Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Extra-vagances d’été

Felice Dassetto

26 juin 2014

 

Le mondial

On n’y échappe pas, même ici... le mondial est là.
Mondial ? Mais oui, presque. Même l’Asie commence à entrer dans le monde du foot. Les USA ont franchi le pas et ont ajouté le foot au basket et au base-ball. Et quand ceux-là font quelque chose, c’est avec conviction et ce n’est pas fait à moitié. Il faudra encore que la Chine s’y mette et que l’Inde quitte le cricket.

Vive le mondial donc…. Oui mais. En fait, c’est le mondial qui est déclaré mondial... mais par la moitié du monde. C’est le mondial au masculin qui proclame que c’est le mondial tout court. Côté joueurs, c’est la pureté ethno-masculine: c’est un demi-mondial. D’ailleurs c’est dit : un « Diable » rouge ou d’autres couleurs, c’est masculin. Côté spectateurs, c’est aussi presque ethno-masculin. Juste quelques femmes s’y frottent, amusées et peut-être bienveillantes pour les passions de leurs hommes.

Tient tient. Mais alors, je n’y avais pas pensé. Le foot n’est pas un sport mixte ! Qu’en disent les féministes ? Silence, me semble-t-il.

Lorsque des femmes expriment le souhait de fréquenter un bassin de natation entre femmes, on entend crier au scandale, à la régression, à l’obscurantisme. Sortons donc le foot de l’obscurantisme ! 12 joueurs par équipe, six hommes et six femmes et on n’en parle plus. Le mondial sera vraiment mondial. De même pour d’autres sports. Tournoi féminin et masculin séparés à Roland Garros ? Que nenni! C’est un scandale, ma parole. C’est de la régression. Fini ! Interdit ! Uniquement des tournois par équipes mixtes. Le Tour de France? Uniquement des équipes mixtes et classement par équipe. Une vraie révolution s’annonce enfin.

En attendant : bon demi mondial.

 

A propos du mondial, on n’a pas pu rater la devise inscrite sur le drapeau brésilien : « Ordem e Progresso ».

La sociologie y est pour quelque chose. Ce drapeau est celui de la proclamation de la république brésilienne en 1889, quelques 70 ans après l’indépendance de ce pays. Or, à l’époque, les idées du français Auguste Comte (1798-1857) circulaient dans la classe dirigeante  moderne brésilienne. Comte, considéré comme un des pères fondateurs de la sociologie, était un personnage bien singulier : en partie autodidacte, hors des cercles universitaires, secrétaire pendant quelques années de Saint-Simon, qui l’influencera mais dont il se dissociera le considérant trop fantasque, Auguste Comte a produit une oeuvre importante et notamment son « Cours de philosophie positive ». Ce "cours" est une brique considérable issue des leçons qu’il donnait dans son appartement parisien à un cercle d’initiés. Convaincu que la sociologie (qu’il a d’abord appelé philosophie positive, et inventé ensuite le mot « sociologie ») pouvait introduire de la rationalité dans la vie politique, il finit par fonder une sorte de religion laïque, une « religion » de l’humanité, en publiant le Catéchisme positiviste en 1852. Pendant ces années-là, Comte passait par une crise mystique après la mort, dans ses bras, de sa femme idéale, Clotilde de Vaux, -impossible à marier car déjà mariée- (eh oui, on est au XIX° siècle). Tout ceci fait très romanticisme.

Peu importe, la doctrine positiviste se voulait une doctrine de progrès, grâce à la raison, mais dans l’ordre. Dans son Cours de philosophie positive d’ailleurs, les deux grands thèmes, qu’il développe à longueur de pages, sont ce qu’il appelle la « statique sociale » (c’est-à-dire l’ordre) pour comprendre comment les sociétés se stabilisent et ce qu’il appelle la « dynamique sociale » pour comprendre comment les sociétés changent (le progrès).

La doctrine de Comte, qui se voulait une « religion laïque » pour la nouvelle humanité des sociétés industrielles modernes, a essaimé un peu en France (en Belgique aussi, dans le Hainaut)... et au Brésil. On fonde des lieux qu’on appelle même, comme au Brésil, des « temples positivistes » où on cultive et on prolonge la pensée comtienne... Et c’est dans cette mouvance d’idées que la nouvelle république du Brésil, qui succède à la période impériale, adopte la devise : « ordem e progresso ».

 

Millionnaires

Un études intéressante d’un jeune doctorant de l’université de Liège, Antoine Dedry sur le patrimoine des ménages belges a été publié sous le titre : Richesse et héritage en Belgique (en ligne sur le site : www2/ulg.ac.be/crepp). C’est un texte un peu technique mais clair dans son propos. Une étude dans la foulée des travaux de Thomas Picouty. Les patrimoines s’accroissent depuis les années 1990. La fiscalité les favorise. Une partie de cet accroissement se fait par héritage. Dedry parle d’un retour au modèle féodal de société, ce qui n’est pas faux.

Mais l’accroissement des richesses ne se fait pas seulement par héritage. La mondialisation financière, industrielle et commerciale permet des accumulations de fortunes énormes. Et depuis les années 1980 des fractions des classes sociales dirigeantes ont réussi à conquérir un rapport de force qui leur permet de s’octroyer des revenus très, très élevés. Parfois au nez du fisc et sous forme d’avantages multiples. Le nouveau monde mondialisé apporte du bien-être global, dit-on, mais il est un monde de fractures.

Les sphères patronales et une partie de la classe politique clament la nécessité de réduire le coût de la main d’oeuvre, mais ils le disent surtout en référence aux salariés « ordinaires », et beaucoup moins par rapport aux plus hauts dirigeants. Ni par rapport aux actionnaires : la crise de Delhaize n’est pas-t-elle due, en plus qu’à des erreurs stratégiques d’implantation, aussi au fait que ce groupe a été très généreux avec ses actionnaires ?

Et parfois ces hauts cadres jouissent d’une impunité que seul leur rapport de force rend possible : n’importe quel travailleur ordinaire qui, à son niveau, aurait fait des erreurs comme ceux faits par Pierre Richard à la tête de Dexia, aurait été licencié immédiatement et on lui aurait demandé des comptes. Pierre Richard a impunément, et avec un culot monumental, négocié sa sortie à coup de centaines de milliers d’euros par an.

Entre temps, les finances des Etats sont aux abois et doivent restreindre au maximum les dépenses. Le plus souvent cela se résout par une restriction des services et un accroissement de la fiscalité générale, qui pèse avant tout sur les couches intermédiaires salariées ou indépendantes.

Comment est-il possible de continuer ainsi ? Ce faisant le nombre d’électeurs qui se tournent vers des partis qui prônent un nationalisme en vase clos, qui mêle nationalisme économique et nationalisme social va s’accroître. Ce faisant on ne parvient pas à donner des horizons et on ne vit que dans la courte vue.

A quand une nouvelle culture collective qui s’opposerait à une vision qui fait du collectif le seul résultat d’intérêts et d’avantages individuels et corporatistes ? Une nouvelle culture collective capable de réinventer le modèle économique et social ainsi que le modèle environnemental. Une nouvelle culture collective capable d’innovation et de changement mais sans oublier l’équilibre, alors que les changements contemporains -sociétaux, technologiques, économiques- se font avec les mêmes méthodes brutales qu’au XIX° siècle.

Il y aurait tout à gagner, pour tout le monde. Est-ce un vieux rêve centriste ou bien une urgence réaliste ? Urgence qui suppose de retrouver un sens au mot : sagesse. Auguste Comte et son catéchisme positiviste disait vouloir lutter contre « l’irruption anarchique du délire occidental ». Un peu emphatique peut-être, mais tout de même....

 

Egypte

 

Un tribunal organisé comme une triste farce a confirmé des condamnations à mort en masse. Comment ces juges peuvent-ils se regarder dans un miroir ?

Après les erreurs et les excès du gouvernement des Frères musulmans, Sissi verse dans le scénario le plus tragique, qui renoue avec des passés staliniens. On est dans l’extrême.

Mais en général, pourquoi tant de dirigeants et de détenteurs du pouvoir ne parviennent-ils pas à comprendre que l’usage systématique de la violence doublé du mensonge ne fait qu’accroître les désastres sociaux ?

Et pourquoi les populations -nous tous au fond- acceptent cette « servitude dans le mensonge » ? Seulement à cause de la violence, de la terreur ou de la manipulation ? Ou parce que cela nous arrange ? Ou c’est le moins défavorable à ce qui nous convient?

Machiavel avait-il définitivement raison en disant que le pouvoir est un spectacle où le Prince doit jouer entre le séducteur (quitte à mentir) et le lion (prêt à sortir les griffes) ? Les expériences démocratiques, la valeur reconnue aux droits de tout être humain, ne parviennent-ils pas à rendre possibles, souhaitables et attrayants d’autres modèles de fonctionnement du pouvoir  et du devenir social ?

Pourquoi l’Egypte sort si difficilement de la spirale violence-mensonge dans laquelle ce pays comme pas mal d’autres semble baigner depuis l’indépendance ? Seulement à cause des manipulations extérieures des puissances ou de la puissance tout court, les USA?

Pourquoi Américains et Britanniques ont marché presque à l’unisson lors de l’entrée en guerre en Iraq en 2003, haut fait de violence et de mensonge, dont le but, tout compte fait était avant tout de tenter de mettre la main sur des réserves pétrolières et de favoriser des industriels d’armement, amis de G.W. Bush  et de Dick Cheney ?

Pourquoi dans la bagarre entre Russes et Ukrainiens l’irrationnel et l’usage de la violence semble faire partie de la manière ordinaire de faire de la politique ?

Pourquoi des paquets entiers de l’économie, à commencer des matières premières (pétrole...), se fait à l’enseigne de la violence avec ou sans gants blancs et du mensonge inscrites au coeur même des matériaux de nos GSM (coltan) que nous consommons avec tant d’avidité ?

 

C’étaient au fond les questions d’Auguste Comte. Il est né avec la révolution française ; il a fait ses premiers pas dans la Terreur ; il a grandit avec les folies guerrières napoléoniennes qui ont mis à feu et à sang toute l’Europe. Et puis Comte a connu la Restauration contre laquelle il a manifesté en y perdant son emploi. Il s’est dit alors que seule la raison pouvait vaincre ces passions délirantes. Ou mieux : la raison et pas mal de sagesse.....

Attentat au Musée Juif de Bruxelles.

Un drame et trois malaises

Felice Dassetto

2 juin 2014

 

La mort de trois personnes et un jeune homme entre la vie et la mort à l’hôpital Saint Pierre sont des drames de ces derniers jours. Cet assassinat collectif, démonstratif qui a visé des innocents est dramatique. Il est à condamner avec toutes les forces.  La chronique mondiale et celle belge nous ont malheureusement parlé d’autres gestes de furie. De la fusillade de Columbine en 1999, au jeune homme habillé en Joker des films de Batman qui poignarde des enfants dans une crèche de Termonde en 2009, à la fusillade au marché de Noël de Liège en 2011, en passant par des dizaines d’autres cas, ces gestes sont nombreux. Ils tombent dans la réalité des faits divers tragiques. On ne remarque jamais que c’est toujours le fait d’hommes, de mâles en quête d’identité, ou porteurs de ressentiment. Drame de l’humanité, drame de l’humanité au masculin ou d’une certaine vision du masculin.

Dans le cas de la fusillade et des assassinats du Musée Juif de Bruxelles, ce fait divers prend une signification supplémentaire car il s’agit d’un lieu qui s’affiche par sa référence ethno-religieuse... .

Rien, absolument rien ne justifie cet attentat. Ceci dit aussi, je vis ce moment avec trois malaises.

 

Le silence musulman mais une nouvelle parole ...

Face à de tels drames, qui ont une dimension collective, on exprime des solidarités, un sentiment de piété. J’espère que l’on me corrigera, mais de la part des instances ou groupes musulmans sunnites, la majorité en Belgique, c’est le silence. A deux exceptions près, à ma connaissance. Le groupe Vigilance musulmane a immédiatement exprimé sa compassion à l’égard des familles. A juste titre, ne connaissant pas l’auteur, il prend une position neutre à cet égard. Mais ce groupe est constitué de quelques personnes qui se comptent sur les doigts d’une main. Une autre expression qui s’est manifestée est celle du Conseil européen des Ulémas marocains qui parle « d’acte ignoble » et d’attachement aux « valeurs du vivre ensemble ». Cet organisme, qui a peut être parlé surtout par la voie de son secrétaire général, bien qu’il siège à Bruxelles, n’est pas l’expression de l’islam belge.

Jusqu’à présent, sauf erreur de ma part, il n’y avait pas eu des signes importants venants de la communauté musulmane.Toutefois il faut signaler aussi un communiqué de La Ligue des Musulmans de Belgique et  de Muslims Rights Belgium.

C’est avec une heureuse surprise qu’il y a eu le communiqué de l’Exécutif des musulmans de Belgique, publié après la découverte du probable auteur de l’acte.  Heureuse surprise d’autant plus grande que j’avais entendu le nouveau président de l’Exécutif dire  lors de l’émission de la RTBF, « Et Dieu dans tous çà », que l’Exécutif était un organe purement technique, destiné à gérer le « Temporel du culte », c’est-à-dire organiser le financement des mosquées et des imams par l’Etat, les aumôniers, les enseignants de religion islamique, les cimetières..., sans plus. Ce communiqué est bien la preuve que l’Exécutif des musulmans ne peut pas être qu’un organe technique. Et ce communiqué met le doigt sur une partie des questions brûlantes pour les populations musulmanes. Ce communiqué dit textuellement :

C’est avec une grande douleur que l’Exécutif des Musulmans de Belgique a pris connaissance de la fusillade survenue le 24 mai 2014 au Musée juif de Bruxelles. L’Exécutif des Musulmans de Belgique présente ses sincères condoléances à la famille et aux proches des victimes, et témoigne à la communauté juive de Belgique toute sa solidarité et son amitié. L’EMB condamne avec la plus grande fermeté ce crime abject perpétré de sang-froid. Aussi, aucune raison ni aucune pensée ne peuvent légitimer de tels crimes. Un crime animé par une idéologie rampante qui constitue un choc frontal avec l’altérité. La capture du principal suspect, d’origine musulmane et inféodé au radicalisme religieux le plus meurtrier, jette une fois de plus l’opprobre sur une communauté qui n’aspire qu’à vivre dans la concorde et la paix au sein de notre société. Ce fléau ravageur qui nous touche malheureusement de plein fouet, contribue à alimenter, encore une fois, le mépris voire l’islamophobie. C’est la raison pour laquelle, cette tragédie nous rappelle l’importance du dialogue et du vivre-ensemble qui, seuls, peuvent mener à une société harmonieuse et paisible. Aussi, la lutte contre l’antisémitisme et le racisme sous toutes ses formes, qui ne doit faire l’objet d’aucune réserve, convoque l’effort de tous sans exception. Une lutte qui est au centre des préoccupations de la communauté musulmane  de Belgique. SMAILI Noureddine, Président

Ce communiqué - est-il partagé parmi les Musulmans?- est important. Il y aurait encore à s’interroger sur le lien  entre ce « radicalisme religieux le plus monstrueux » et une pensée musulmane diffuse qui en constitue l’antichambre, une pensée salafiste ou frériste plus ou moins soft, même si elle ne dit pas son nom, mais qui marque fortement le monde musulman : car là c’est le coeur de ce qu’à mon sens devrait être « le centre des préoccupations de la communauté musulmane de Belgique » et celle de l’Europe.

 

Le malaise de la qualification du geste et la confusion du monde juif

Cet attentat terroriste a été qualifié de geste antisémite. Ceci veut dire geste raciste donc : cette fusillade a visé le lieu parce que juif, au sens racial du terme, en renouant ainsi avec les actes antisémites dont la Shoah a été l’acte extrême. Cette qualification exclusive me laisse perplexe, car la réalité me semble bien plus complexe, bien que je sois conscient de la banalisation de propos antisémites qui prolifèrent sur le Web. Mais le Web malheureusement permet la prolifération de propos de cinglés de toute sorte.

J’ai aussi entendu évoquer le fait que c’est un geste antisioniste. Ce qui peut signifier deux choses. Au sens large, le terme « sionisme » fait référence  au mouvement du peuple juif, qui à partir du XIX° siècle, réaffirme son identité, n’accepte plus passivement d’être brimé et écrasé et se donne dans l’utopie concrète de la terre l’Israël un ancrage historique.  Au sens plus politique, le terme fait référence à la constitution de l’Etat d’Israël comme « foyer national juif ». Ainsi cet attentat peut avoir d’autres dimensions : il s’exprime contre l’Etat d’Israël (sionisme au sens restrictif du terme) identifié par un raccourci à ce centre culturel juif.  Contre l’Etat d’Israël en soi, auquel une partie importante d’organisations et mouvements musulmans, comme le Hamas palestinien,  dont ils continuent à nier l’existence, mais aussi contre la politique de l’Etat israélien à l’égard des Palestiniens, des colonies juives.

Ces quatre dimensions se mêlent, me semble-t-il, dans le discours de  groupes musulmans contemporains assez largement entendus : antisémitisme, antisionisme, anti-israélisme en soi, anti politique israélienne concrète.  Le tout s’appuyant sur le mélange entre identité sociale et culturelle, religion et politique israélienne que l’on trouve du côté du monde juif (à quoi on pourrait ajouter l’accusation à l’Amérique et plus largement à l’Occident, sensés être les défenseurs d’Israël et du monde juif alors qu’ils seraient sensés être contre les musulmans).

Et le tout inscrit dans une spirale  négative de malentendus, de mensonges, de haine, de violence, de laquelle les acteurs du conflit autour d’Israël sont incapables de sortir depuis plus de cinquante ans.

J’ai vu qu’une délégation du Congrès juif mondial est arrivée à Bruxelles dans cette circonstance : ce qui n’est pas fait pour éclaircir les choses, cet important organisme me semblant être l’expression même de ce mélange idéologico-religieux.

On stigmatise souvent  le mélange entre religions, ethnie, communautarisme et politique. Ceci avec raison. J’ai l’impression que l’Etat d’Israël et le monde juif, religieux d’abord, mais parfois aussi laïc, ne s’en sort pas de ce cocktail dangereux. Ce qui me met fort mal à l’aise.

 

Incertitudes politiques et gesticulations

 

Une nouvelle fois, à la suite de cet événement, on parle de mesures à prendre, d’action préventive.

Cela m’a fait tristement sourire d’entendre dire que la radicalisation de Mehdi Nemmouche en prison est un fait nouveau. La mémoire, comme souvent en politique et dans les médias, est courte. Cela fait plus de vingt ans qu’on en parle. Des études -difficiles à faire- ont été publiées.

J’entends parler de « déradicalisation », de « contre-discours ». On entend ces propos aussi dans le discours des Etats-Unis que les instances officielles répètent souvent en Europe. J’entends parler de formation etc, etc.

Hélas, il est fort probable que, passée l’émotion, comme depuis trente ans, rien ne sera fait de substantiel et dans la durée. Ainsi, le trend actuel du devenir du monde musulman se poursuivra. Pour deux raisons.

Tout d’abord, je pense que les médias et les décideurs politiques n’ont pas pris la mesure de ce qui se joue, en amont, dans le monde musulman et qui alimente les actions éclatantes. Se imiter à s’attaquer au djihadisme et au terrorisme par des mesures de séculturé -ce qu’il faut absolument faire- c’est s’attaquer aux symptômes. C’est comme prendre un Dafalgan lorsqu’on a la grippe.

Et, deuxièmement, c’est qu’au fond ce n’est que dans le monde musulman et parmi les musulmans que l’on pourra trouver remède. Mais non pas parmi les musulmans culturels, fondamentalement agnostiques, qui disent prôner un « islam des lumières ». Pourquoi pas cette formule alléchante ; hélas dans l’état actuel de l’islam elle sonne creux. Ce n’est pas non plus dans des islams officiels, à la langue de bois, et qui, eux aussi, mêlent religion et pouvoir, que ce soit en Turquie ou au Maroc ou ailleur. La lutte contre la pensée musulmane radicale -de matrice salafiste ou frériste-  et contre son influence ne pourra venir que des musulmans croyants et libres, à condition qu’ils s’activent pour proposer une autre vision de l’islam. Ce qui ne semblent pas avoir le courage de faire. Le chemin est long, très long. Pour cela il serait urgent de s’activer rapidement.

 

Femmes, égalité, travail, guerres

Felice Dassetto

15 mars 2014

 

La Journée internationale de la femme du 7 mars dernier a mis en avant la notion clé d’« égalité », en dénonçant l’inégalité au travail entre hommes et femmes en ce qui concerne surtout les salaires et l’accès à des fonctions dirigeantes. Le concept d’égalité mériterait peut être un usage plus critique.

 

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Valls, Renzi : nouvelle figures de pouvoir ?

9 avril 2014

Felice Dassetto

Manuel Valls est nommé premier ministre. En Italie, Matteo Renzi a été nommé président du conseil. Ce sont deux figures nouvelles dans les paysages politiques des démocraties européennes, car ils semblent incarner des nouvelles figures de l’autorité.

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Quand la vie publique s’englobe dans le privé : un Président qui privatise son statut

Felice Dassetto

(Ce texte est une version longue d’un texte paru dans La Libre Belgique du 24 janvier 2014)

 

Les escapades du président de la République française font partie de sa vie privée ! C’est l’évidence pour l’intéressé et pour la plupart des commentateurs (masculins surtout ?). Ce qui n’empêche pas tout le monde d’en parler et de ricaner, parfois avec des accents machistes, sur cet épisode aux allures de vaudeville présidentiel et de drame pour sa compagne.

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