Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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« Covid et démocratie : enrayer le basculement », une Carte Blanche pour le moins étonnante, signée* par quinze professeurs et professeures d’université

Felice Dassetto

1° février 2021

Le quotidien Le Soir a publié ce vendredi 29 janvier 2021 un texte signé par quinze scientifiques sociaux et professeurs des six universités francophones.

La thèse de ce texte est alarmante. Elle dit que dans le contexte du Covid, la Belgique emprunte une « pente autoritaire » cheminant vers un « régime d’exception qui s’installe dans la durée », à travers des « mesures liberticides », « des droits culturels éteints », qui nous amène à vivre dans un pays où « nos droits et nos libertés sont étouffés ». Et le texte aboutit à la question : « La classe politique actuelle prépare-t-elle à son insu, par manque de vision et de courage, la fin de la démocratie telle que nous la connaissons ? » Rien que ça ! Heureusement, le texte ajoute (ouf !) : « il est encore temps d’un sursaut ».

En lisant ce texte et ses accents péremptoires et véhéments, je me suis posé pas mal de questions sur moi-même. Si des scientifiques sociaux, en mettant en avant leurs compétences scientifiques respectives, avancent de tels arguments, cela signifie-t-il que je suis devenu complètement aveugle et gâteux au point de ne pas voir cet abîme politique qui se prépare ? Mon esprit critique de citoyen serait-il totalement endormi et tétanisé par une « covidite politique aigüe » ?

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En amont de l’affaire Trump et de l’assaut du Capitole : les « réseaux sociaux » dévoilés

Felice Dassetto

15 janvier 2021

 

Mis à part des adeptes du président Trump, tout le monde se réjouit que Twitter et ses compères et commères (Facebook, Instagram etc.) ont bloqué les comptes du président américain après l’assaut du Capitole par ses partisans. Leur excès de zèle est allé trop loin et a eu un effet pervers. C’est l’acmé de la crise présidentielle trumpienne. Le chef-président américain va en payer les conséquences.

Ces entreprises de « réseaux sociaux » avaient contribué largement à fabriquer le Trump Président. Elles contribuent maintenant à l’éjecter du champ politique en le mettant en quarantaine des importants outils de fabrication de l’espace public et politique.

Leur puissance se révèle. En coupant l’accès à leurs réseaux sociaux respectifs, ils montrent détenir les clés des instruments qui permettent de façonner la notoriété et le pouvoir : ces comptes dans lesquels s’inscrivaient les millions de « followers » de Trump n’existent plus. Trump n’existe plus dans les espaces de ces réseaux.

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Le défi de l'enseignement sécondaire et superieur: présenciel, distantiel...et le "personniel" oublié

 

Felice Dassetto

3 novembre 2020

 

Ce temps de Covid, et l’évènement historique qu’il constitue à plus de cent ans de la « grippe espagnole », aura contribué à ressortir des termes qui n’étaient plus entendus depuis longtemps pour parler de nos sociétés (comme celui de pandémie) ou à forger de nouveaux termes pour décrire les nouvelles situations et solutions de vie (comme celui de « confinement »). Dans le monde de l’entreprise, ce sont les réalités nouvelles qui amènent les termes de « télétravail » ou celui qui est équivalent emprunté à l’anglo-américain de « smart-working ».

Dans le monde de l’enseignement a émergé de la réalité actuelle le nouveau couple de termes : le présentiel et le distanciel. Ils focalisent l’attention au sujet de la gestion possible de l’offre d’enseignement dans ces temps de confinement. Il me semble qu’ils amènent à oublier une réalité fondamentale, depuis toujours, et que la réalité du monde contemporain et la situation du Covid rendent encore plus importante : en écho au couple présentiel-distanciel, appelons là le « personniel ».

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Esprit de Noël, autres esprits, esprits bornés

25-28 décembre 2020

Felice Dassetto

Souhaiter « Joyeux Noël » dans la société déchristianisée apparaît assez désuet. C’est remplacé par le « bon réveillon » comme on a remplacé à Bruxelles le « Marché de Noël » par les « Plaisirs d’hiver » avec la plus grande joie de l’économie du tourisme.

Mais dans ce temps de choc covidien, qui pour beaucoup est celui de l’attente, de l’espoir de changement de cadre, de styles de vie, de structures, c’est aussi le changement de « style de  réveillon » et de manière de « faire la fête », ou plutôt de « fêter Noël ». Plus que dans les années passées récentes, on entend évoquer « l’esprit de Noël ». Tant mieux. Dans le fond c’est un esprit qui rejoint l’esprit du Ramadan ou l’esprit de l’Aïd et d’autres fêtes de toutes traditions convictionnelles ; et dans le temps de la militance chaleureuse, le 1° mai avait pris un esprit analogue. Tant mieux également.

Des psychologues et des psychologues sociaux sont appelés au secours pour expliquer comment le réveillon confiné invite à « réinventer le sens de la fête », comme titrait un article du Soir du 19-20 décembre dernier.

Ces spécialistes, avec l’approche qui est le leur, soulignent justement comment les restrictions des sociabilités amènent un questionnement sur le sens de cette fête, de la fête. Questionnement sur le sens de la commensalité partagée lors du repas festif ; questionnement sur le sens des rituels familiaux et leurs impacts dans la construction des attachements.

On pourrait ajouter le sens de la répétition des traditions et des imaginaires collectifs qui consolident le temps et qui introduisent une autre dimension que l’innovation « culturelle » fébrile.

Interrogation aussi sur le sens des symboliques et de l’imaginaire, ce qui fait que nous sommes des humains, celles qui nous immergent dans le cycle de l’année solaire, du solstice d’hiver et de la vie et de la lumière renaissantes, sur lesquelles se greffe la symbolique de la naissance de Jésus que les chrétiens lisent sous l’angle du paradoxe d’une humanité transcendée.

En somme, ce moment de l’année prend sens et épaisseur par le fait que s’entremêlent l’intimité de chacun, les socialités et les attachements interpersonnels, l’ insertion cosmique et la quête mystérieuse de transcendance.

Quant à moi, j’ai envie de mettre les vœux de Noël et de Nouvel An à l’enseigne de la reconnaissance.

Non pas au sens d’attente de reconnaissance de la part des autres, comme souvent aujourd’hui on se limite à l’entendre et à l’exaspérer, un peu malheureusement selon moi, mais au sens de remerciement reconnaissant.

Remerciement reconnaissant d’être en vie et en santé tout d’abord et reconnaissance pour la vie et l’existant, sous toutes ses formes, qui nous entourent et qui nous permettent d’être. Reconnaissance envers qui ? Je ne sais pas. C’est une reconnaissance à la vie, à la Vie.

Reconnaissance aux humains, proches ou lointains, connus ou inconnus qui agissent pour bâtir une société aussi bonne et paisible que possible et qui font que directement et indirectement ma propre vie est bonne et paisible. Et ce temps de Covid a révélé des dimensions fortes d’actions généreuses en faveur d’une vie bonne pour le plus grand nombre, non seulement de la part de proches, mais également de professionnelles et de professionnels, de bénévoles et de volontaires.

Reconnaissance triste de voir que les espoirs énoncés par beaucoup de personnes qui disent leur attente d’un monde qui « ne tourne plus comme avant » ne semble pas concerner une grande partie des classes dominantes et dirigeantes, jalouses de leurs revenus, de leurs patrimoines, de leurs pouvoirs, avec une indifférence suffisante au monde autre que le leur, considérant que ce monde leur est naturellement dû. Dans l’attente de repartir de plus belle comme avant, dans un néo-néo-libéralisme teinté éventuellement de quelques maquillages, mais pas prêts à mettre en question la domination de leur modèle du devenir du monde. Le « temps de la conversion » de cette vision bornée adviendra-t-il ?

Tristesse irritée, dans l’immédiat, voyant celles et ceux qui refusent de respecter des consignes de sécurité, qui ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre ce que doit être une politique publique face à une pandémie, au nom de « leur liberté » ou pour tout autre raison, en devenant ainsi des collaborateurs objectifs de l’ennemi collectif actuel qu’est ce virus.

Quoi qu’il en soit, avec ma reconnaissance pour la vie bonne, mes vœux d’un joyeux et chaleureux « esprit de Noël » et une bonne année 2021, en espérant et en faisant tout pour que cette année à venir soit la dernière de la série Covid et non pas la deuxième.

Dans la certitude inquiète que le temps post-covid sera pour beaucoup un temps qui demandera courage pour ne pas tomber dans le désespoir et demandera toutes les énergies positives pour faire prévaloir les conditions de la vie bonne et meilleure pour tous. Et avec la pensée -même si dans les faits elle n‘est créatrice de rien- à celles et à ceux qui, à un titre ou à un autre, avancent avec difficulté et souffrance dans la vie.

Comment analyser le non-respect  des consignes de sécurité sanitaire face au Covid? A propos de conduites inciviques et criminelles pratiquées par des "honnêtes" et "insouciants" citoyens et citoyennes.

Le Covid, le « je » et « faire la fête »

Felice Dassetto

14 octobre 2020

 

   Une nouvelle phase de la diffusion du Covid reprend de plus belle.

   La première phase, celle de l’hiver-printemps, tout en sachant qu’elle allait arriver, a eu un côté surprenant par le caractère relativement inédit de ce virus. Elle venait de Chine, de loin. On ne pouvait ou l’on ne voulait pas croire à un tel cataclysme. Cette deuxième phase, celle de l’automne, est le résultat volontaire de conduites à risque le plus souvent joyeusement recherchées. C’est un pur produit local. La troisième vague qui viendra sera également locale.

 

   Les gens qui sont malades peuvent bien donc remercier dans certains cas eux-mêmes et dans d’autres cas celles et ceux qui les ont infectés. De même les personnes en maison de retraite qui doivent vivre de nouveau en confinement. De même peuvent les remercier les personnes qui subissent des conséquences économiques de cette nouvelle vague, le personnel de santé qui doit vivre une nouvelle intensification des soins, de même que l’Etat et donc toutes les personnes qui paient des taxes, peuvent remercier pour les nouveaux coûts supplémentaires en dépenses de santé.

Les  gens qui n’ont pas observé des conduites de précaution et qui sont la cause principale de cette relance de l’épidémie ont eu des comportements inciviques, qui manquent de sens civique au sens profond du terme. On pourrait même dire que ces personnes ont un comportement criminel sur le plan moral, à l’instar de quelqu’un qui conduirait une voiture en état d’ivresse. Pourquoi ne pas oser parler dans ces termes, qui correspendent à la réalité?

Ne faut-il pas envisager des mesures d'urgence de lock-out là où c'est possible, à commencer par les universités ? (voir le dernier paragraphe de ce texte  en "post-scriptum" : les unievrsités ne doivent pas se débarasser du problème et regarder seulement ce qui se passe intra-muros.

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