Esprit de Noël, autres esprits, esprits bornés

25-28 décembre 2020

Felice Dassetto

Souhaiter « Joyeux Noël » dans la société déchristianisée apparaît assez désuet. C’est remplacé par le « bon réveillon » comme on a remplacé à Bruxelles le « Marché de Noël » par les « Plaisirs d’hiver » avec la plus grande joie de l’économie du tourisme.

Mais dans ce temps de choc covidien, qui pour beaucoup est celui de l’attente, de l’espoir de changement de cadre, de styles de vie, de structures, c’est aussi le changement de « style de  réveillon » et de manière de « faire la fête », ou plutôt de « fêter Noël ». Plus que dans les années passées récentes, on entend évoquer « l’esprit de Noël ». Tant mieux. Dans le fond c’est un esprit qui rejoint l’esprit du Ramadan ou l’esprit de l’Aïd et d’autres fêtes de toutes traditions convictionnelles ; et dans le temps de la militance chaleureuse, le 1° mai avait pris un esprit analogue. Tant mieux également.

Des psychologues et des psychologues sociaux sont appelés au secours pour expliquer comment le réveillon confiné invite à « réinventer le sens de la fête », comme titrait un article du Soir du 19-20 décembre dernier.

Ces spécialistes, avec l’approche qui est le leur, soulignent justement comment les restrictions des sociabilités amènent un questionnement sur le sens de cette fête, de la fête. Questionnement sur le sens de la commensalité partagée lors du repas festif ; questionnement sur le sens des rituels familiaux et leurs impacts dans la construction des attachements.

On pourrait ajouter le sens de la répétition des traditions et des imaginaires collectifs qui consolident le temps et qui introduisent une autre dimension que l’innovation « culturelle » fébrile.

Interrogation aussi sur le sens des symboliques et de l’imaginaire, ce qui fait que nous sommes des humains, celles qui nous immergent dans le cycle de l’année solaire, du solstice d’hiver et de la vie et de la lumière renaissantes, sur lesquelles se greffe la symbolique de la naissance de Jésus que les chrétiens lisent sous l’angle du paradoxe d’une humanité transcendée.

En somme, ce moment de l’année prend sens et épaisseur par le fait que s’entremêlent l’intimité de chacun, les socialités et les attachements interpersonnels, l’ insertion cosmique et la quête mystérieuse de transcendance.

Quant à moi, j’ai envie de mettre les vœux de Noël et de Nouvel An à l’enseigne de la reconnaissance.

Non pas au sens d’attente de reconnaissance de la part des autres, comme souvent aujourd’hui on se limite à l’entendre et à l’exaspérer, un peu malheureusement selon moi, mais au sens de remerciement reconnaissant.

Remerciement reconnaissant d’être en vie et en santé tout d’abord et reconnaissance pour la vie et l’existant, sous toutes ses formes, qui nous entourent et qui nous permettent d’être. Reconnaissance envers qui ? Je ne sais pas. C’est une reconnaissance à la vie, à la Vie.

Reconnaissance aux humains, proches ou lointains, connus ou inconnus qui agissent pour bâtir une société aussi bonne et paisible que possible et qui font que directement et indirectement ma propre vie est bonne et paisible. Et ce temps de Covid a révélé des dimensions fortes d’actions généreuses en faveur d’une vie bonne pour le plus grand nombre, non seulement de la part de proches, mais également de professionnelles et de professionnels, de bénévoles et de volontaires.

Reconnaissance triste de voir que les espoirs énoncés par beaucoup de personnes qui disent leur attente d’un monde qui « ne tourne plus comme avant » ne semble pas concerner une grande partie des classes dominantes et dirigeantes, jalouses de leurs revenus, de leurs patrimoines, de leurs pouvoirs, avec une indifférence suffisante au monde autre que le leur, considérant que ce monde leur est naturellement dû. Dans l’attente de repartir de plus belle comme avant, dans un néo-néo-libéralisme teinté éventuellement de quelques maquillages, mais pas prêts à mettre en question la domination de leur modèle du devenir du monde. Le « temps de la conversion » de cette vision bornée adviendra-t-il ?

Tristesse irritée, dans l’immédiat, voyant celles et ceux qui refusent de respecter des consignes de sécurité, qui ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre ce que doit être une politique publique face à une pandémie, au nom de « leur liberté » ou pour tout autre raison, en devenant ainsi des collaborateurs objectifs de l’ennemi collectif actuel qu’est ce virus.

Quoi qu’il en soit, avec ma reconnaissance pour la vie bonne, mes vœux d’un joyeux et chaleureux « esprit de Noël » et une bonne année 2021, en espérant et en faisant tout pour que cette année à venir soit la dernière de la série Covid et non pas la deuxième.

Dans la certitude inquiète que le temps post-covid sera pour beaucoup un temps qui demandera courage pour ne pas tomber dans le désespoir et demandera toutes les énergies positives pour faire prévaloir les conditions de la vie bonne et meilleure pour tous. Et avec la pensée -même si dans les faits elle n‘est créatrice de rien- à celles et à ceux qui, à un titre ou à un autre, avancent avec difficulté et souffrance dans la vie.