Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Vérité, mémoire, décolonisation

Commentaires en marge de la future commission « Vérité et réconciliation ».

Felice Dassetto

6 juillet 2020 (mis à jour le 6 août 2020 entre autres suite à l'approbation le 17 juillet 2020, par la Chambre des représentants de Belgique, du document relatif la constitution de la Commission spéciale relative à la colonisation belge)

Le chantier à propos de la décolonisation est lancé en Belgique. Un nouveau débat s’ouvre. Le parlement met en place une commission « Vérité et réconciliation » en lui conférant des tâches très détaillées dans un calendrier très rapide.

Le roi Philippe, lors de sa lettre au président du Congo le jour du 60° anniversaire de l’indépendance de ce pays, a fait un pas dans le sens d’une ouverture du dossier de la responsabilité historique de la dynastie. Dans la foulée de la repentance, il fait même un pas supplémentaire, un peu abusif sociologiquement, en faisant un lien général entre ce passé et le « racisme » d'aujourd'hui. Il formule des regrets. On attend des excuses.

Le coloriage sanglant et le déboulonnage des statues de Léopold II, l’action de groupes militants belges et internationaux et leur action médiatique, le contexte international, ainsi que celui des USA qui a résonné dans le monde des réseaux sociaux, ont reposé de manière accrue la question du passé colonial et des relations sociales qui en découlerait.

Ce retour en arrière n’est pas nouveau. Depuis au moins les années 1970 de nombreux moments de retour sur l’histoire du passé colonial en général et Belge en particulier se sont succédé. Et c’est normal : l’histoire se revisite et en particulier lorsqu’elle a eu un côté tragique et pour le moins ambivalent.

Maintenant, une nouvelle génération d’historiens veut relire cette histoire, l’approfondir. Des jeunes « afrodescendants » (comme ils s’appellent) et des groupes actifs et militants agissent dans la dénonciation de ce passé considérant qu’il influence le présent des positions sociales des personnes d’origine africaine dans la société belge. Ils entendent également remiser les statues et les symboles afin de « décoloniser l’espace public ».

Dans le fond, ce texte est un plaidoyer pour entrer dans ce débat de manière critique, en utilisant pour la critique aussi un peu de catégories de sociologie historique, de sociologie constructiviste des idées, de mentalités et de la connaissance et une sociologie des relations entre groupes sociaux.

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Le « plan Sophia » et le « Plan de sortie de crise » :

Deux plans avec des propositions pour l’après Covid. Commentaires.

 

Felice Dassetto

5 juin 2020

Les sociétés européennes sortent lentement du danger de la propagation du virus et de l’émergence sanitaire.

Le « moment épidémique » a fonctionné à certains égards et dans une partie de la population comme un analyseur et un révélateur de dysfonctions diverses produites et vécues dans nos sociétés. La menace de maladie et de mort qui a mis en question la tranquillité sécurisée de nos sociétés, la situation de confinement, les différences d’exposition au risque, les différences de conditions sociales, de cadre de vie et d’avenir économique, le chômage et les risques de faillite ont donné à une partie de la population l’impression d’un monde qui avance en marchant sur une corde tendue au-dessus d’un précipice sans bien savoir vers où elle mène ni si les ancrages de la corde sont bien solides.

Des voix se sont levées pour dire leur souhait d’un changement fondamental de modes de vie et de structuration des sociétés. Maintenant que l’émergence exceptionnelle semble être derrière nous, des propositions concrètes sont formulées, des plans d’ensemble sont élaborés, des efforts de synthèse sont faits malgré le fait que pointent des priorités et des stratégies dictées par les visions, les philosophies et les théorisations économiques et sociales dont chacun dispose et suivant les intérêts des groupes qu’il entend défendre. Comme dans toutes les phases de changement se croisent des idées du temps d’avant et des idées nouvelles.

C’est le cas de deux plans dont j’analyserai ici quelques aspects parus dans le courant du mois de mai 2020. Il s’agit du « Plan de sortie de crise » pensé en France et du « Plan Sophia », élaboré en Belgique.

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Sciences sociales et Coronavirus. Ebauche de sociologie d’une pandémie.

(III) Les gouvernances de la pandémie

 

Felice Dassetto

 

1° mai 2020 (mis à jour 5 mai 2020)

 

 

Le terme gouvernance dans son acception contemporaine est entré depuis une quarantaine d’années dans le vocabulaire des entreprises et du politique. Il est utilisé pour désigner les processus mobilisés pour faire face à des problèmes et à des objectifs collectifs. Le plus souvent, on se focalise sur des instances à finalité précise et dotée d’un cadre organisationnel : on parle par exemple de gouvernance des entreprises, ou de gouvernance d’institutions politiques (gouvernements, instances internationales).

Je voudrais élargir ici le sens de ce terme pour inclure des processus qui surgissent dans la cité au sens large, en dehors du politique et de l’activité industrielle. J’entends ici par gouvernances les processus mobilisés en divers lieux et par différents agents pour faire face à la situation induite par l’épidémie dans le but conjoint de permettre la continuation des activités personnelles et sociales et de sauvegarder au mieux la santé et la vie de chacun.

Tout en sachant que, comme je l’ai souligné dans mon texte précédent relatif aux « épreuves », les gouvernances peuvent se différencier et avoir des impacts différents selon les milieux sociaux.

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Sciences sociales et Coronavirus.

IV. Quels scenarios d’après Covid-19 ?

 

Felice Dassetto

20 mai 2020

 

 

La pandémie est en cours et est loin d’être terminée. La reprise des activités commence lentement. Ce texte voudrait réfléchir sur la manière dont pourrait se dessiner l’après-pandémie, dont on est encore loin, mais qui commence à se mettre en place.

Beaucoup de personnes ont exprimé des attentes. Suite à l’expérience et au traumatisme provoqués par le virus, elles ont affirmé leur désir que l’après ne soit plus comme avant, sur le plan personnel et/ou de la vie collective.

Que peut-on penser de l’après ? Quelles forces et dynamiques sociales orienteront l’avenir ? Tout sera comme avant ou y aura-t-il des changements ?

Ce texte contient trois parties. Après un bref premier point  introductif(1), le texte continue sur une analyse pour répondre à la question: "Dans quelle société vivons-nous?" (2). C'est la formulation d'une grille d'analyse qui me servira ensuite (3) pour tenter de penser sept scénarios possibles d’avenir (en excluant un huitième scénario qui pourrait être tapi dans des coins obscurs).

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Sciences sociales et Coronavirus. Ebauche de sociologie d’une pandémie.

II. Confinement et « épreuves »

 

Felice Dassetto

16 avril 2020

 

Dans un texte précédent posté dans ce blog (Sciences sociales et Coronavirus. Ebauche de sociologie d’une pandémie. (I) Réflexions générales préalables, 20 mars 2020), j’avais abordé à chaud quelques aspects préliminaires pour poser le regard sociologie sur une pandémie. Dans ce texte je voudrais regarder comment  le confinement, imposé comme moyen de lutte contre la propagation du virus, en l'absence de médicaments ou de vaccins, induit une série d'"épreuves". Elles sont autant de de défis à notre capacité de rebondissment. Les sciences sociales peuvent contribuer à comprendre en quoi et pourquoi le confinement devient une épreuve, un ensemble d'épreuves. J'en ai retenues huit: les huit épreuves du confinement.

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