Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

A propos de ce blog

Les sociétés sont immergées dans des changements profonds. Parfois ils nous séduisent; parfois ils nous effraient. Parfois nous les souhaitons, parfois nous les subissons. Quoi qu’il en soit nous les vivons et nous contribuons à les faire exister. Et une chose est de les vivre; une autre chose est de comprendre vers où nous allons.

Les sciences des sociétés (anthropologie, sociologie) sont nées dans le but d’interpréter la société industrielle, urbaine et les nouvelles structures sociales  qui se mettaient en place au XIX° siècle. D’Auguste Comte à Karl Marx et Alexis de Tocqueville, de Max Weber à Emile Durkheim, Robert Ezra Park et bien d’autres, tel fut le projet. Il s’est poursuivi dans le temps et il continue aujourd’hui. Le plus souvent ces démarches d’analyses s’accompagnaient d’un projet d’émancipation sociale et de toute manière de la volonté d’accroître la capacité de maîtrise sur le devenir de la société moderne. Les scientifiques sociaux contribuaient au devenir du projet démocratique et continuaient - en général avec réserve et prudence, échaudés par les leçons du passé- l’utopie des Lumières.

Les sciences sociales peuvent contribuer à nommer et comprendre la société d’aujourd’hui par leurs outils d’analyse et de critique. Tel voudrait être, bien modestement, le souhait de ce blog.

À  propos de Felice Dassetto

 

Après quelques années de travail comme technicien dans l’industrie pétrochimique, suivies d’une parenthèse, j’ai commencé des études de statistique et puis de sociologie, probablement pour comprendre la société dans laquelle je vivais et ma place en son sein. Pendant des années j’ai pratiqué comme chercheur universitaire. Hors université, j’ai fondé avec d’autres l’Observatoire social européen, un centre de recherche, qui se voulait critique, sur les politiques européennes.

Ensuite, comme professeur à l’Université catholique de Louvain en Belgique, j’ai eu la charge de divers enseignements jusqu’à mon éméritat. J’ai enseigné un cours de base en sociologie pendant de nombreuses années. Tout comme un cours de base en histoire de la sociologie, que je croisais autant que possible avec celle de l’anthropologie, car je pense que ces deux disciplines sont de plus en plus destinées à se rencontrer. J’ai également enseigné, en les accompagnant de recherches, des cours plus spécialisés, liés aux questions que je me posais sur la société. Un cours sur l’analyse des structures sociales et du pouvoir, car je trouvais étrange que cette question qui me semble majeure soit devenue marginale dans la sociologie contemporaine, laquelle est trop marquée, selon moi, par une dose excessive de subjectivisme. Un cours sur la sociologie des sciences et des techniques, question qui me semble également centrale : comment ignorer le rôle des technologies et des sciences dans le façonnement des individus, des organisations, des cultures, des sociétés ? Sauf quelques exceptions, cette question est le plus souvent ignorée tant dans l’enseignement que dans la recherche.

Dans les dernières années de ma carrière universitaire, j’ai  créé et enseigné un cours en sociologie de l’islam, après des années de recherche dans le domaine. J’ai fondé un centre de recherche sur l’islam contemporain (le CISMOC, à l’université de Louvain, toujours bien actif) car la présence de l’islam en Europe est pour moi une des grandes nouveautés civilisationnelles du XX° siècle. Et l’histoire de l’impact de cette présence ne fait que commencer.

Tout ceci peut paraître -et en partie il l’est-  plutôt chaotique ou schizophrène. Mais pour moi - tout au moins, pour justifier à mes yeux mon éclectisme- il y avait une cohérence : l’analyse du changement dans les  sociétés contemporaines. Qu’il s’agisse d’innovation technologique ou de l’innovation induite par la présence musulmane en Europe tant pour les Musulmans que pour les non-Musulmans. Ou encore -autre question qui m’a intéressé, vivant dans un pays à l’identité tiraillée comme la Belgique- qu’il s’agisse des transformations des appartenances nationales. Ou des questions induites par la construction européenne. Il s’agit toujours de processus de changement. Pour cette étude, ce qui m'a aidé c'est le regard long sur l’histoire de la sociologie et de l’anthropologie. Les travaux de générations de scientifiques sociaux se sont interrogés depuis le XIX° siècle (et bien avant) sur les changements en cours dans le monde transformé par le capitalisme, l’industrie, la ville, les techniques de communication et la culture nouvelle qui émergeait.

Face à la complexité sociale, à la nouvelle planétarisation du monde et aux changements contemporains, l’effort de compréhension, alimenté par la rigueur d’analyse, s’avère important pour contribuer à la maîtrise démocratique du devenir social.


A propos du tableau 

 

La peinture en acrylique sur toile mise en exergue est de Ennio Furiesi, peintre à Volterra, en Toscane. Elle symbolise relativement bien mon regard de socio-anthropologue sur les sociétés humaines. Regard qui guide mes analyses et mes textes.

tableau

Les sociétés sont foisonnantes de diversités, d'individualités : les formes et les couleurs centrales du tableau sont multiples et enchevêtrées.

 

Les sociétés donnent l’impression d’un grand bouillonnement. Et pourtant, comme dans le tableau, ces bouillonnements et ces foisonnements sont canalisés : les multiples expressions de couleurs et de traits sont mises en forme selon des modalités diverses : un nuage, le bord vertical de gauche et celui de droite. Ce sont les institutions, les cadres systémiques, les structures matérielles. Ce sont autant de « déjà-là sociaux » : non pas immuables, non pas figés, mais pourtant dotés d’évidence et de force et avec lesquels tout individu ou tout collectif doit se confronter.

Selon moi, le défi de la socio-antropologie est de parvenir à rendre compte, voire à expliquer, les tensions et les constructions réciproques entre les initiatives et les actions des individus et des collectifs et les déjà-là sociaux. Les deux bandes verticales du tableau ne sont pas closes. Le nuage peut éclater. Les traits qui symbolisent les initiatives, les subjectivités se confondent avec les bandes verticales, les déjà-là. Elles les grignotent et les transforment. Ces déjà-là ne sont jamais achevés, mais ne sont pas volatiles, ne sont jamais pure contrainte. Les sujets, les individus, les mouvements sociaux ne sont jamais pure liberté et originalité totale. Ils sont d’ailleurs indissociables de ces déjà-là. Et réciproquement.

C’est une socio-anthropologie qui sort de l’opposition, bien stérile à mes yeux et qui suscite pourtant tellement de querelles, entre référence aux structures ou référence aux sujets et aux individus. Pour moi, le regard du socio-anthropologue a avantage à porter sur la tension entre les deux. Ceci, entre autres pour, comprendre les changements.

Un jour ou l’autre, j’écrirai quelque chose sur les soubassements et les références théoriques de mon regard sur les sociétés. Je m’en étais déjà expliqué quelque peu dans le petit essai : L’endroit et l’envers. Regards sur les sociéts contemporaine.