Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Ouagadougou, Barcelone : la résilience du jihadisme terroriste, ses causes et les dimensions de l’action.

Felice Dassetto

21 août 2017

En cette fin du mois d’août, après Ouagadougou, c’est le tour de Barcelone et de la Catalogne d’être l’objet d’une action terroriste. La poursuite de ces attentats amène souvent les débats politiques à se concentrer sur les aspects, par ailleurs indispensables, de sécurité. Souvent ces débats se centrent sur la réalité européenne alors que l’on est en face d’un phénomène mondial. Ces actions jihadistes-terroristes posent d’autres questions de fonds. Dans ce texte je voudrais en évoquer trois: celle du devenir du jihadisme-terrorisme de matrice sunnite; celle de la porté des derniers actes terroristes et leur liens avec les centrales jihadisteterroristes; et enfin la question des actions à mener, questions majeure pour reprendre l'initiative, souvent limitée dans ses perspectives.

Le devenir du radicalisme jihadiste-terroriste après 50 ans

Une première question concerne le devenir global du mouvement radical-jihadiste et terroriste. Que Daesh, tout comme al-Qaida et leurs ramifications ou d’autres groupes, tels les Sheebab somaliens ou Boko Haram continuent l’action jihadiste terroriste est plus que probable. Car même s'ils ont eu des revers combattants, l'idée jihadiste-terroriste reste.

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En amont du premier tour des élections présidentielles françaises.

Regard pour une sociologie des citoyens entre « le » politique et « la »politique

Felice Dassetto

25 avril 2017

 

Le premier tour des élections françaises avec ses 11 candidats a permis d’ouvrir le spectre des visions politiques à partir desquelles on tente de répondre aux défis que le devenir économique, technologique, social contemporain pose à des efforts de gouvernance collective. Maintenant le débat est ouvert sur le deuxième tour et surtout sur les élections législatives de juin. Et le débat se centrera surtout sur les positionnements et négociations politiques.

Je voudrais ici tenter de porter un regard sociologique, c’est-à-dire m’interroger sur les visions du devenir contemporain, sur les intérêts et sur les structures sociales qui croisent des offres politiques. Je ne ferai qu’avancer des hypothèses en proposant une typologie d’attitudes et d’intérêts en lien avec des positions sociales et de ce qui en découle comme possibilité, capacité d’action.

L’institut de sondage IPSOS a réalisé une sociologie électorale, dont Le soir de ce 25 avril a publié un résumé. La lecture du rapport entier est intéressante (http://www.ipsos.fr/sites/default/files/doc_associe/ipsos-sopra-steria_sociologie-des-electorats_23-avril-2017-21h.pdf). J’ai lu ce rapport après avoir écrit cette note. Il me semble que les données empiriques n’infirment pas ce que j’ai écrit. Mais l’entrée est un peu différente. Le rapport IPSOS analyse, avec le grand savoir-faire de cet institut, qui a voté pour qui. Ma typologie tente globalement de dessiner au sein des citoyens français de familles de positions sociales, de vécus, de visions d’avenir et du rapport en conséquence avec l’offre politique nationale et européenne. Il me semble que l'on retrouve ces familles de positions dans toutes les sociétés européennes, et probablement ailleurs.

Pour le dire un peu autrement : l’Ipsos fait avant tout de la sociologie électorale. C’est sa tâche dans une telle occasion électorale. Mon regard, bien limité, tente de faire une sociologie du rapport "au politique" entendu comme visions et attentes du devenir collectif, dans lequel "la politique" (nationale, européenne) joue évidemment un rôle.
J’ai pris comme hypothèse conductrice l’idée que le rapport à la nouvelle planétarisation sous toutes ses formes et les changements fondamentaux engendrés en conséquence, étaient des facteurs déterminants pour différencier ces visions et attitudes. Hypothèse à discuter. Pour le moment je la considère pertinente.

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2017 est arrivé

Felice Dassetto

1° janvier 2017

En général, on fait des vœux. J’ai envie d’ajouter à mes vœux une proclamation.

Il y a des journées et des années dédiées à ceci ou à cela, proclamées par l’ONU, par l’UNESCO ou par le Pape et bien d’autres instances.
Je déclare 2017 l’année de la maîtrise du changement.

Je pense que je n’aurais pas beaucoup de succès. C’est un peu comme déclarer l’année de la paix dans une assemblée de djihadistes ou l’année de l’honnêteté dans une assemblée de mafieux.

Car, le changement, quoi de mieux ?

L’idée de maîtriser le changement n’implique-t-elle pas d’y mettre des freins. Réac ! Ringard ! Passéiste ! Je sens le vent venir.

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L’ère de la post-vérité et de la post-factualité : des complots à Trump

Pour une sociologie des connaissances manipulées

 

Felice Dassetto

3 mars 2017

 

On est quelque peu désarçonné, c’est le moins que l’on puisse dire, par les propos et le style du nouveau président américain et par son usage de Twitter et d’une parole qui sort des codes habituels d’un usage présidentiel dans une démocratie de relatif consensus. On est étonné par des paroles et des images qui circulent dans des « forums » et autres outils du web. On est surpris par le harcèlement entre jeunes.

On accuse souvent internet à ce sujet.

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Le « national » ou quelque chose qui lui rassemble.

En marge des débats et des polémiques de France (Sarkozy etc.) et d’ailleurs sur la « nation »

 

Felice Dassetto

25 octobre 2016

Nicola Sarkozy a fait de « l’identité nationale » française son cheval de bataille électoral dans la course à la présidence française. Déjà en 2009, pendant son mandat de Président de la République, il avait chargé le ministre « de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du Développement solidaire », Eric Besson, de mener une réflexion sur le sujet qui devait aboutir à une grande conférence nationale. La conférence n’a pas eu lieu tellement la cacophonie était grande. Et maintenant, Nicolas Sarkozy, retape le clou et il n’y va pas de main morte, presque à la caricature. Le 19 septembre dernier dans un discours à Francoville, en Val d’Oise, disait : « Quelle que soit la nationalité de vos parents, jeunes Français, au moment où vous devenez français, vos ancêtres, ce sont les Gaulois et c’est Vercingétorix ». Le propos devient ridicule.

Et c’est dommage, car l’idée de « nation » mérite réflexion. Je ne partage pas l’idée de ceux qui rejettent l’idée de « nation » en la ramenant automatiquement au « nationalisme », ni avec ceux –et en Belgique ils sont nombreux- qui disent « Bof, ce sont des foutaises ».

Je voudrais essayer d’expliciter brièvement ma compréhension sociologique de l’idée de « nation ».

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