi presque ethno-masculin. Juste quelques femmes s’y frottent, amusées et peut-être bienveillantes pour les passions de leurs hommes.

Tient tient. Mais alors, je n’y avais pas pensé. Le foot n’est pas un sport mixte ! Qu’en disent les féministes ? Silence, me semble-t-il.

Lorsque des femmes expriment le souhait de fréquenter un bassin de natation entre femmes, on entend crier au scandale, à la régression, à l’obscurantisme. Sortons donc le foot de l’obscurantisme ! 12 joueurs par équipe, six hommes et six femmes et on n’en parle plus. Le mondial sera vraiment mondial. De même pour d’autres sports. Tournoi féminin et masculin séparés à Roland Garros ? Que nenni! C’est un scandale, ma parole. C’est de la régression. Fini ! Interdit ! Uniquement des tournois par équipes mixtes. Le Tour de France? Uniquement des équipes mixtes et classement par équipe. Une vraie révolution s’annonce enfin.

En attendant : bon demi mondial.

 

A propos du mondial, on n’a pas pu rater la devise inscrite sur le drapeau brésilien : « Ordem e Progresso ».

La sociologie y est pour quelque chose. Ce drapeau est celui de la proclamation de la république brésilienne en 1889, quelques 70 ans après l’indépendance de ce pays. Or, à l’époque, les idées du français Auguste Comte (1798-1857) circulaient dans la classe dirigeante  moderne brésilienne. Comte, considéré comme un des pères fondateurs de la sociologie, était un personnage bien singulier : en partie autodidacte, hors des cercles universitaires, secrétaire pendant quelques années de Saint-Simon, qui l’influencera mais dont il se dissociera le considérant trop fantasque, Auguste Comte a produit une oeuvre importante et notamment son « Cours de philosophie positive ». Ce "cours" est une brique considérable issue des leçons qu’il donnait dans son appartement parisien à un cercle d’initiés. Convaincu que la sociologie (qu’il a d’abord appelé philosophie positive, et inventé ensuite le mot « sociologie ») pouvait introduire de la rationalité dans la vie politique, il finit par fonder une sorte de religion laïque, une « religion » de l’humanité, en publiant le Catéchisme positiviste en 1852. Pendant ces années-là, Comte passait par une crise mystique après la mort, dans ses bras, de sa femme idéale, Clotilde de Vaux, -impossible à marier car déjà mariée- (eh oui, on est au XIX° siècle). Tout ceci fait très romanticisme.

Peu importe, la doctrine positiviste se voulait une doctrine de progrès, grâce à la raison, mais dans l’ordre. Dans son Cours de philosophie positive d’ailleurs, les deux grands thèmes, qu’il développe à longueur de pages, sont ce qu’il appelle la « statique sociale » (c’est-à-dire l’ordre) pour comprendre comment les sociétés se stabilisent et ce qu’il appelle la « dynamique sociale » pour comprendre comment les sociétés changent (le progrès).

La doctrine de Comte, qui se voulait une « religion laïque » pour la nouvelle humanité des sociétés industrielles modernes, a essaimé un peu en France (en Belgique aussi, dans le Hainaut)... et au Brésil. On fonde des lieux qu’on appelle même, comme au Brésil, des « temples positivistes » où on cultive et on prolonge la pensée comtienne... Et c’est dans cette mouvance d’idées que la nouvelle république du Brésil, qui succède à la période impériale, adopte la devise : « ordem e progresso ».

 

Millionnaires

Un études intéressante d’un jeune doctorant de l’université de Liège, Antoine Dedry sur le patrimoine des ménages belges a été publié sous le titre : Richesse et héritage en Belgique (en ligne sur le site : www2/ulg.ac.be/crepp). C’est un texte un peu technique mais clair dans son propos. Une étude dans la foulée des travaux de Thomas Picouty. Les patrimoines s’accroissent depuis les années 1990. La fiscalité les favorise. Une partie de cet accroissement se fait par héritage. Dedry parle d’un retour au modèle féodal de société, ce qui n’est pas faux.

Mais l’accroissement des richesses ne se fait pas seulement par héritage. La mondialisation financière, industrielle et commerciale permet des accumulations de fortunes énormes. Et depuis les années 1980 des fractions des classes sociales dirigeantes ont réussi à conquérir un rapport de force qui leur permet de s’octroyer des revenus très, très élevés. Parfois au nez du fisc et sous forme d’avantages multiples. Le nouveau monde mondialisé apporte du bien-être global, dit-on, mais il est un monde de fractures.

Les sphères patronales et une partie de la classe politique clament la nécessité de réduire le coût de la main d’oeuvre, mais ils le disent surtout en référence aux salariés « ordinaires », et beaucoup moins par rapport aux plus hauts dirigeants. Ni par rapport aux actionnaires : la crise de Delhaize n’est pas-t-elle due, en plus qu’à des erreurs stratégiques d’implantation, aussi au fait que ce groupe a été très généreux avec ses actionnaires ?

Et parfois ces hauts cadres jouissent d’une impunité que seul leur rapport de force rend possible : n’importe quel travailleur ordinaire qui, à son niveau, aurait fait des erreurs comme ceux faits par Pierre Richard à la tête de Dexia, aurait été licencié immédiatement et on lui aurait demandé des comptes. Pierre Richard a impunément, et avec un culot monumental, négocié sa sortie à coup de centaines de milliers d’euros par an.

Entre temps, les finances des Etats sont aux abois et doivent restreindre au maximum les dépenses. Le plus souvent cela se résout par une restriction des services et un accroissement de la fiscalité générale, qui pèse avant tout sur les couches intermédiaires salariées ou indépendantes.

Comment est-il possible de continuer ainsi ? Ce faisant le nombre d’électeurs qui se tournent vers des partis qui prônent un nationalisme en vase clos, qui mêle nationalisme économique et nationalisme social va s’accroître. Ce faisant on ne parvient pas à donner des horizons et on ne vit que dans la courte vue.

A quand une nouvelle culture collective qui s’opposerait à une vision qui fait du collectif le seul résultat d’intérêts et d’avantages individuels et corporatistes ? Une nouvelle culture collective capable de réinventer le modèle économique et social ainsi que le modèle environnemental. Une nouvelle culture collective capable d’innovation et de changement mais sans oublier l’équilibre, alors que les changements contemporains -sociétaux, technologiques, économiques- se font avec les mêmes méthodes brutales qu’au XIX° siècle.

Il y aurait tout à gagner, pour tout le monde. Est-ce un vieux rêve centriste ou bien une urgence réaliste ? Urgence qui suppose de retrouver un sens au mot : sagesse. Auguste Comte et son catéchisme positiviste disait vouloir lutter contre « l’irruption anarchique du délire occidental ». Un peu emphatique peut-être, mais tout de même....

 

Egypte

 

Un tribunal organisé comme une triste farce a confirmé des condamnations à mort en masse. Comment ces juges peuvent-ils se regarder dans un miroir ?

Après les erreurs et les excès du gouvernement des Frères musulmans, Sissi verse dans le scénario le plus tragique, qui renoue avec des passés staliniens. On est dans l’extrême.

Mais en général, pourquoi tant de dirigeants et de détenteurs du pouvoir ne parviennent-ils pas à comprendre que l’usage systématique de la violence doublé du mensonge ne fait qu’accroître les désastres sociaux ?

Et pourquoi les populations -nous tous au fond- acceptent cette « servitude dans le mensonge » ? Seulement à cause de la violence, de la terreur ou de la manipulation ? Ou parce que cela nous arrange ? Ou c’est le moins défavorable à ce qui nous convient?

Machiavel avait-il définitivement raison en disant que le pouvoir est un spectacle où le Prince doit jouer entre le séducteur (quitte à mentir) et le lion (prêt à sortir les griffes) ? Les expériences démocratiques, la valeur reconnue aux droits de tout être humain, ne parviennent-ils pas à rendre possibles, souhaitables et attrayants d’autres modèles de fonctionnement du pouvoir  et du devenir social ?

Pourquoi l’Egypte sort si difficilement de la spirale violence-mensonge dans laquelle ce pays comme pas mal d’autres semble baigner depuis l’indépendance ? Seulement à cause des manipulations extérieures des puissances ou de la puissance tout court, les USA?

Pourquoi Américains et Britanniques ont marché presque à l’unisson lors de l’entrée en guerre en Iraq en 2003, haut fait de violence et de mensonge, dont le but, tout compte fait était avant tout de tenter de mettre la main sur des réserves pétrolières et de favoriser des industriels d’armement, amis de G.W. Bush  et de Dick Cheney ?

Pourquoi dans la bagarre entre Russes et Ukrainiens l’irrationnel et l’usage de la violence semble faire partie de la manière ordinaire de faire de la politique ?

Pourquoi des paquets entiers de l’économie, à commencer des matières premières (pétrole...), se fait à l’enseigne de la violence avec ou sans gants blancs et du mensonge inscrites au coeur même des matériaux de nos GSM (coltan) que nous consommons avec tant d’avidité ?

 

C’étaient au fond les questions d’Auguste Comte. Il est né avec la révolution française ; il a fait ses premiers pas dans la Terreur ; il a grandit avec les folies guerrières napoléoniennes qui ont mis à feu et à sang toute l’Europe. Et puis Comte a connu la Restauration contre laquelle il a manifesté en y perdant son emploi. Il s’est dit alors que seule la raison pouvait vaincre ces passions délirantes. Ou mieux : la raison et pas mal de sagesse.....

Attentat au Musée Juif de Bruxelles.

Un drame et trois malaises

Felice Dassetto

2 juin 2014

 

La mort de trois personnes et un jeune homme entre la vie et la mort à l’hôpital Saint Pierre sont des drames de ces derniers jours. Cet assassinat collectif, démonstratif qui a visé des innocents est dramatique. Il est à condamner avec toutes les forces.  La chronique mondiale et celle belge nous ont malheureusement parlé d’autres gestes de furie. De la fusillade de Columbine en 1999, au jeune homme habillé en Joker des films de Batman qui poignarde des enfants dans une crèche de Termonde en 2009, à la fusillade au marché de Noël de Liège en 2011, en passant par des dizaines d’autres cas, ces gestes sont nombreux. Ils tombent dans la réalité des faits divers tragiques. On ne remarque jamais que c’est toujours le fait d’hommes, de mâles en quête d’identité, ou porteurs de ressentiment. Drame de l’humanité, drame de l’humanité au masculin ou d’une certaine vision du masculin.

Dans le cas de la fusillade et des assassinats du Musée Juif de Bruxelles, ce fait divers prend une signification supplémentaire car il s’agit d’un lieu qui s’affiche par sa référence ethno-religieuse... .

Rien, absolument rien ne justifie cet attentat. Ceci dit aussi, je vis ce moment avec trois malaises.

 

Le silence musulman mais une nouvelle parole ...

Face à de tels drames, qui ont une dimension collective, on exprime des solidarités, un sentiment de piété. J’espère que l’on me corrigera, mais de la part des instances ou groupes musulmans sunnites, la majorité en Belgique, c’est le silence. A deux exceptions près, à ma connaissance. Le groupe Vigilance musulmane a immédiatement exprimé sa compassion à l’égard des familles. A juste titre, ne connaissant pas l’auteur, il prend une position neutre à cet égard. Mais ce groupe est constitué de quelques personnes qui se comptent sur les doigts d’une main. Une autre expression qui s’est manifestée est celle du Conseil européen des Ulémas marocains qui parle « d’acte ignoble » et d’attachement aux « valeurs du vivre ensemble ». Cet organisme, qui a peut être parlé surtout par la voie de son secrétaire général, bien qu’il siège à Bruxelles, n’est pas l’expression de l’islam belge.

Jusqu’à présent, sauf erreur de ma part, il n’y avait pas eu des signes importants venants de la communauté musulmane.Toutefois il faut signaler aussi un communiqué de La Ligue des Musulmans de Belgique et  de Muslims Rights Belgium.

C’est avec une heureuse surprise qu’il y a eu le communiqué de l’Exécutif des musulmans de Belgique, publié après la découverte du probable auteur de l’acte.  Heureuse surprise d’autant plus grande que j’avais entendu le nouveau président de l’Exécutif dire  lors de l’émission de la RTBF, « Et Dieu dans tous çà », que l’Exécutif était un organe purement technique, destiné à gérer le « Temporel du culte », c’est-à-dire organiser le financement des mosquées et des imams par l’Etat, les aumôniers, les enseignants de religion islamique, les cimetières..., sans plus. Ce communiqué est bien la preuve que l’Exécutif des musulmans ne peut pas être qu’un organe technique. Et ce communiqué met le doigt sur une partie des questions brûlantes pour les populations musulmanes. Ce communiqué dit textuellement :

C’est avec une grande douleur que l’Exécutif des Musulmans de Belgique a pris connaissance de la fusillade survenue le 24 mai 2014 au Musée juif de Bruxelles. L’Exécutif des Musulmans de Belgique présente ses sincères condoléances à la famille et aux proches des victimes, et témoigne à la communauté juive de Belgique toute sa solidarité et son amitié. L’EMB condamne avec la plus grande fermeté ce crime abject perpétré de sang-froid. Aussi, aucune raison ni aucune pensée ne peuvent légitimer de tels crimes. Un crime animé par une idéologie rampante qui constitue un choc frontal avec l’altérité. La capture du principal suspect, d’origine musulmane et inféodé au radicalisme religieux le plus meurtrier, jette une fois de plus l’opprobre sur une communauté qui n’aspire qu’à vivre dans la concorde et la paix au sein de notre société. Ce fléau ravageur qui nous touche malheureusement de plein fouet, contribue à alimenter, encore une fois, le mépris voire l’islamophobie. C’est la raison pour laquelle, cette tragédie nous rappelle l’importance du dialogue et du vivre-ensemble qui, seuls, peuvent mener à une société harmonieuse et paisible. Aussi, la lutte contre l’antisémitisme et le racisme sous toutes ses formes, qui ne doit faire l’objet d’aucune réserve, convoque l’effort de tous sans exception. Une lutte qui est au centre des préoccupations de la communauté musulmane  de Belgique. SMAILI Noureddine, Président

Ce communiqué - est-il partagé parmi les Musulmans?- est important. Il y aurait encore à s’interroger sur le lien  entre ce « radicalisme religieux le plus monstrueux » et une pensée musulmane diffuse qui en constitue l’antichambre, une pensée salafiste ou frériste plus ou moins soft, même si elle ne dit pas son nom, mais qui marque fortement le monde musulman : car là c’est le coeur de ce qu’à mon sens devrait être « le centre des préoccupations de la communauté musulmane de Belgique » et celle de l’Europe.

 

Le malaise de la qualification du geste et la confusion du monde juif

Cet attentat terroriste a été qualifié de geste antisémite. Ceci veut dire geste raciste donc : cette fusillade a visé le lieu parce que juif, au sens racial du terme, en renouant ainsi avec les actes antisémites dont la Shoah a été l’acte extrême. Cette qualification exclusive me laisse perplexe, car la réalité me semble bien plus complexe, bien que je sois conscient de la banalisation de propos antisémites qui prolifèrent sur le Web. Mais le Web malheureusement permet la prolifération de propos de cinglés de toute sorte.

J’ai aussi entendu évoquer le fait que c’est un geste antisioniste. Ce qui peut signifier deux choses. Au sens large, le terme « sionisme » fait référence  au mouvement du peuple juif, qui à partir du XIX° siècle, réaffirme son identité, n’accepte plus passivement d’être brimé et écrasé et se donne dans l’utopie concrète de la terre l’Israël un ancrage historique.  Au sens plus politique, le terme fait référence à la constitution de l’Etat d’Israël comme « foyer national juif ». Ainsi cet attentat peut avoir d’autres dimensions : il s’exprime contre l’Etat d’Israël (sionisme au sens restrictif du terme) identifié par un raccourci à ce centre culturel juif.  Contre l’Etat d’Israël en soi, auquel une partie importante d’organisations et mouvements musulmans, comme le Hamas palestinien,  dont ils continuent à nier l’existence, mais aussi contre la politique de l’Etat israélien à l’égard des Palestiniens, des colonies juives.

Ces quatre dimensions se mêlent, me semble-t-il, dans le discours de  groupes musulmans contemporains assez largement entendus : antisémitisme, antisionisme, anti-israélisme en soi, anti politique israélienne concrète.  Le tout s’appuyant sur le mélange entre identité sociale et culturelle, religion et politique israélienne que l’on trouve du côté du monde juif (à quoi on pourrait ajouter l’accusation à l’Amérique et plus largement à l’Occident, sensés être les défenseurs d’Israël et du monde juif alors qu’ils seraient sensés être contre les musulmans).

Et le tout inscrit dans une spirale  négative de malentendus, de mensonges, de haine, de violence, de laquelle les acteurs du conflit autour d’Israël sont incapables de sortir depuis plus de cinquante ans.

J’ai vu qu’une délégation du Congrès juif mondial est arrivée à Bruxelles dans cette circonstance : ce qui n’est pas fait pour éclaircir les choses, cet important organisme me semblant être l’expression même de ce mélange idéologico-religieux.

On stigmatise souvent  le mélange entre religions, ethnie, communautarisme et politique. Ceci avec raison. J’ai l’impression que l’Etat d’Israël et le monde juif, religieux d’abord, mais parfois aussi laïc, ne s’en sort pas de ce cocktail dangereux. Ce qui me met fort mal à l’aise.

 

Incertitudes politiques et gesticulations

 

Une nouvelle fois, à la suite de cet événement, on parle de mesures à prendre, d’action préventive.

Cela m’a fait tristement sourire d’entendre dire que la radicalisation de Mehdi Nemmouche en prison est un fait nouveau. La mémoire, comme souvent en politique et dans les médias, est courte. Cela fait plus de vingt ans qu’on en parle. Des études -difficiles à faire- ont été publiées.

J’entends parler de « déradicalisation », de « contre-discours ». On entend ces propos aussi dans le discours des Etats-Unis que les instances officielles répètent souvent en Europe. J’entends parler de formation etc, etc.

Hélas, il est fort probable que, passée l’émotion, comme depuis trente ans, rien ne sera fait de substantiel et dans la durée. Ainsi, le trend actuel du devenir du monde musulman se poursuivra. Pour deux raisons.

Tout d’abord, je pense que les médias et les décideurs politiques n’ont pas pris la mesure de ce qui se joue, en amont, dans le monde musulman et qui alimente les actions éclatantes. Se imiter à s’attaquer au djihadisme et au terrorisme par des mesures de séculturé -ce qu’il faut absolument faire- c’est s’attaquer aux symptômes. C’est comme prendre un Dafalgan lorsqu’on a la grippe.

Et, deuxièmement, c’est qu’au fond ce n’est que dans le monde musulman et parmi les musulmans que l’on pourra trouver remède. Mais non pas parmi les musulmans culturels, fondamentalement agnostiques, qui disent prôner un « islam des lumières ». Pourquoi pas cette formule alléchante ; hélas dans l’état actuel de l’islam elle sonne creux. Ce n’est pas non plus dans des islams officiels, à la langue de bois, et qui, eux aussi, mêlent religion et pouvoir, que ce soit en Turquie ou au Maroc ou ailleur. La lutte contre la pensée musulmane radicale -de matrice salafiste ou frériste-  et contre son influence ne pourra venir que des musulmans croyants et libres, à condition qu’ils s’activent pour proposer une autre vision de l’islam. Ce qui ne semblent pas avoir le courage de faire. Le chemin est long, très long. Pour cela il serait urgent de s’activer rapidement.

 

Zinneke parade : melting pot ?

12 mai 2014

Felice Dassetto

Formidable évènement bisannuel celui qui s’est déroulé ce samedi 10 mai. A l’instar des sept précédentes éditions, des citoyens occupent l’espace public des rues du centre de Bruxelles et se donnent à voir. Esprit allègre et bon enfant, la « Zinneke parade » donne du bonheur aux participants et aux simples spectateurs.

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Valls, Renzi : nouvelle figures de pouvoir ?

9 avril 2014

Felice Dassetto

Manuel Valls est nommé premier ministre. En Italie, Matteo Renzi a été nommé président du conseil. Ce sont deux figures nouvelles dans les paysages politiques des démocraties européennes, car ils semblent incarner des nouvelles figures de l’autorité.

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Femmes, égalité, travail, guerres

Felice Dassetto

15 mars 2014

 

La Journée internationale de la femme du 7 mars dernier a mis en avant la notion clé d’« égalité », en dénonçant l’inégalité au travail entre hommes et femmes en ce qui concerne surtout les salaires et l’accès à des fonctions dirigeantes. Le concept d’égalité mériterait peut être un usage plus critique.

 

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Regards traversiers

Felice Dassetto

22 février 2014

 

Les Pandas arrivent. On leur a bâti une forêt de bambou. D’autres pensent de bâtir une nouvelle ville, un genre de 3LN. Dans des villes et des campagnes du monde des gens s’affrontent. A Kiev on semble rêver. Mais peut-être que de nouvelles bourrasques arrivent.

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Felice Dassetto

Une instance représentative des musulmans de Belgique :

20 ans d’histoire mouvementée après presque 20 ans d’hésitations

10 février 2014

Des instances musulmanes s’apprêtent à mettre en place, dans un relatif silence à l’intérieur de la communauté musulmane, le prochain organe qui devrait représenter les musulmans de Belgique et qui devrait être mis en place au printemps 2014. Elles espèrent aboutir à une relative stabilisation, après une trentaine d’années d’efforts un peu secoués. Sera-t-il un « printemps » de l’institutionnalisation de l’islam belge ? Ou ce « printemps de l’islam belge » sera le printemps d’un islam d’ailleurs, suivi d’un automne tumultueux ?

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Quand la vie publique s’englobe dans le privé : un Président qui privatise son statut

Felice Dassetto

(Ce texte est une version longue d’un texte paru dans La Libre Belgique du 24 janvier 2014)

 

Les escapades du président de la République française font partie de sa vie privée ! C’est l’évidence pour l’intéressé et pour la plupart des commentateurs (masculins surtout ?). Ce qui n’empêche pas tout le monde d’en parler et de ricaner, parfois avec des accents machistes, sur cet épisode aux allures de vaudeville présidentiel et de drame pour sa compagne.

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Dix ou douze ? Un débat et quelques questions.

Felice Dassetto

5.12.2013

 

La réforme Marcourt de l'enseignement universitaire touche de multiples aspects. Pour ce qui est des structures institutionnelles et de la création de l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES), je suppose que des spécialistes de la gestion institutionnelle universitaire ont conduit ou conduirons des analyses. Autant l'idée d'une coordination est bonne, autant ce dirigisme centralisateur me laisse un peu perplexe. L'organsation des années d'étude, et en particulier l'autonomisation des examens par rapport à l'année d'étude, est aussi l'objet de la réforme. J'en toucherai un mot. A part les difficultés de gestion, je me demande si on a assez pris en compte les effets pervers - pour tout le monde, pour l'institution et pour les étudiants- de cette pratique et ses dérives.  Apparemment il y a eu trois ans de débats.... Je me concentrerai surtout dans ce texte sur la question de la réussite à 10/20, tout en évoquant d'autres aspects.

 

La décision du ministre Marcourt portant à 10/20 (à la place de 12/20) la note minimale attestant de la réussite  des étudiants pour une année universitaire a suscité des débats. La Fédération des étudiants francophones (FEF) a soutenu la réforme. Mais d’autres étudiants ont lancé une pétition qui a récolté en 48 heures plusieurs milliers de signatures, au point qu’on pourrait se demander qui représente réellement la FEF. Les recteurs des universités ne semblaient pas favorables à cette réforme, mais apparemment ils ont décidé ensuite de s’aligner sur les souhaits ou les diktats du puissant ministre.

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Felice Dassetto et Albert Bastenier, L'islam transplanté. Vie et organisation des minorités musulmanes en Belgique, Bruxelles, EPO, 1984, 203 p.

La première enquête réalisée en Belgique et une des premières en Europe au début des années 1980. On y parle d'un islam tel qu'il apparaissait à l'époque, à peine au début de sa "transplantation" en Belgique (et en Europe), construit avant tout par des primo-migrants qui commencent à s'implanter définitivement dans le pays. Trente ans après les logiques et les forces sociales à l'oeuvre restent assez semblables et croisent des logiques nouvelles introduites par les jeunes générations.

A propos de la "nation wallonne": penser la "nation"

Felice Dassetto

Le lent et laborieux processus de réforme, mais en réalité de dislocation de la Belgique, pose des questions au sujet des Etats et des réalités politiques contemporaines qui vont souvent au delà du cas belge. La polémique suscitée par les propos du président de la Région wallonne Rudy Demotte au août 2013 à propos d’un « nationalisme wallon » (positif, ajoute-t-il), prouve la nécessité d’une reflexion de fond.

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La bataille du trafic

Felice Dassetto

(publié dans La libre Belgique, 16 janvier 2013)

Le salon de l’auto ouvre ses portes. Le monde de l’automobile espère que les ventes de l’année 2013 retrouveront du tonus. Bénéfices pour les actionnaires et emplois des travailleurs sont en jeu. 

Une ombre au tableau : plus il y a de véhicules automobiles en circulation, plus il y a des embouteillages.

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Sortir des radicalismes civilisationnels

Felice Dassetto

(publié dans la version électronique du Monde : Le Monde.fr du 12.08.2011)

L’assassinat de dizaines de ses concitoyens par le norvégien Breivik a surpris par la détermination cynique et la rationalité de la mise en œuvre. S’agit-il du geste d’un malade mental ? C’est une hypothèse défendue par certains. S’il en est ainsi, ce serait d’une certaine manière rassurant. D’autres défendent l’idée que ce geste est alimenté par des discours qui accentuent la peur de l’islam et la crainte pour le devenir de l’Occident. D’autres attribueront  ce geste à la présence mal maîtrisé des immigrants. D’autres encore diront que les responsabilités seraient à chercher dans les « politiques multiculturelles », d’ailleurs bien peu  consistantes en pratique. Peut être que c‘est au croisement de tout cela que l’on peut trouver quelques clés de compréhension.

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