« Smartis et serienses ». La nouvelle version de « panem et circenses » ?

Questions à propos des séries américains (ou autres) diffusées par Netflix et par d'autres canaux, notamment en directions des jeunes

Felice Dassetto

4 mars 2019

 

Nos TV, nos portables, nos tablettes et nos smarts déversent sous nos yeux et dans nos oreilles des centaines d’heures d’images, de mots, des musiques et des bruits. C’est l’ « entertainement » dont, paraît-il, nous sommes demandeurs. On nous prépare d’ailleurs une voie plus rapide, la G5, pour pouvoir y accéder de partout et plus rapidement. Parmi ces « entertainements », ces divertissements, il y a les « séries ». Et si celles-ci constituent, parmi d’autres choses, les nouvelles modalités des « panem et circenses », pain et jeux du cirque, à propos desquels ricanait avec son regard désabusé et satirique Jouvénal, dans la Rome impériale du premier siècle? Il regardait les jeux du cirque comme un instrument de domination. 

 

Les « séries » et les jeunes

Les « séries » ont été analysées par les médiologues. Ce concept nouveau, la série, a été inventé dans les années 1980. Il s’agit d’offrir un produit qui s’étale dans la durée de nombreux épisodes, qui peuvent dépasser la centaine. Le scénario est ouvert, donnant lieux à des développements inattendus, à des incertitudes. Des spécialistes disent que cette incertitude est une des raisons du succès des séries auprès des adolescentes et des adolescents (M. Julier-Costes et al.(sous la direction de), Séries cultes et cultes de la série chez les jeunes. Penser l’adolescence avec les séries télévisées, Paris-Laval, Hermann-Presses universitaires de Laval, 2014).

Les séries à plus grand succès sont américaines. Une préenquête récente a été réalisée auprès de quelques 200 jeunes de milieu populaire en Belgique, afin de préparer une étude plus large portant sur les socialisations multiples des jeunes aujourd’hui. On demandait à ces jeunes, filles et garçons, s’ils regardaient les séries (la quasi-totalité) et qu’elles étaient leurs séries préférées. Ces jeunes citent 164 titres. Presque toutes les séries mentionnées sont américaines à l’exception de l’une ou l’autre d’origine canadienne ou australienne ou, exceptionnellement, espagnole. Ceci n’est pas pour surprendre, comme le rappelle l’ouvrage coordonné par A. Blot et A. Pichard, Les séries américaines. La société réinventée ?, L’Harmattan, 2013.

Un regard critique porté par Dominique Moïsi (La géopolitique de séries ou le triomphe de la peur, Stock, 2016) observe comment ces séries servent de soubassement à l’exercice d’un soft power nord-américain, véhiculant des visions du monde, des attitudes, des styles de vie et de conduite.

Le succès des séries américaines est certain. Les spécialistes des médias, l’attribuent à leur qualités, allant du scénario aux acteurs et aux aspects plus proprement cinématographiques. Qualités comme savent mettre en oeuvre les Américains quand ils s’y mettent, surtout lorsqu’ il y a de l’argent à gagner. Ce qui, dans le cas des séries, se chiffre à des centaines de millions de dollars si pas à des milliards. Si on accepte la théorie de Max Weber, le gain en argent, pour une culture protestante, est un signe de salut ; si ce mètre de mesure est bon, dans le cas des séries, le salut éternel est en général assuré.

Prégnance culturelle des séries en particulier chez les adolescentes et adolescents

Ces séries, par leur capacité de diffusion dans divers canaux (télévision, tablettes, portables, smarts, en directe ou en streaming) apparaissent comme des véritables « institutions » culturelles et formative. Si par institution on entend d’une part des pratiques, et/ou des normes, des valeurs, et/ou d’un imaginaire ayant une certaine stabilité, évidence, partagées collectivement ainsi que des instances diverses ayant des modes d’action et des légitimités diverses qui les produisent. Comme le disait un critique de télévision, les séries sont les « nouvelles maitresses d’école ».

Cette analyse que je conduis contredit une thèse récurrente dans la sociologie, en particulier française/francophone (Martuccelli, Dubet etc), qui consiste à dire que l’individualisme contemporain va de pair avec une perte d’emprise des institutions classiques à savoir les institutions religieuse, l’école, l’Etat, voire la famille. Cette thèse revient à conclure qu’il n’y a plus de société, que la société est « liquide », qu’il n’y a plus que des individus avec leurx choix personnels. Selon moi cette argumentation est erronée.

Il me semble que ce regard s’avère incapable de voir que, si pour diverses raisons les institutions classiques perdent leur capacité d’emprise (je dirais une partie), et certainement leur monopole, des nouvelles institutions se mettent en place. Parmi lesquelles il a les institutions technologiques de la téléinformatiques produites par les technologies des Gafa et au sein des celles-ci les institutions des séries. Leur méthode d’exercer leur emprise n’est plus l’imposition, la sanction, la culpabilisation. Mais c’est par la séduction, par le plaisir, par l’esthétique, par la réponse aux désirs. Et certainement, regarder les séries doit être un plaisir, vu leur succès.

 

L’imaginaire des séries américaines dites pour jeunes

De quel imaginaire sont porteuses ces masses d’images et d’actions produites par des centaines de séries et diffusées largement par une industrie culturelle plus que performante ?

 

Pour répondre à cette question j’ai repris le classement des succès de visionnement des séries parmi les adolescents. Il est publié par Netflix et annoncés comme le classement des meilleures séries pour jeunes (consulté en février 2019). Je retiens les dix premières du classement. Dans la préenquête cités plus haut, certains de ces titres sont également repris tant par les filles que par les garçons. Si elles sont dites « pour jeunes », c’est parce que les personnages mis en scène ce sont des jeunes. Ce classement est une manière pour Netflix de faire rebondir les séries et pousser à les visionner.

Je note en italique dans la liste qui suit, pour qui n’aurait pas vu ces séries, le synopsis tel qu’il est écrit sur Wikipedia. Wikipédia diffuse en effet une description très détaillée pour chaque série. Ce qui est une autre manière pour les producteurs de se faire une publicité gratuite. Je parle de publicité car l’information de Wikipédia est uniquement descriptive sans aucun commentaire critique. Les dates entre parenthèse sont celle de la diffusion aux USA et dans le monde. J’ajoute en caractères normaux gras mes commentaires rapides et spontanés des images et du scénario.

Je prends les dix premiers titres classés, en remontant du dixième au premier.

 

10° Riverderdale  (2017 ss) (USA) ? C'est la rentrée dans la petite ville de Riverdale, qui se remet doucement de la mort tragique du jeune Jason Blossom. Cette rentrée est un nouveau départ pour Archie Andrews qui s'est décidé à faire carrière dans la musique malgré la fin de sa relation secrète avec sa professeur de musique qui lui sert de mentor et la fragilité de son amitié avec son meilleur ami Jughead Jones.De son côté, sa meilleure amie Betty Cooper, secrètement amoureuse de Archie, doit faire face à sa mère sur-protectrice qui la drogue aux médicaments. Mais tout va commencer à changer pour elle quand elle va faire la connaissance de Veronica Lodge, une nouvelle et riche élève qui arrive en ville à la suite d'un scandale ayant touché de près sa famille.

Mais tout ceci n'est qu'une partie des nombreuses histoires et secrets qui peuplent Riverdale, une ville calme et à l'image parfaite, mais qui cache dans l'ombre de nombreux dangers et une face très sombre.

Perfidie dans la vie normale. Violence des relations.

 

9° Teen wolf (2011-2017) (USA). Une nuit, Scott McCall, un jeune lycéen, joueur de crosse au lycée de Beacon Hills en Californie, se promène dans les bois à la recherche de la moitié d'un cadavre avec son meilleur ami Stiles et se fait attaquer par une énorme bête sauvage. Il s'en sort avec une morsure à l'abdomen droit, mais il découvre peu après qu'il est devenu un loup-garou. Dès lors, il doit trouver un équilibre entre sa nouvelle identité et les nombreux dangers qu'elle présente pour sa vie d'adolescent. Tout au long des saisons, il s'efforce de protéger ses proches ainsi que d'en apprendre davantage sur sa condition de loup-garou et des mystères qui l'entourent. Ecole où parmi les élèves il y en a qui se transforment en vampires., cadavres, horreurs, violence, sexe. Annoncée comme « amour, amitiés et surtout peur ».

 

Pretty little liars ( 2010-2017) (160 épisodes) (USA). Un soir dans la petite ville de Rosewood, un groupe de cinq meilleures amies se réunit pour une soirée pyjama avant la rentrée. Le groupe est composé de Spencer HastingsHanna MarinAria MontgomeryEmily Fields et de leur leader, Alison DiLaurentis. Mais dans la nuit, Alison disparaît sans laisser de traces.

Un an plus tard, Alison est toujours portée disparue et le groupe est séparé. Mais quand Aria fait son retour en ville après avoir passé l'année à l'étranger avec ses parents, chacune commence à recevoir des messages et des menaces signés « -A ». Ce dernier connaît les nombreux secrets des jeunes filles, plusieurs dont seule Alison connaissait l'existence mais également certains nés après la disparition de l'adolescente. Mais « -A » semble également en savoir beaucoup sur la disparition d'Alison.

Menacées si elles vont voir la police, elles vont devoir mener leur propre enquête. Les secrets vont alors se multiplier mais également les attaques et les morts, transformant leurs vie en lutte pour survivre.

 

7° Gossip girl (2007-2012)(121 épisodes) (USA) Les étudiants privilégiés des écoles privées de Constance Billard, pour les filles, et de St Jude, pour les garçons, dans l'Upper East Side, un quartier de Manhattan à New York, sont tous accros au blog de « Gossip Girl » une mystérieuse blogueuse qui dévoile tous les derniers potins et rumeurs sur leur communauté très fermée (gossip signifie commérage en anglais).

La série suit la vie de la jeunesse dorée de Manhattan et de jeunes qui viennent d'un milieu plus modeste : Brooklyn.

Amourettes, intrigues, compétition sexuelle

 

6° The 100 (2014ss) (USA) : 97 ans après un holocauste nucléaire qui a décimé la population de la Terre, les seuls Terriens survivants sont ceux qui se trouvaient à ce moment-là dans une des douze stations spatiales en orbite. Depuis, ces douze stations spatiales ont été reliées entre elles et réorganisées afin de garder leurs habitants en vie. Ce groupe de stations se nomme l'Arche. Celle-ci compte maintenant plus de 2 400 habitants. Trois générations se sont ensuite succédées dans l'espace mais les ressources s'épuisent. Des mesures draconiennes ont donc été prises : la peine de mort chez les majeurs et le maximum d'un enfant par couple sont à l'ordre du jour. De plus, les dirigeants de l'Arche font des choix impitoyables pour assurer leur futur, notamment exiler secrètement un groupe de 100 prisonniers mineurs à la surface de la Terre pour savoir si elle est redevenue habitable. Pour la première fois depuis près d'un siècle, des humains retournent sur la planète Terre.

Parmi les 100 exilés, il y a Clarke, la brillante adolescente, fille de l'officier médical en chef de l'Arche ; Wells, le fils du Chancelier ; Finn le trompe-la-mort et le duo Bellamy et Octavia, que la fraternité a toujours poussé à enfreindre les règles. Pour les 100 survivants, la Terre est une planète étrangère dont ils ignorent tout, c'est un royaume mystérieux qui peut être magique un instant et mortel l'instant suivant. La survie de l'espèce humaine repose sur les 100, ils doivent parvenir à transcender leurs différences afin de survivre.

Apocalypse post nucléaire, compétition, violence, sexe, lutte pour le pouvoir, incertitude, violence de la terre inconnueet dangereuse derrière certaines beautés.

 

5° Shadow hunters (2016ss) Clarissa est une jeune adulte de 18 ans qui vit à Brooklyn (New York) avec sa mère et étudie l'art. Lors d'une soirée dans un club new-yorkais, elle assiste au meurtre d'une femme par trois jeunes étrangers qu'elle seule peut voir et tue accidentellement un homme. De retour chez elle, sa mère, Jocelyn, lui révèle leur véritable nature : elles descendent d'une longue lignée de Shadowhunters, des chasseurs de démons mi-anges mi-hommes. Mais avant de pouvoir lui en dire plus, des hommes viennent les attaquer, ce qui pousse Jocelyn à téléporter Clary dans un commissariat.

Clary fait alors la rencontre de Jace, l'un des jeunes du club mais surtout un Shadowhunter. Au côté d'autres Shadowhunters, il lui fait découvrir l'Institut ainsi qu'un monde surprenant et peuplé de Créatures Obscures telles que les vampires, les loups-garous et autres démons. Clary va tenter de comprendre ce monde particulier auquel elle appartient depuis toujours sans le savoir et de sauver sa mère entre les mains de Valentin, chef du Cercle clan ennemi des Shadowhunters. Et c'est ainsi que Clary va découvrir un secret qui va la bouleverser…

Dark fantasy, complots, meurtres, horreur. Les humains devant une fatalité mauvaise

 

4° Scream (2014 ss) (USA). Série adapté de films. Horreur, drogue, alcool, sexe

 

3° Casa del Papel (2017 ss) (Espagne). Un homme mystérieux, surnommé le Professeur (El Profesor), planifie le meilleur braquage jamais réalisé. Pour exécuter son plan, il recrute huit des meilleurs malfaiteurs du pays qui n'ont rien à perdre.

Le but est d'infiltrer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre afin d'imprimer, 2,4 milliards d'euros, en petites coupures de 50 € et cela en moins de onze jours, sans verser une goutte de sang – malgré la présence de 67 otages, dont la fille de l'ambassadeur du Royaume-Uni.

Crime et richesse. Violence. Look collectif de la bande. Centré sur des personnalités fortes toutes détraquées quelque part.

 

2° The end of fucking world (2017ss) (Quebec/ UK) James, âgé de dix-sept ans et qui vit seul avec son père veuf, se présente comme un psychopathe et tue régulièrement des animaux comme passe-temps. Il se lie avec Alyssa, une camarade de lycée aussi rêveuse que rebelle qui vit avec sa mère et son beau-père. James, en quête de quelque chose de plus gros qu'un animal à tuer, se donne pour but de l'assassiner. Mais James commence à ressentir des sentiments pour elle, alors qu'ils fuguent chacun de chez eux et se lancent dans un road trip, où ils feront face à de nombreuses péripéties tragi-comiques

Langage violent, peut être « humour », mais noir, cynisme

 

1° 13 reasons why (2017ss) (USA). Clay Jensen, un adolescent de dix-sept ans, reçoit une boîte contenant sept cassettes de la part d'une de ses amies, Hannah Baker, qui a mis fin à ses jours quelques semaines plus tôt. Ces sept cassettes, composées chacune de deux faces à écouter, contiennent chacune une des treize raisons qui ont poussé Hannah Baker à prendre cette décision. Chaque face correspond également à une personne qu'elle considère comme responsable de son acte. Perturbé par la réception de ces cassettes, Clay va vite découvrir au fur et à mesure des révélations d'Hannah que ses camarades ne sont pas vraiment ce qu'ils laissent paraître.

Compétitions, secrets derrière les apparences, soupçons, complots, victime, accusations

 

Quoi dire de ces séries… et de leur influence ?

La lecture que j’en fais sur le plan du contenu est plus ou moins la suivante. La vision du monde est centrée sur les relations sociales violentes dans un monde violent ; les héros sont ambivalents, ils sont souvent des anti-héros ; ils cachent tous des secrets, des non-dit ou sont possédés par le mal.

Dans ce monde les complots occultent foisonnent. Il n’y a pas de monde vrai.

J’ai été assez abasourdit par ces séries que j’ai découvert avec des yeux et la tête peu habitué à ces images et à ces contenus. Quand je voyais l’un ou l’autre extrait je pensais qu’il s’agissait de produits marginaux. L’étude citées plus haut auprès de jeunes, m’a montré au contraire qu’il s’agit d’un univers qui leur est fort familier et dans lequel ils et elles baignent.

Et je me demande qu’elle est l’influence de ces séries sur les populations et sur les jeunes. Je sais que la question est sujette à beaucoup de discussions. Je n’ai pas de compétence en la matière, mais je suis peu convaincu par les arguments souvent avancés. On dit par exemple que l’influence des séries est réduite par la capacité du jeune à prendre distance, par divers moyens. Il n’y a pas d’influence à la manière d’une « piqure », car il y a une prise de distance, une communauté qui interprète, qui discute etc. etc. Certes, mais si le jeune est totalement immergé à travers les multiples supports et le temps qu’il y consacre, si le jeunes de certaines familles n’ont pas une communauté d’interprétation parmi les adultes de sa famille, mais uniquement entre jeunes lors des socialisations entre groupes de même âge, qui sont également socialisés au même monde, est-on si sûrs que cette mise à distance a lieu ?

On dit aussi qu’éventuellement, si influence il y a, celle-ci se situe dans l’imaginaire mais pas en ce qui concerne des valeurs, normes, conduites dans le monde réelle, les images étant contextualisées. Et on dit aussi qu’il ne faut pas confondre l’ordre moral réel et celui de la fiction. D’accord, mais dire ceci me semble sous-estimer la puissance de l’imaginaire. Et si, étant vécu totalement, cet imaginaire devenait déterminant ? N’a-t-on pas vu des jeunes, au nom de l’imaginaire religieux du jihad, du martyre et de ce qu’il entoure, entrer dans une spiral d’action, de valeurs, de normes de conduites qui les ont amenés au jihad et au terrorisme ?

Par exemple les éducateurs se plaignent de l’impact des thèses complotistes souvent évoquées et ayant prises sur des jeunes, en particulier de milieux populaires. Mais les série ne sont qu’un univers de complots ! On a beau décoder à l’école, tenter de donner des outils critiques, mais si le jeune est immergé dans un monde imaginaire de complots, convaincant au plus au point par les images et par les trames narratives qui racontent efficacement l’existence de complots, et en absence d’autres visions du monde, ne pensent-on pas que cela a un certain effet dans sa compréhension du monde réel ?

Mais, comme l’était Juvénal par rapport à l’empire romain.je suis probablement un vieux radoteur, à côté du beau monde contemporain et de sa règle exclusive de la liberté du marché.

Mais on pourrait se demander si derrière cette règle du marché qui prône toute production, pourvu qu’elle soit vendable il n’y a pas aussi la règle de la domination efficace exercée à la manière d’aujourd’hui : « smartis et serienses ».

Séries très utiles très fonctionnelles pour s'adapter au récit ouvert et toujours incertain de la société d'aujourd'hui et à son impératif  incessant de s'adapter au rythme furieux du changement en suivant les maîtres producteurs de ce changement, que sont les innovateurs technologiques et leur rentabilisation financière associés aux publicitaires, maîtres à penser de l'innovation. Le livre intéressant qui vient de paraître, de la philosophe Barbara Stigler, "Il faut s'adapter. Sur un nouvel impératif politique" (Gallimard, 2019), donne à penser  au sujet de ces nouveaux dogmes collectifs.