Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

                                                                                             

Avancer par le haut dans la lutte contre le radicalisme jihadiste

Felice Dassetto

3 mai 2016

 

1.Préalables([1])

La présence de l’islam dans l’espace européen a été –et elle l’est toujours- une nouveauté historique. L’arrivée de migrants d’origine musulmane au début des années 1960 semblait être un fait migratoire classique, engendrant des processus d’inclusion, d’intégration semblables à ceux de toute migration, tant en ce qui concerne le cheminement des nouvelles populations qu’en ce qui concerne les réactions des populations déjà établies. Or, il apparaît de plus en plus qu’en raison des dynamiques pluri décennales, voir séculaires en cours dans le monde musulman, et en raison des relations historiques entre monde musulman et monde occidental cette présence s’inscrit dans une dynamique plus vaste d’une rencontre inédite de civilisations, forgée dans un moment particulier de l’histoire mondiale (globalisation, mondialisation), de l’histoire européenne (crise économique, élargissement de l’Europe) et de l’histoire de l’islam.

On est devant des processus de changements multiples, de rencontres inédites auxquels personne n’était préparé et dont on peine à mesurer la profondeur des enjeux. Il importe d’inventer du neuf pour que ces changements structurels ne pèsent pas négativement (ou trop négativement) dans le quotidien de la vie des personnes, des villes, des quartiers, des institutions. On prend conscience lentement de la nécessité de se confronter avec énergie à ces défis nouveaux.
La décennie qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 n’a pas été fort féconde du point de vue d’une avancée positive. Au contraire : une spirale négative s’est enclenchée et s’est réciproquement alimentée. Si la guerre menée par la coalition occidentale guidée par les USA avait une justification dans le but de détruire aux racines al-Qaida, elle a abouti à l’occupation d’un pays dont la sortie n’est pas évidente. Mais surtout l’occupation erronée politiquement, tragique, barbare, immorale voulue par les USA et le Royaume uni, qui a entraîné dans son sillage de nombreux pays (avec l’exception heureuse de la France et de la Belgique) a engendré le collapse d’une aire géographique dont on paie lourdement les conséquences. Du côté musulman, la pensée et l’action jihadistes ont continué dans leur lancée et ont amplifié tant géographiquement que culturellement le programme jihadiste-terroriste en multipliant attentats et actions armées. Sur le plan culturel à côté d’actions positives se sont poursuivies des relations sous le mode de la controverse sans issue, dans laquelle chacun lance à la figure de l’autre sa propre vérité sans entendre les arguments de l’autre, dans une surenchère ou dans un pourrissement des situations : controverses relatives au port du foulard, ou au sujet des caricatures du Prophète.

Le tournant du Printemps arabe a vu, après une parenthèse, surgir de plus belle une dynamique politique islamiste qui s’est amplifiée au Moyen-Orient en réagissant et en s’appuyant pour justifier ses modalités d’action sur féroce immobilisme du régime syrien, sur les calculs cyniques de la Russie, sur les atermoiements américains et la paralysie européenne. L’attrait de cette guerre aux visages multiples en Syrie a attiré de nombreux jeunes européens et a fait prendre conscience au plus grand nombre, et de manière accrue aux musulmans eux-mêmes de la voie tragique dans laquelle le monde musulman, y compris européen, s’était embarqué.

Prise de conscience lentement mais sûrement croissante depuis l’installation en 2014 du radicalisme extrême et aveugle de l’État islamique, à partir duquel sont nés les attentats tragiques à la rédaction de Charlie Hebdo et à la supérette cacher en janvier 2015, les attentats de Paris en novembre 2015 et ceux de Bruxelles en mars 2016.

Ces attentats pourraient constituer un tournant dans la prise de conscience de sortir au moins des impacts négatifs européens de cette spirale qui continuera à être encore bien mortifère au Moyen-Orient et ailleurs. Du côté musulman –surtout dans la jeunesse musulmane, notamment de « troisième génération »-, semble émerger la conscience de la nécessité de casser la logique jihadiste-terroriste et de sortir de la spirale islamiste. Ce qui n’est pas encore entièrement assumé dans toutes ses conséquences par l’ensemble des leaders musulmans. Du côté non musulman apparaît de plus en plus également la nécessité de « faire quelque chose » pour que la jeunesse musulmane européenne sorte de cette spirale négative et trouve un contexte plus positif à son développement en tant que citoyens européens. Des forces positives plus importantes que par le passé, tant du côté musulman et non-musulman, semblent vouloir sortir par le haut.

Ce qui est d’autant plus possible, que l’on peut faire l’hypothèse, un peu risquée, mais réelle, que les derniers attentats sont les derniers coups de queue du dragon jihadiste-terroriste, tout au moins celui de la phase après le 11 septembre. Il n’est pas exclu évidemment que d’autres coups de queue puissent avoir lieu, mais on peut   - et à la limite on doit- miser sur une sortie de cette logique et sur une sortie du cadrage imposé par cette logique. Autrement dit, si l’action policière et judiciaire de la lutte contre le terrorisme doit absolument continuer, il importe toutefois de sortir du seul cadrage de l’action en fonction de cette lutte pour regarder plus loin et plus positivement. C’est-à-dire en vue de construire davantage un projet positif de cohabitation citoyenne commune de non-musulmans et de musulmans dans l’Europe et dans le monde. Et la tâche est énorme sur le plan intellectuel, culturel, social et géopolitique.

Bien que les réflexions et la mise en œuvre de politiques générales visant à prévenir le radicalisme soient immédiatement liées aux tragiques attentats issus de groupes jihadistes-terroristes, il importe de ne pas rester enfermés dans ce seul cadre de pensée et d’action. Il importe de viser une action large et positive en vue de contribuer à la construction du devenir positif des populations de conviction musulmanes au sein de la cité et des relations entre musulmans et non-musulmans.

C’est ainsi que le thème de la radicalisation auquel nous sommes invités à réfléchir peut être pris sous deux aspects.
Un aspect plus restreint qui consiste à fixer l’attention sur l’expression combattante et sur l’expression terroriste du radicalisme.

Dans l’histoire belge et européenne, cet aspect a émergé depuis des décennies à commencer des groupes de soutien au jihad dans les années 1990. Il a pris une forme plus dramatique lors des quelques départs en Afghanistan dans les années 1990-2000. Mais le côté dramatique est apparu davantage depuis 2011 suite aux départs au jihad d’abord et ensuite en raison des attentats terroristes ([2]).

Ce volet spécifique concerne avant tout les forces de police et l’instance judiciaire.

Et concerne une politique particulière du suivi des retours et des objectifs spécifiques de sortie de l’action, des réseaux et des idéologies combattantes jihadistes.

Un aspect plus large consiste à prendre en compte le contexte et l’amont qui aboutissent dans un premier moment à un processus robuste de ce qu’on pourrait appeler un extrémisme aux accents plus ou moins radicaux, constitué par une orientation (sur le plan des idées, des doctrines), vers des conduites, vers des modèles d’action qui procèdent du fait de ne pas se reconnaître dans les finalités, les valeurs, les institutions de la vie publique du contexte où l’on vit.
Cette non-reconnaissance, ce rejet, pouvant aboutir ou bien à une lutte contre (sous différentes formes, dont, dans la forme la plus extrême est l’action armée et celle terroriste, ou bien aboutissant à une distanciation, à un isolement de cette société que l’on refuse.

Je m’arrêterai ici sur ce deuxième aspect, celui de la construction d’un radicalisme robuste au sein d’une partie des populations d’origine musulmane, qui se situe en amont de l’action armée, pour deux raisons.

D’une part il est le plus proche de l’action possible par l’institution dans laquelle nous sommes. Car la « déradicalisation » jihadiste-terrorisme ne peut se réaliser qu’en lien avec l’instance judiciaire-policière.

D’autre part, il me semble un enjeu majeur, par son ampleur et parce que ce radicalisme extrême est en amont du devenir jihadiste-terroriste. Même si tout radical, même extrême n’est pas jihadiste, tout jihadiste présuppose d’être radical extrême.
Et par ailleurs sans en arriver au jihadisme, le radicalisme extrême plus ou moins diffus rend très difficile la vie commune.

Nous avons fait référence jusqu’ici à un radicalisme islamiste propre à des mouvements sociaux. Il faut noter qu’une autre source de radicalisme extrémiste peut émerger à partir de régimes étatiques, soit parce que des formes d’extrémisme y ont conquis le pouvoir (ex. le nazisme, ou bien le Cambodge sous les Khmers rouges), soit parce que des régimes prennent une tournure autoritaire pour dominer leurs populations, soit parce que des régimes prennent une tournure conquérante.

Pour évoquer rapidement cela, je voudrais parler rapidement de deux aspects :

-        d’abord les causes du radicalisme (plus ou moins extrême) et par là du jihadisme ;

-        ensuite poser quelques prémisses pour une action de prévention du radicalisme

2. Les causes du radicalisme

 

Je ne veux pas amener ici des réflexions d’académie sur les causes de la radicalisation. Mais il est indispensable prendre position sur ces questions, car ce n’est que sur base d’une analyse des causes du radicalisme que l’on peut penser une stratégie pour la prévention.

Je suis obligé de faire cette prémisse, car circulent des affirmations et des interprétations que je considère bien réductrices et bien délétères, véhiculées d’ailleurs en une certaine mesure par des échos français.
Ainsi un des arguments consiste à dire que ce sont des conditions structurelles (chômage, discrimination) qui sont la cause de la radicalisation. Ce qui peut avoir pour certains une partie de vérité, mais ce qui n’est pas généralisable, car sinon tous les jeunes au chômage partiraient.

De même on affirme que « l’islamophobie » est cause de radicalisme. Ce n’est pas la seule cause et par ailleurs je pense que si des attitudes et discours islamophobes son présent, ils ne sont pas généralisés comme on le laisse parfois entendre.

Pour d’autres ce sont les bombardements américains ou les injustices dont souffre le peuple palestinien : autant de causes éloignées de la réalité, même si pas du vécu des jeunes, mais qui a elles seules ne peuvent pas expliquer une radicalisation en général.

D’autres, comme Olivier Roy diront que c’est un conflit de générations qui aboutit à une radicalisation de rupture avec les générations précédentes. Ce qui aboutit dans une phrase erronée, mais qui a fait mouche aux oreilles des médias  selon laquelle ce à quoi on assiste » ce n’est pas la radicalisation de l’islamisme, mais l’islamisation de la radicalité » ([3]

Aucune de ces explications partielles n’est suffisante.Ceci pour dire qu’il importe, selon moi, d’analyser la complexité du processus de radicalisation en tenant compte des diverses composantes.Elles sont au moins celle-ci :

-          La personnalité de ceux qui s’engagent dans une action jihadiste. À part les cas psychiatriques, il importe de s’interroger sur la construction de cette structure de la personnalité, de son être au monde et son agir dans le monde, pouvant ouvrir à un choix d’action non seulement jihadiste, mais en plus terroriste et suicidaire. Il importe également de tenir compte de la succession des générations de cette jeunesse dans le cas de jeunes originaires de familles immigrées musulmanes. Questions concernant les jeunes convertis à l’islam, hommes et femmes.

-          La réalité familiale et communautaire : comme lieu possible de construction de cette personnalité, parfois associée à des cultures régionales. Rôle des pères, des mères, des fratries en tenant compte de la succession de générations des parents.

-          Les processus sociaux concrets de radicalisation : solidarité de groupe et constitution de réseaux de sociabilité (éventuellement en lien avec une mise à l’épreuve de l’efficacité du réseau à travers des activités criminelles) ; rôle des leaders et prise en compte des raisons de leur efficacité ; rôle des réseaux sociaux dans la production des connaissances et des mobilisations sans toutefois oublier de prendre en compte les relations sociales concrètes.

-          Les dimensions cognitives, imaginaires, rationnelles qui construisent un rapport au monde, aux autres, une perspective d’action liée à l’islam. À mon avis elles occupent une place centrale. En précisant d’emblée que la question n’est pas celle de l’islam en soi, mais de l’islam tel qu’il s’est construit depuis 40-50 ans dans le monde musulman et en Europe véhiculé par des groupes spécifiques, mais dont la vision à percolé au sein plus large d’acteurs religieux et de populations ([4]).

-          Les conditions économiques et sociales-relationnelles concrètes de la vie de la jeunesse, mais qui sont à prendre en compte tant sous l’angle des déterminismes qu’elles engendrent que sous l’angle des possibilités qu’elles permettent.

-          Les contextes éloignés, de type géopolitique (ex. la situation palestinienne, etc.), actuels ou historiques, mais dont il faut s’interroger sur le plan épistémologique, comment penser l’impact de causes qui agissent sur le plan cognitif, émotionnel, mais pas en tant que cause sociale immédiate.

Cette liste, donnée ici juste pour rappel, ne restitue pas toute la complexité et la profondeur de l’analyse qu’il importe de conduire au sujet de ces facteurs de radicalisme et leur impact. Comme on le voit de cette énumération et contrairement à certaines analyses, je ne considère pas que le radicalisme est uniquement une réponse à des facteurs externes, contextuels (dimensions qu’il ne faut pas ignorer), mais qu’il est un processus engendré également (et tout autant si pas plus) par des structures de la personnalité, nées dans le contexte familial et « communautaire » et par les discours, idéologies structures de pensée religieuse, auxquelles je donne un poids déterminant. Il s’agit ici de prendre en compte les formes des pensées religieuses telles qu’elles se sont construites depuis des décennies et qui véhiculent, en amont du jihadisme et du terrorisme, le difficile positionnement, depuis le XIX° siècle de l’islam face à la modernité. Difficile positionnement qui continue et qui a tendu à s’accentuer depuis 40 ans sous l’impact du salafisme wahhabite. Pendant des années et des décennies, on n’a pas voulu voir qu’il y avait un enjeu autour de la pensée et des normes religieuses, non pas autour de l’islam en général, mais au sujet des visions de l’islam qui se mettaient en place. On commence à changer d’avis, sauf chez certains. Mais il importe aussi de voir la complexité de ce que cela signifie. Rôle des processus de construction et des canaux de diffusion de ces idées.

Pour donner deux exemples de la nécessaire complexité des causes du phénomène  en parlant du système de la personnalité, certains auteurs se limitent à dire que ces jeunes sont des « perdants », ou des « nihilistes ». Ces qualificatifs ne permettent pas de comprendre la complexité identitaire et les processus de construction de cette identité, le rôle des contextes, de la personnalité, des idéologies religieuses qui alimentent des contre-identités.

Ou encore, en parlant de recruteurs, on parle d’endoctrinement, sans s’interroger sur ce qui fait la force de ces recruteurs, leur charisme, leur capacité de conviction, le terreau sur lequel ils s’appuient. Ce dernier exemple permet de voir aussi l’impact d’une carence d’analyse de causes sur les solutions. Ainsi pour contrecarrer des « recruteurs » ou les prédicateurs, on envisage de former des imams et on dépensera pas mal d’argent à ce sujet. On prend d’ailleurs des initiatives en diverses directions de manière assez chaotique. Il y a d’abord le fait de savoir si dépenser de l’énergie et de l’argent dans la formation de la plupart des imams en fonction actuellement pourra donner beaucoup de résultats et à quelles conditions (et de toute manière cette question relève avant tout des autorités religieuses). Et par ailleurs la question est de savoir si de figures bureaucratisées auront la même vigueur charismatique, personnelle, morale et le même militantisme que certains prédicateurs (mais également cette question relève de la responsabilité des autorités et des leaders musulmans).

Cette analyse complexe, systémique des causes doit également s’atteler à les hiérarchiser dans leur efficacité causale : on ne peut pas les considérer, toutes, selon une même capacité d’impact. Parfois des propos, entendus chez les uns ou les autres, mettent tout dans le même sac et donnent à tout la même efficacité. On ne peut pas mettre dans la même chaîne causale un discours radical, l’impact d’un leader, le chômage des jeunes ou la guerre en Iraq déclenchée par les USA en 2003. Savoir analyser lucidement cette question est important entre autres dans le travail éducatif avec les jeunes, et même dans la construction de leur personnalité, et plus en général dans la mise en place d’actions de prévention.

S’il y a une multiplicité des causes, alors il importe que l’action préventive soit large.

Parenthèse : questions à propos des responsables et leaders musulmans

Juste une remarque complémentaire : le défi est grand aujourd’hui, et plus que jamais, pour les leaders et les institutions du monde musulman belge. Il me semble que certains continuent à être paralysés, immobiles ; ou à ne pas comprendre les enjeux. Parfois en s’illusionnant que par l’importation de modèles de pays musulmans on pourrait résoudre les défis d’ici. Les leaders institutionnels ou associatifs ne semblent pas trouver l’énergie intellectuelle et personnelle pour s’engager dans une voie de réponse active, qui va aux sources des déviances terribles en cours dans l’islam contemporain.

Les intervenants, non-musulmans dans la lutte contre la radicalisation ont beau à se mobiliser et à agir pour promouvoir des voies positives pour l’enfance et la jeunesse, mais si le monde musulman et ceux qui ont une responsabilité ou ils se sont hissés au rôle de responsables, locaux ou plus larges, reste immobile, s’il ne s’active pas dans le fond et pas seulement en façade, et ceci d’urgence, tout le monde risque d’être embarqué encore pendant longtemps et dramatiquement dans des chemins bien épineux.

Pour donner un exemple : l’école a beau se mobiliser encore plus que ce qu’elle fait, mais si dans des groupes, dans des associations, on continue à dire aux jeunes que certains enseignements ne valent rien face à la doctrine coranique, que l’école et les « autres » veulent dominer l’islam et le détruire (ce qui est fondamentalement faux, et pourtant cela se dit) ; qu’il importe de dire ce qu’ « ils » veulent pour les examens, mais que les vérités sont ailleurs; que la société ne veut pas des musulmans et les rejette et qu’il faut émigrer dans des pays musulmans ; que l’islamophobie règne en général en Belgique (ce qui est faux comme constat généralisé et pourtant cela se dit et se clame) ; que l’importance est de consolider le pôle musulman en face, parfois contre, parfois pour s’isoler des « autres », plutôt qu’agir avec les autres ; qu’il faut cultiver voire exaspérer la différence pour garder son identité ; que, dans un esprit de boutade peut-être, mais plutôt mal placée, on écrit qu’il « faut en finir avec le vivre-ensemble » ; que la référence au pays et à l’islam « d’origine » est bien plus importante que la référence au pays où l’on vit, quitte à utiliser ce pays de manière instrumentale pour soi et pour des membres de sa famille dans le pays d’origine, alors il ne faut pas se plaindre et pleurer ensuite que ces jeunes vivent dans une désaffection totale par rapport à la société où ils vivent, par rapport aux études, par rapport à une insertion.

Entre parenthèses : c’est bien ce que recommandait Said Qotb dans les années 1950, le leader Frère musulman, un des fondateurs historiques de la pensée radicale et jihadiste, qui écrivait qu’il importe « de se désaffectionner par rapport à l’Occident, l’ennemi total de l’islam », car il faut être armés, même moralement et culturellement, pour le combattre. C’est réussi. Sans s’en rendre compte, et pour une grande partie des musulmans sans le vouloir, mais d’autres en se rendant bien compte de ce qu’ils faisaient, peut-être sans en mesurer les conséquences. En tout cas, le vœu de Said Qotb est en train de se réaliser parmi les musulmans européens.

Et face à ces propos généralisés, on entend de rares voix qui réagissent, mais qui sont vite marginalisées et accusées d’être vendues aux « autres » ou de s’être fait piéger, et on entend surtout un silence, éventuellement embarrassé, ou des propos parfois de façade, mais presque pas accompagné de pratiques de fond, d’analyse critique et de retour critique sur les trente-quarante années d’enseignements de visions, de recherche d’une voie de pensée renouvelée. Alors, on se demande vraiment si toutes les actions que des gens de bonne volonté, musulmans ou non-musulmans, entreprennent ne risquent pas d’être des efforts semblables à ceux de ramer avec une cuillère à soupe contre le courant d’un torrent impétueux.

Ceci dit, et malgré tout, il importe que toutes les instances et les personnes concernées se mobilisent dans la sérénité et avec énergie, dans la complémentarité de leurs compétences et de leurs responsabilités respectives.

 

 

3. Étendue et prémisse pour une action préventive. Pour une vision et un plan d’action globale

 

L’État ne peut pas tout faire. Il importe une large mobilisation qui devrait concerner le plus grand nombre des membres de notre société et des instances qui la composent, tant parmi les musulmans que parmi les non-musulmans.

Mais si l’État (dans ces diverses composantes) ne peut pas tout faire, il a certainement un rôle majeur à jouer tant directement que dans le soutien indirect de ce qui se fait et peut être fait à d’autres paliers de la société.

Mais cette action aurait avantage d’être pensée et inscrite dans une vision globale. J’ai parfois l’impression que face à l’urgence, on agit par coups, par des initiatives éparses, dans le désordre, parfois dans la juxtaposition, aboutissant parfois à l’amateurisme. Le tout donnant l’impression (et ce n’est pas seulement une impression) d’une certaine gesticulation, des déclarations qui apparaissent comme des effets d’annonce, qui ne rassurent pas et ne convainquent pas les citoyens, musulmans ou non musulmans, qui accroît les inquiétudes et peut contribuer à accroître les tensions.

J’essaie ici de poser quelques préalables à la mise en place d’une vision et un plan d’action globale.

 

3.1.Une action à de multiples niveaux et par de multiples acteurs de la société

 

Qui peut intervenir et qui intervient déjà dans cette mobilisation contre les dérives radicales et pour une cohabitation positive ?

-          les instances de l’État (dans ses divers niveaux de pouvoir) et concerner l’enseignement, la santé, la culture, l’aide sociale, etc. ; évidemment la Justice et l’Interieur, sans oublier pour certains aspects, les Affaires étrangères.

-          l’action publique (financée à des degrés divers, : éducative, culturelle, sportive….

-          le monde associatif, particulièrement important, car il pénètre dans la vie sociale de manière capillaire

-          les regroupements volontaires créés par des citoyens en fonction de leurs domaines d’ intérêt

-          des initiatives privées de citoyens

-          les instances ou les groupes convictionnels et en l’occurrence ceux qui adhèrent à la foi musulmane (j’ai évoqué la question plus haut).

 

3.2. Des actions à finalité multiple

Toutes les actions n’ont pas les mêmes finalités, car différents niveaux de la vie commune sont en jeu :

-        Interconnaissance-confiance : actions qui visent à combler des fossés et à reconstruire des relations

-        Connaissance : connaissance de la société, de l’islam, des institutions et de leurs fondements et raisons d’être.

-        Débats entre citoyens : débats généraux, débats qui n’ont pas assez lieu sur les « questions qui fâchent » entre musulmans et non-musulmans, avec les préalables nécessaires pour que ces débats puissent avoir lieu et se dérouler de manière constructive ([5])

-        Des actions communes dans les quartiers, dans le domaine culturel, sportif, éducatif etc, importantes pour la pratique concrète de la vie commune.

 

3.33.3. La temporalité

Tout ne sera pas résolu tout de suite. Mais tout doit être mis en route sans tarder.

Les effets de l’action entreprise se déploient dans des temporalités différentes (court, moyen, long terme), ce dont il faut être conscients et qu’il faut penser dans leur complémentarité.

  • Certaines actions doivent intervenir dans l’immédiat, dans une urgence (malgré tout bien pesée), tout en inscrivant cette action dans la construction d’une stratégie plus ample. Ainsi, par exemple, des enseignants doivent pouvoir être outillés dans l’urgence à la capacité de répondre aux questions des élèves. Tout en envisageant des actions structurelles plus à long terme.
  • Certaines actions ont des effets sur le moyen terme. Ainsi par exemple des formations de travailleurs sociaux, éducateurs…, certaines formes de communication sont efficaces dans le moyen terme. Ou encore : une action de relations entre citoyens musulmans et non musulmans ne peut avoir des effets que si elle est pensée dans le moyen-long terme.
  • D’autres actions le sont dans le long terme, dans l’espace de quelques années.

3.4.Actions dans la durée et avec une visée stratégique et pas des « one shot » et sans visée.

Parfois, que ce soit dans des interventions d’acteurs publics ou des interventions de groupes, on se limite à des actions « one shot », démonstratives. Il importe au contraire de privilégier des actions dans la durée, même celles qui se confrontent à l’immédiat.

Mais cette action dans la durée doit se préoccuper de s’inscrire dans une stratégie, sous peine de s’essouffler par manque d’objectifs.

 

3.5.Actions qui ne juxtaposent pas et ne prétendent pas « inventer l’eau chaude »

Conduire, soutenir des actions qui valorisent, soutiennent, éventuellement aide à réorienter ce qui se fait, ou si nécessaire inventent de nouvelles choses, mais ne pas faire l’erreur de prétendre de tout faire à partir de zéro.

Par exemple, la grande urgence est de soutenir, donner des outils approfondis, mais lisibles, accroître des capacités de connaissance, pensées méthodiquement, pour les enseignants, depuis le primaire jusqu’au secondaire, pour soutenir l’immense travail qu’ils font déjà dans leur démarche pédagogique, face aux questionnements, voire aux conflits, aux positionnements qu’ils vivent au sein de l’école. Comment s’appuyer pour cela sur des institutions existantes, comment amener à faire collaborer les réseaux scolaires dans le domaine, etc.

Éviter également de multiplier les méta-structures, les coordinations de coordinations, les interminables études préparatoires, qui coûtent de l’argent, alors que les moyens disponibles, malgré tout, ne sont pas énormes, loin de là.

 

3.6 Action pensée par rapport aux réalités propres de la Belgique et pas seulement importées.

On a vu depuis quelques années, prises de panique, des initiatives qui empruntent des « trucs et astuces » à l’un ou l’autre lieu qui semble proposer des solutions quasi miracle. Des commissions parlementaires vont ici ou là pour voir « la » recette. Et on la transpose telle quelle sans s’interroger sur les possibilités et les conditions sociologiques d’efficacité ici. Certes, connaître ce qui se fait ailleurs est indispensable, mais chaque lieu, chaque pays a sa spécificité, sa culture, ses situations sociales. Des transpositions pures et simples ou l’utilisation sans critique de recettes à la mode ou dont on parle, risque de ne pas servir.

Par exemple : on a parlé beaucoup du modèle danois de récupération des jihadistes ou de celui québécois, sans s’interroger sur la différence en nombre, en composition sociale de ces personnes au Québec, au Danemark et en Belgique, ce qui fait que le transfert de méthodes est bien difficile, voire impossible.

Ou encore, un autre exemple : après 2001, les USA ont mis en évidence la nécessité de produire de «contre-narrations », des « contre-discours ». Cette idée est liée à toute une philosophie et une sociologie du rôle des « narrations », de leur rôle performatif, celles que, par exemple, Daesh, utilise. Cette notion de narration, me semble trop réduite, souvent ramené à des produits formels de type publicitaire, alors que ce qui est en jeu ici n’est pas seulement une narration, mais bien ce qui la fonde, à savoir des concepts, des théories, des faires. Et ce qui lui donne légitimité, à savoir les auteurs, l’environnement de pensée.

D’un coup, le contre-discours est devenu un axe d’action, souvent un gadget, fait de capsules vidéo, en dépensant de l’argent à ce sujet, sans s’interroger sur les conditions sociologiques, culturelles qui font qu’un discours, une narration est efficace et est considérée légitime et mobilisatrice.

Ceci impliquerait également une réflexion sur les « narrations » qui, dans l’histoire de nos pays, ont été produites au fil du temps pour donner sens, les « grands récits », dont certains ont dépéri, d’autres sont bien vivants. Mais le retour à l’histoire de ces narrations, devrait également servir à voir comment celles-ci ont été construites et diffusées. À penser aux erreurs commises. Non pas pour les transférer tel quel, car dans le monde contemporain les constructions narratives sont des nouvelles logiques de mise en œuvre.

 

3.7. Complémentarités et coopérations de l’action publique

 Malgré les différents niveaux institutionnels, malgré les différences politiques, l’urgence et l’ampleur de la question appellent à une coopération accrue, car l’absence, la fragmentation de l’action laissent encore davantage d’espace aux forces négatives d’où qu’elles viennent.
On a vu la force et la capacité d’impact d’un type de pensée musulmane, de la pensée jihadiste, tout comme des forces hostiles à une cohabitation harmonieuse entre musulmans et non-musulmans. Mais cette capacité d’impact est d’autant plus grande si les hésitations, les polémiques inutiles, les atermoiements, les esprits de cloche institutionnels sapent les actions positives.

Avec d’autres parties du pays, la Région bruxelloise est en première ligne dans ces combats. Elle aurait toutes les cartes en main et toute légitimité pour s’affirmer comme leader de l’action et de l’initiative.

 

Conclusion

Dans le cadre de ce texte je me suis limité à poser deux cadres préalables : d’une part celui de l’analyse des causes du radicalisme au sens large et du radicalisme jihadiste-terroriste ; d’autre part j’ai posé quelques préalables en vue de la construction d’une large vision et d’une stratégie de l’action mobilisatrice non seulement des instances publiques, mais également d’autres instances qui peuvent être sollicités, soutenues, stimulées par l’action publique.

Le tout pour avancer dans l’urgence, mais pas dans la précipitation d’initiatives improvisées.

Le travail va être long : il a fallu 40-50 ans pour que le la penses radicale religieuse, de marque frériste ou salafiste se diffuse ; il a fallu quelques décennies pour que ces idées engendrent un effet, souvent non voulu de radicalisme jihadiste et terroriste.
Il faudra pas mal d’années si pas de décennies pour sortir de cette impasse. À condition d’agir avec énergie et avec une vision de l’action à mener.

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Parenthèse finale : Quid des perspectives d’avenir pour la jeunesse moins favorisée ?

J’ouvre une parenthèse sur une question difficile. Dans le fait la réalité du manque d’emplois est bien là et risque de durer longtemps, si jamais il sera résorbé. Dès lors, quelle posture avoir par rapport à cette jeunesse, issue de familles moins aisées, musulmanes, mais également non-musulmanes face à situation actuelle de manque objectif de travail ? Quel discours leur tenir dans le monde de l’enseignement, dans le monde éducatif en général ? Une réflexion devrait se faire, car je vois et j’entends plusieurs postures.

-Ignorer cette situation, faire comme si ce vécu de jeunes n’avait rien à voir avec cette réalité qui rend les perspectives bien difficiles.

-Condamner politiquement cette carence du système, mais sans rien proposer. Ou bien en dénonçant le fait en tant que victimisation. Beaucoup de discours ont émergé dans ce sens : on attribue la difficulté d’accès à l’emploi à la discrimination, à l’islamophobie. Ce qui peut exister dans certains cas. Mais qui serait à analyser également dans le contexte de la compétition entre demandeurs d’emploi, ce qui permet à des entreprises de choisir ceux qui leur conviennent le mieux. Ce discours qui se limite à la dénonciation, satisfait peut être ceux et celles qui le tiennent, mais ne sert pas à grandes choses aux jeunes.

- Un discours d’élitisme, qui consiste à proposer aux jeunes des modèles de jeunes qui « ont réussi », en termes d’argent, de notoriété, de médiatisation. Le discours publicitaire d’ailleurs conforte ce modèle. Ce sont des chanteurs, rappeurs, footballeurs, boxeurs. Ceci aboutit à nourrir un rêve, que bien peu pourront réaliser. Ou bien on propose le modèle de jeunes qui ont fait une carrière dirigeante ; à la manière américaine, on montre des modèles de top niveau, on distribue des « awards ». C’est déjà plus pertinent que le modèle élitiste culturel ou sportif, car on dit à des jeunes, souvent enfoncés dans un horizon de repli, que des choses sont possibles, mais à condition de ne pas se limiter à montrer ces figures de réussite, mais également de montrer ce qui a fait que ces jeunes ont réussi. Ce discours qui propose des modèles élitiste de référence a ses revers. D’une part celui que les jeunes peuvent rencontrer assez facilement dans des modèles pratiques, ceux des dealers de drogue qui assurent de l’argent et une certaine notoriété au moins au niveau du quartier ou des boîtes de nuit. La dimension morale est ignorée. La spirale de la consommation de drogues également. Le risque de la prison devient facteur d’adrénaline même s’il engendre des étapes progressives d’une spirale négative, parfois assorties d’un refuge dans l’islam pieux ou radical.

D’autre part, le modèle de l’excellence assorti du modèle de victimisation, peut aboutir encore plus dramatiquement dans les discours jihadistes.

-Un autre modèle, qui me semble qu’on ose peu proposer est celui d’une vie normale, endurante et difficile. Autrement dit proposer un modèle qui consiste à dire que la vie ordinaire est une valeur, avoir une famille est une valeur, vivre honnêtement est une valeur. Parle-t-on encore de ce que c’est une vie moralement honnête ?

Qui consiste à dire également que la situation est objectivement difficile. On peut analyser le fonctionnement du système et les volets qui fonctionnent mal et s’engager éventuellement comme citoyen pour l’améliorer. Mais que, dans la plupart de cas, cette analyse du système, d’une société qui reste structurellement inégale, n’a pas à interférer, à dominer l’horizon de son projet de vie. D’autant plus que cette société-là, n’est pas entièrement et rigidement bloquée.

Et traduire donc l’analyse en termes d’action : des jeunes de milieux moins nantis même pour l’exercice d’une vie normale, surtout du travail, auront plus de difficultés que pour des jeunes de familles moyennes ou plus riches. Ce type de discours se doit de le dire clairement aux jeunes. Leur entrée professionnelle est plus difficile pour un tas de raison : disposer de la culture contextuelle, disposer de savoirs-faire, disposer des relations sociales même faibles, disposer d’horizons ouverts. Parfois, j’entends de jeunes dire : « j’ai un diplôme et on ne veut pas de moi ». Mais j’ai envie de dire que le diplôme n’est pas tout : il faut une culture large, des savoirs-faire, des savoir-être, en plus que des relations sociales. Et ce n’est pas en se repliant ou en s’enfermant dans l’ethnique ou dans le religieux qu’ils s’en sortiront. Au contraire, ce repli ou cette sur-identification ethnique et religieuse, tellement mise en avant dans les discours multiculturels et dans leurs exaspérations identitaristes, réduit, rétréci leurs chances. Et dire, montrer que l’école (et pas seulement l’école, même le sport, des associations de jeunes) peut leur offrir ces outils, mais qu’ils devront travailler dur, plus dur que d’autres. Que la difficulté est présente. Mais que ce travail, cet effort dans la difficulté sont le gage d’une réussite à terme. Certes pas nécessairement dans la notoriété, dans un grand succès en termes d’argent, mais dans la vie normale de bien-être et de bon vivre. Certes les contraintes structurelles sont là. Toute la question est de s’y prendre pour les contourner et les dépasser, au lieu de s’y faire dominer et écraser en en restant à la dénonciation ou à la victimisation. Certes les mirages de l’argent facile sont là, y compris par le commerce de la drogue. Mais à terme cet argent facile est gagné à un prix très lourd et il est de toute manière gagné de manière immorale.

Je pense que le monde éducatif, mais également familial, et également médiatique devront clarifier à eux-mêmes ce qu’ils entendent proposer aux jeunes, car on semble flotter dans la grande incertitude ou opter pour des dénonciations sans avenir. Et dans cette incertitude, le discours radical-islamique, ou le discours conservateur-religieux ont tout l’espace pour proposer leur modèle, qui est clair et sans incertitudes.

 


[1] Ce texte est un remaniement du texte publié précédemment : « Un mois après : perspectives pour un élan après les attentats du 22 mars ».

[2] J’ai retracé l’historique du radicalisme extrémiste en Belgique et plus précisément à Bruxelles, en quelques pages dans mon ouvrage L’Iris et le croissant. Bruxelles et l’islam à l’épreuve de la co-inclusion, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2010, p.261-276. Cet ouvrage a été publié avant les évènements d’après le Printemps arabe, mais on y voit la longue présence de noyaux de jihadisme. On y voit aussi le changement d’échelle qui se sont opérés dans les dernières années. A propos de ces étapes du radicalisme, j’ai publié un bref texte dans mon blog(felicedassetto.eu) : Les quatre moments du jihadisme,15.11.2015.. J’ai analysé en détail les dynamiques sociologiques de l’attentat de Paris du 13 novembre 2015 dans un article publié dans mon blog : Esquisse d’une sociologie d’un acte jihadiste à finalité terroriste de grande ampleur, 9 janvier 2016. Ce texte devra être mis à jour en termes d’arrestations et des attentats de Bruxelles, mais il décrit de manière qui reste pertinente la sociologie de ce groupe terroriste et l’articulation entre délinquance commune et radicalisme.

[3] J’ai discuté ces analyses et j’ai proposé ma propre analyse du processus de radicalisation dans un texte publié en 2014 (qui est en train d’être approfondit et réélaboré en vue d’un ouvrage : Dassetto F., « Radicalisme et djihadisme. Devenir extrémiste et agir en extrémiste », juin 2014, dans Essais et recherches en ligne, https://www.uclouvain.be/cismoc.html

[4] Voir à ce sujet : Felice Dassetto, » Quarante ans d’islam belge : un bilan qui ne mâche pas ses mots », 9 novembre 2014, dans le blog : felicedassetto.eu

[5] Je renvoie à ce sujet aux travaux suivants : J. de Changy, B. Maréchal, F. Dassetto, Musuulmans/Non-musulmans : les nœuds du dialogue,/Moslims en niet-moslims. Knelpunten in de dialoog, Fondation roi Baudouin ; B. Maréchal, C. Bocquet, F. Dassetto, Musulmans et non-musulmans à Bruxelles, entre tensions et ajustements réciproques ; Musulmans et non-musulmans en Belgique : des pratiques prometteuses favorisent le vivre-ensemble, Fondation roi Baudouin, 2006.

Ces publications (en version française ou néerlandaise) issues de recherches-action et de larges enquêtes peuvent être téléchargées gratuitement du site de la Fondation roi Baudouin ou obtenue sous format papier à la FRB