Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

Immigrations et réfugiés politiques : à la recherche d’un cap 

Felice Dassetto

14.09.2015

Les urgences d’action au sujet des nouvelles migrations et des réfugiés politiques a secoué tout le monde et a sorti enfin le gouvernement de sa torpeur. L’émotion se fait sentir et c’est bien ainsi si cela sert à secouer les choses. Toutefois, il ne faut pas en rester à l’émotionnel pour bâtir une action collective. Il ne faut pas non plus en rester à la cacophonie, au brouhaha et à la courte vue. Et encore moins à la critique politique de bas étage. La question est difficile et personnes ne dispose de « la » bonne solution. Il n’y a que des solutions les moins mauvaises possibles.

J’essaierais d’analyser dans un premier point les deux réalités, celle des réfugiés politiques et celle des migrations, de manière distincte en conduisant une analyse qui met des bémols par rapport à ce que j’ai entendu ou lu pendant ces dernières semaines.

Dans un deuxième point, je regarderai ce que les déplacements actuels de réfugiés et de migrants me semblent avoir de commun.

Et dans un troisième point d’essaierai de dire ce qu’implique en terme d’action politique et ce qui me semblerait important à faire, face à cet afflux et dans le plus long terme.

Ce texte fait une brève synthèse de quelques aspects que j’avais retenus au sujet des analyses relatives aux flux migratoires et aux processus d’intégration. J’avais déjà publié en octobre 2008 dans ce blog un texte sur le sujet : « Migrations : quelques questions », classé dans l’onglet « Sociétés contemporaines ». J’avais publié, il y a pas mal d’années, un petit ouvrage (épuisé) : « Migrations, sociétés et politiques. Belgique, Europe et les nouveaux défis », Académia, 2001). J’avais fait une synthèse, entre autres, de ce qu’on peut dire au sujet des causes de départs, souvent réduites au sous-développement, qui est certes une des causes des migrations, mais pas la seule.

1.Réfugiés politiques et migrants : spécifier

Les démographes ont tendance à mettre ces deux figures du déplacement dans le même sac : dans les deux cas il s’agit de populations qui se déplacent d’un territoire politiquement régi à un autre ; dans les deux cas, il s’agit de populations qui se confrontent à un cheminement difficile et à la vie dans un contexte social, culturel et politique nouveau, bien que dans les deux cas, souvent, cette entrée dans un nouvel espace se fait avec des outils culturels, des attitudes différentes par rapport au devenir. Mais ces deux types de déplacement diffèrent fortement en raison des cadres institutionnels qui rendent possible la réalisation de ce déplacement. Ceci a été dit ces derniers temps, mais je voudrais apporter quelques précisions

a) Réfugiés politiques.

Je n’ai jamais étudié de manière approfondie cet aspect. Sur le plan juridique, mais accompagné d’une réflexion sur les fondements philosophiques et sociologiques du droit, je signale, certainement entre autres publications, le livre de Serge Bodart, La protection internationale des réfugiés en Belgique, Bruxelles, Bruylant, 2008. Ce livre entre au cœur du droit et de la pratique du droit relatifs au statut des réfugiés en Belgique et retrace l’histoire du droit des réfugiés et du concept de réfugié. Malheureusement l’éditeur de ce livre pratique des prix peu accessibles (85 euros pour cet ouvrage), de telle sorte que ce livre est peu connu. Du même auteur, j’avais publié dans une petite collection chez l’éditeur Académia, un livre plus ancien de Serge Bordart, Les autres réfugiés. Les immigrés de facto en Belgique 1990). L’auteur y montrait la complexité acquise par la notion de « réfugié ». Serge Bodart a été pendant des années au cœur de l’évolution du droit et de la pratique du droit des réfugiés en Belgique. Il enseigne actuellement un cours sur cette matière à l’ULB à côté d’autres activités professionnelles.

Je me limiterai à quelques remarques en marge des événements actuels.

Il est clair qu’il importe de répondre positivement et sans réserve à l’afflux des réfugiés. Ceci certainement par devoir par rapport aux lois internationales souscrites par la Belgique. Mais l’argument juridique n’est pas le seul. L’accueil des réfugiés relève aussi d’un devoir éthique, en raison d’un devoir d’humanité. Mais ceci sans sentiment de culpabilité, sans une sorte de responsabilité qu’on devrait assumer en tant qu’Europe. A ce propos des phrases de certains réfugiés (ou certains migrants) épinglées par de médias ou parfois reprises à leur compte par des journalistes, qui accusent l’Europe de ne pas en faire assez, me semblent inacceptables et à mettre surtout sur le compte de la détresse de ceux qui les énoncent. Détresse oui, mais sans accusation assortie d’une certaine arrogance qui me semble parfois d’entendre. Éthique d’humanité oui, mais pas responsabilité par rapport à des morts en mer sur des rafiots de fortune ni par rapport à une guerre inextricable. Faire ce qui est possible et ce qui est pour le mieux, certainement, mais face à des situations aussi massives il est difficile de faire beaucoup plus. L’Europe doit assumer les conséquences de son choix en faveur d’une culture humaniste, mais sans se sentir responsable de tout ce qui arrive dans le monde. Elle doit œuvrer par le diplomatie et par d’autres moyens pour que cette guerre aux acteurs multiples qui extermine des populations se termine, mais en sachant qu’il n’y a pas de baguette magique disponible dans ce domaine.

Il faut intervenir sans hésiter dans le secours donc, car la situation des réfugiés syriens est bien horrible. Ils échappent à la souffrance d’une situation qui les a tétanisés dans l’attente d’une issue qui n’arrive pas, entre la victoire du régime Assad ou celle des islamistes ou celle bien improbable de l’Armée syrienne libre. De même pour d’autres réfugiés, lorsqu’il s’avère que leur situation est bien celle de demandeurs d’asile.

Mais il faut penser également à l’avenir et ne pas en rester seulement avec le « nez dans le guidon » sans prendre du recul. Car l’existence de réfugiés a une longue histoire, comme le rappelle en introduction à son livre Serge Bodart. Mais le droit et le statut contemporain sont bien récents. Il émerge comme droit international après 1920, se forge selon les contextes des personnes subissant une persécution : les Arméniens et chrétiens d’Orient dans les années 1920 ; les persécutés du franquisme, accueilli plus ou moins bien ; les persécutés du nazisme et du communisme ensuite ; les réfugiés fuyant des régimes autoritaires, comme le Chili de Pinochet. Sans oublier les Boat-People, les populations fuyant le Viêt Nam après la chute du régime de Saigon soutenu par les USA, il y a juste 40 ans.

La question pour l’avenir est : que devient la réalité des réfugiés aujourd’hui, dans un monde soumis à l’impératif de la globalisation économique ? Allons-nous assister à un accroissement du nombre de réfugiés ? Et à un élargissement de la notion dans la mesure où certains évoquent la notion de « réfugiés climatiques », d’autres de « réfugiés économiques » ? Le rapport du Haut commissariat aux Réfugiés des Nations unies, les réfugiés dans le monde en quête de solidarité (2012) montre toute la complexité des changements en cours et dans l’accroissement des réfugiés. En amont de son langage nécessairement feutré, ce rapport laisse voir le lien entre mode de développement de la mondialisation contemporaine et la désarticulation des sociétés. Faudra-t-il accepter ces événements comme des faits naturels et inévitables ? Faudra-t-il accueillir toutes ces populations ?

Un autre aspect. J’entends souvent faire une comparaison entre le nombre de réfugiés en Europe et ceux qui existent dans le monde –et surtout dans les pays moins développés. Cet argument dit sous le ton ou de la culpabilisation ou sur celui de l’accusation : « Vous êtes riches et vous accueillez moins de réfugiés que des pays pauvres ». En disant cela, on compare des réalités non comparables. La notion d’accueil n’est pas le même : en Afrique, au Moyen-Orient les réfugiés sont parqués dans des camps, parfois enfermés. Et ces camps sont financés par les organisations onusiennes. L’assistance sanitaire, éducative, alimentaire, provient le plus souvent des organisations internationales ou onusiennes. Le régime d’accueil des pays européens et de la Belgique est plus positif et financé autrement. Plus positif, car il inclut la liberté de mouvement, l’intégration dans le système de welfare du pays (santé, éducation, minimum d’existence, régime de pension, etc.), accès au marché du travail. Financé autrement, car l’aide et les interventions sont payées directement par l’État et donc la société belge. Mais je répète : la Belgique et l’Europe doivent agir au plus et au mieux de ce qui est possible, mais sans se laisser enfermer dans des culpabilités et par des arguments qui n’en sont pas.

J’ai entendu aussi raisonner en termes de PNB : l’accueil des réfugiés ne coûte qu’un petit % du PNB. Or le PNB mesure la richesse globale produite et ne mesure pas la richesse disponible pour une redistribution. Et puis, comme nous le verrons au point 3, la question n’est pas seulement économique.

b) Migratons

En démographie le terme de migrations sert a catégoriser tout déplacement de populations tant au sein d’un pays (on parle de migrations internes) qu’entre États (on parle de migrations internationales).

Mais sous l’angle des réalités sociales et de l’usage courant du terme, les migrations désignent avant tout, depuis le XIX° siècle, les déplacements de travailleurs salariés subalternes. On ne parle pas en général de migrations, par exemple, à propos d’un Chef qui ouvre un restaurant à New York ni pour parler d’un cadre supérieur qui est engagé par une multinationale à Hong Kong.

Autrement dit, on a bien identifié que les déplacements de masse de personne cherchant du travail, en particulier ouvrier ou de manœuvre, en fonction du développement de zones centrales de sociétés capitalistes industrielles donnait naissance à un groupe particulier confronté à des situations spécifiques dues à la fois à son statut salarié et à son statut social subalterne, ainsi qu’à des moindres ressources culturelles pour s’insérer dans le contexte culturel et linguistique nouveau.

Cette réalité a commencé massivement à apparaître dans les migrations vers les USA à partir de 1870 environs. Elle était typique des migrations connues en Europe jusqu’aux années 1970. Ces mouvements migratoires ont été d’abord chaotiques, ce qui amené à partir de 1900 les Etats-Unis à mettre sur pied un filtre de migrations, entre autres le célèbre passage par Ellis Island, l’île en face de Manhattan où les migrants transatlantiques étaient filtrés. S’ensuit, après 1920, la mise en place d’une immigration par quota, encore utilisée aujourd’hui. Et plus en général, à partir des années 1920 les migrations furent cadrées par des accords interétatiques migratoires préalables, conséquents d’un appel de main d’œuvre de l’industrie. Ce modèle a régi les immigrations en Belgique entre 1946 et 1974. Ce cadre régulé des mouvements migratoires n’a jamais été étanche. Mais il a certainement éclaté depuis la fin des années 1970, de telle sorte que derrière le mot migrant, il y a différents cas de figure.

Quelques cas de figures de « migrants » :

-        - Immigrations intraeuropéennes régulières au nom de la libre circulation des travailleurs. Ce sont bien des migrations de travail. Les statuts peuvent être ceux de salariés (mais c’est peu fréquents aujourd’hui, sauf éventuellement en provenance de pays en crise, comme récemment l’Espagne ou le Portugal ou la Grèce). Un autre statut est celui d’indépendants ou de travailleurs détachés à l’intérieur de l’Europe. Ces derniers cas, autorisés dans le cadre européen, ont permis le subterfuge fiscal-social rendu possible par des carences de la législation européenne. Cette législation permet l’engagement de travailleurs européens à des salaires relevant du niveau de leur pays, mais qui sont très inférieurs à ceux en vigueurs dans le pays où ils travaillent. C’est tout bénéfice pour l’employeur. Mais les travailleurs du bâtiment ou de travaux publics en Belgique savent bien ce qu’est cette technique d’ingénierie salariale et fiscale qui exclut de l’emploi des travailleurs résidents en Belgique, en faveur de travailleurs venant de Pologne, du Portugal, de Bulgarie, de Roumanie. L’Union européenne me semble rester immobile sur cette question lourde de conséquences.

-        Immigrations extraeuropéennes salariées dans un cadre légal. Ces migrations sont limitées dans la plupart des pays européens après la crise pétrolière de 1974 et le chômage accru depuis lors. Elles se limitent à du personnel spécialisé ou concernent des cadres supérieurs.

-        - Immigrations extraeuropéenens par regroupement familial en vigueur dans la plupart des pays développés au nom de principes de droit de l’homme.

-       - Immigrations irrégulières ou « clandestines » (que je mets entre guillemets, car tout le monde sait qu’elles existent), que ce soit par entrée illégale dans un pays ou par entré par un statut d’étudiant ensuite établit ou sous d’autres formes. Le cas de personnes qui tentent d’entrer en Angleterre à Calais est emblématique. A ces entrées, ont succédé depuis les années 1975 des régularisations post émigration, qui sont toujours sujette à de vastes débats. Ces entrées illégales concernent une partie importante des afflux contemporains d’immigrants à travers la Méditerranée ou qui tentent d’entrer par le biais de la demande du statut de réfugié tout en n’ayant pas le droit, en espérant malgré tout de parvenir à s’établir.

Quelques remarques au sujet des migrations contemporaines

Je voudrais reprendre ici quelques questions que j’ai entendu évoquer pendant les dernières semaines. J’ai publié des analyses plus précises dans ce blog, dans le texte déjà cité au début de cet article

Je reprendrai ici quelques questions, parfois qualifiées de « clichés », mais qui me semblent plutôt mériter réflexion et analyse approfondie.

Ouvrir les immigrations pour résoudre la question de l’afflux d’immigrants clandestins ?

L’argument est souvent entendu dans le monde associatif et dans le monde de la recherche. Ce sont aussi les propos sous-jacents au slogan sur la « forteresse Europe ». Le fait est qu’en Europe en général et à cause du chômage il n’y a pas de possibilité de travail salarié régulier pour des travailleurs moyens ou subalternes. On pensait que l’Allemagne faisait exception. La réalité est que même l’Allemagne a dû mettre un point d’arrêt a son « ouverture » intéressée tout autant que solidaire. Donc en parlant d’ouverture de frontières on parle en réalité avant tout d’une immigration à finalité résidentielle et donc finalisée à l’accès au welfare et pas tellement à une immigration de travail. Ou bien on parle d’une immigration de travail à salaire ou à condition de travail différentié. Et çà, c’est une question essentielle.

Car, historiquement, les migrations associées au travail ont été progressivement associées au travail salarié régularisé. Les syndicats, le Bureau International du travail et d’autres instances se sont battus pour que les migrants aient le même statut et salaire des autres travailleurs. Avec le chômage actuel en Europe, une immigration au même niveau de salaires n’a pas de place. Ceux qui prônent l’ouverture des frontières, souhaitent-ils l’engagement de travailleurs aux moindres salaires ou aux moindres conditions de sécurité et d’horaires ? C’est ce qui se passe de facto pour les migrations internes européennes (polonaises, portugaises…) ou pour les nombreux travailleurs « clandestins » employés dans le bâtiment, dans la restauration, dans les travaux domestiques etc.

Cette identification de l’immigration au travail salarié n’est pas toujours perçue par les migrtants. C’est une des questions tabou qu’on ne peut pas poser. Le fait est que pour une partie de la jeunesse immigrante il s’agit avant tout d’une « immigration à l’accès « : accès aux lustres apparents de la société occidentale connue par les médias, accès à une culture urbaine étincelante et séductrice, accès à la sécurité sociale ou à l’argent supposé aisé. Et, dans ce mirage, c’est la déconsidération de la société où l’on vit ou la difficulté à penser un changement. Ces illusions doublent ou sont une fuite par rapport aux réalités objectives. Ne pas débattre de ces aspects, ne pas vouloir voir leur consistance réelle est une erreur. Car, entre autres, on laisse la place à une extrême droite racoleuse pour en parler.

Qu’on entende bien : la question n’est pas de se mettre à débattre et à pourchasser à tout prix les « profiteurs de la sécurité sociale ». L’accès au welfare est un des attraits de l’Europe et une des composantes des migrations ; le fait, dans certains cas, de « tirer sur les ficelles » en est également une composante. Il est une ficelle des populations moins nanties et il est le pendant, du côté des plus pauvres, de l’ingénierie fiscale des plus riches qui contournent ainsi la fiscalité locale.

Mais il s’agit de mettre en lumière, d’éclaircir, de débattre avec les immigrants eux-mêmes le caractère illusoire de beaucoup de leurs départs. Et c’est aussi mettre en lumière qu’ils émigrent souvent pour une survie minimale qui est peut-être moins heureuse que celle possible au pays. Et, à terme, cette survie minimale peut aboutir à des familles en survie et à une jeunesse piégée dans des engrenages terribles de déchéance sociale.

Passons au point suivant, lié à celui-ci

Un intérêt économique des migrations.

Cet argument est souvent avancé par des économistes et par le patronat. On a besoin de main d’œuvre car ils permettent une croissance. La puissance économique allemande pense ainsi. J’entends évoquer des études qui montrent les avantages pour l’économie en général et pour l’État des migrants. Je conteste ce propos. Il faut préciser. Pour le patronat, un immigrant est intéressant particulièrement en deux cas. Dans le cas d’une tension objective sur le marché du travail : on ne trouve plus des infermières, des carrossiers, etc. et on recourt aux migrants. Mais dans les faits, le cas de cette tension purement quantitative est très rare. La raison majeure de l’intérêt pour les migrants réside dans la qualité du travail et des rémunérations. Le plus souvent l’intérêt des migrants provient du fait que, pour une raison ou une autre, ils peuvent être payés moins que les travailleurs autochtones, et/ou ils acceptent des conditions de travail dégradées et/ou ils permettent de pression sur les revendications des travailleurs locaux qui n’acceptent pas ces salaires ou ces conditions. La survie temporaire d’un secteur économique peut dépendre de cette embauche : les recours aux mineurs étrangers dans les années 1946-60 en Belgique sont exemplaires de ce fait.

Parfois, des services de l’Etat peuvent trouver intéressant de recourir à cette main-d’œuvre

Évidemment, le travailleur immigré considère cette embauche avantageuse malgré les moindre salaire ou les déplorables conditions de travail. Ou plus exactement, il la considère avantageuse dans les premiers temps de son immigration. Mais ensuite il tendra à aligner ses attentes à celles des travailleurs du pays et alors il commencera à trouver ces conditions inacceptables. Il faudra alors recourir à de nouvelles immigrations.

En résumé : le patronat a avantage ; l’immigré (surtout nouvellement arrivé) aussi. Est-ce que l’économie dans son ensemble et un pays dans son ensemble ont un avantage ? Ce serait à démontrer. J’entends évoquer des études d’économistes qui le démontreraient. Il faudrait qu’on cite les études auxquels on fait référence. Lorsque dans le passé j’en avais lu l’un ou l’autre, je ne les ai pas trouvés convaincants : ils me semblaient plutôt des spéculations abstraites disant que puisqu’il y a plus de gens, il y a plus de consommateurs et théoriquement il y a plus de rentrées dans les caisses de l’État. Il faudrait mettre en balance à ces rentrées également les coûts, car ce n’est pas absolument prouvé que pour des États et pour l’ensemble des populations les immigrations sont un avantage. Et d’autant moins dans la situation actuelle du chômage en Belgique et en Europe.

Et par ailleurs il ne faudrait pas dissocier cet aspect des dimensions sociales sur lesquelles je reviendrai.

La migration : un avantage pour la démographie  d’un pays?

C’est l’argument des démographes et de certains économistes. Il est souvent utilisé dans les enceintes onusiennes. Il est utilisé aujourd’hui par rapport à l’Allemgne et dans le discours de l’Europe vieillissante. C’était l’argument utilisé aussi dans les années 1960 par Alfred Sauvy pour justifier l’immigration en Wallonie. Cet argument, associé au précédent, a une part de vérité, mais il ignore deux aspects. D’abord l’argument démographique vaut pour la première et éventuellement la deuxième génération d’immigrants. Mais ensuite, le régime démographique s’aligne sur celui des populations anciennement résidentes et on retombe dans la même situation.

Deuxièmement, cet argument qui en appelle à l’immigration pour rajeunir la population cache les raisons pour lesquelles dans des pays on fait moins d’enfants. Et, le plus souvent la raison est celle de l’absence d’une politique familiale, assortie éventuellement d’autres aspects culturels, religieux ou idéologiques. C’est clair que si les congés parentaux à la naissance sont courts, si les crèches manquent ou sont chères la possibilité d’avoir des enfants est réduite si les deux parents veulent travailler. La question est de savoir si des territoires, des pays peuvent continuer à se reproduire démographiquement par des seuls apports extérieurs.

Immigrations : le contexte social d’insertion

Les arguments économiques et démographiques évoques plus haut font l’erreur majeur d’ignorer le contexte social des immigrations. Ce contexte concerne à la fois les politiques d’insertion et l’acceptabilité des populations.

Je reviendrai au point 3 sur les politiques d’immigration. Je note seulement qu’en Europe on a sous-estimé totalement l’importance de ces politiques dans une sorte de nouvelle idéologie du « melting pot » noyé dans un discours multiculturaliste. Aux Etats-Unis on a compris dès 1900-1905 que l’idéologie du « melting pot », à savoir cette fusion de toutes les cultures dans le creuset américain, typique de l ‘ère des immigrations préindustrielles, ne fonctionnait plus tout à fait, même si la capacité d’assimilation des idéaux et des pratiques américaines restait puissante. On a alors mis en place des politiques, dites d’américanisation. En Europe on s’est illusionnés. On a pensé qu’un multiculturalisme et une juxtaposition de cultures suffisait pour créer une vie commune. Ce fut une lourde erreur. Et la question de l’intégration des immigrants est devenue presque tabou et a été laissée comme jardin à cultiver par l’extrême droite populiste. Alors qu’elle est une question majeure de société car elle est à l’origine d’un malaise social auprès d’une partie des populations. Certes la résistance face aux nouvelles populations est en partie construite par des partis hostiles par principe ou jouant sur la panique morale des populations. Ainsi, par exemple, le Parti Nativiste américain de la fin du XIX° siècle a fomenté des mouvements contre l’arrivé d’immigrations de Juifs, de Russes, d’Italiens, d’Allemands, car ils n’étaient pas WASP (White Anglo-Saxon Protestant) et contribueraient à corrompre ainsi la société américaine, celles des Pères fondateurs. Tout comme Marina Le Pen s’insurge contre la dissolution de l’identité française ou comme Viktor Orbàn parle de la fin de l’Europe chrétienne. Mais si ces mouvements ont du succès c’est aussi parce que, et en particulier à certains moments des dynamiques migratoires, dans des contextes sociaux de crise, dans l’incertitude et lorsque les arrivées de nouvelles populations n’est pas maîtrisée, si leur insertion n’est pas accompagnée, les résidents et les réalités sociales et institutionnelles locales, ne parviennent plus à absorber de manière équilibrée l’afflux de nouveaux arrivants tant sur le plan culturel, que sur le plan social ou sur le plan économique. Un chaos social s’installe et un malaise entre populations. Faut-il se limiter, comme on le fait souvent, à faire du moralisme ou à accuser de xénophobie ou de racisme ? Je pense que non, cela ne suffit pas. Il faut prendre au sérieux la nécessité d’une certaine maîtrise des populations. Et les migrants eux-mêmes doivent se rendre compte que si leurs cheminements d’intégration sont difficiles, le cheminement d’absorption, du changement du paysage social des anciens habitants et des institutions l’est tout autant.

Une brève parenthèse: j'utilise le mot "intégration" tout en sachant qu'il a fait objet de débats et de polémiques, à mon sens pas toujours pertinentes. Si on n'aime pas le mot, on peut en trouver un autre. Mais en amont des mots, la question reste: une société ne peut pas vivre, un Etat ne peut pas exister si une partie des citoyens ne partage pas ses codes culturels et linguistiques, s'il ne partage pas au moins en partie les objectifs qui fondent une vie commune et les fonctionnement institutionnels, si les gens ne se reconnaissent pas au minimum comme appartenants au même ensemble social. C'est ce que les sociologues des années 1920 ont appele "intégration" en utilisant un terme venant de la mathématique. Il me semble toujours pertinent. On peut trouver un autre mot si celui d'intégration ne plaît pas. Mais la réalité reste. Certes, on peut imaginer que cette partie de population qui ne partage pas ce que j'ai dit plus haut, vive à part dans cette société. Mais alors on accepte que cette hypothétique société vive dans une logique de ghetto, qu'il soit de luxe ou pas. Je pars de l'idée que nos sociétés ne peuvent et ne doivent pas fonctionner dans des logiques de ghettos.

Immigrations et développement

Souvent les migrations sont justifiées par le fait que les migrants proviennent de pays en développement ; la migration aiderait directement ces pays. Quelques remarques.

Dans tous les cas les émigrations de masse sont un appauvrissement des sociétés de départ et enclenchent ainsi une spirale négative, car ce sont les forces les plus vives qui partent, souvent les moins mal formées. Vu sous cet angle, le recours à cette main d’œuvre devrait aussi avoir une appellation adéquate : c’est objectivement un pillage des cerveaux et des forces vives. Même si l’on sait que, souvent, ces départs sont souhaités individuellement et par les familles qui envoient des jeunes à l’étranger pour qu’ils renvoient vite de l’argent. Les migrations sont un cas assez exemplaire des logiques sociologiques selon lesquelles des intérêts individuels ou familiaux vont à l’encore d’intérêts collectifs de la société.

Il ne faudrait pas ignorer non plus que les migrants qui partent ne sont pas nécessairement ceux qui sont le plus dans le besoin. L’association spontanée que l’on fait entre migrants et populations les plus pauvres devrait être oubliée. L’argent pour le voyage, les ressources culturelles pour se débrouiller, la connaissance des contextes impliquent des capacités que les plus pauvres souvent n’ont pas. Le fait que les migrants proviennent aujourd’hui, le plus souvent de villes, désormais globalisées, montre que c’est par une présocialisation à l’Occident, à l’Europe qu’émerge l’envie –en partie illusoire- de rejoindre le mirage européen et que l’on dispose de certains moyens matériels et intellectuels pour ce faire.

Les remises d’argent qui, dans le meilleur des cas, sont des bouffées d’oxygène qui assurent une certaine survie, et sont parfois aussi l’objet de dépenses de consommation qui n’aident pas trop au développement.

Autrement dit : si on veut raisonner le lien entre migration et développement, il faudrait repenser le tout et voir comment institutionnellement induire des migrations temporaires pouvant favoriser un développement des pays respectifs.

Selon moi, tous ces points fondamentaux concernant la mise en œuvre d’objectifs et d’actions politiques mériteraient analyses et débats approfondis et mériteraient qu’on n’en reste pas à des déclarations ou à des controverses rapidement énoncées ou traduites en slogan.

2.Une analyse en amont des réfugiés et des migrants contemporains vers l’Europe.

Comment expliquer ces vagues d’immigrants d’Afrique subsaharienne et celles venant du Moyen-Orient ces derniers mois. Suffit-il de se limiter à évoquer la pauvreté ou les guerres ?

Je me demande s’il ne faut pas aller en amont. A titre d’hypothèse, je dirais que tant dans le cas des réfugiés que des migrants, ces personnes proviennent d’États et de sociétés bloqués et distordus par des systèmes patriarcaux, ethniques. Ces sociétés ont donné naissance à des Etats-nations, mais ceux-ci tendent à exister avant tout comme des régimes autoritaires, dans lesquels l’une ou l’autre des composantes tribales s’approprient des richesses de l’Etat et engendre corruptions et inégalités. Cette situation est aggravée par l’incapacité de ces États à faire face aux globalisations contemporaines qui transforment les économies, les sociétés et les cultures. D’autant plus que ces globalisations complètement dérégulées se déroulent en accroissant les inégalités ou tout au moins se déroulent par des ruptures. Les incapacités de ces États et ces sociétés à faire face à la confrontation nouvelle à la mondialisation aboutissent dans certains cas à des guerres de type ethnique ou au renforcement de ces régimes autoritaires. Dans d’autres cas, et c’est ce qui se passe dans une partie du monde musulman, on aboutit dans un renforcement religieux, comme chez les Salafistes ou des courants des Frères musulmans, qui souvent l’utilisent le religieux pour maintenir des régimes patriarcaux et tribaux.

Il faudrait voir si ce diagnostic est pertinent. S’il l’est, il devrait amener à ne pas attribuer les causes des migrations et du refuge politique à de seules causes externes ou immédiates, à une fatalité économique ou à une conjoncture guerrière mais devrait amener tout le monde, y compris les migrants et réfugiés, à penser aux causes sociologiques qui font que leurs sociétés sont en proie aux conflits et à la stagnation.

En ce qui concerne les réfugiés d’origine syrienne il s’agirait de comprendre les raisons de ces départs en masse depuis le mois de juin-juillet. S’agit-il de l’effet de la saturation ou de l’hostilité croissante en Turquie et au Liban ? S’agit-il d’un calcul de Daesh et du régime syrien qui accroissent la pression et la terreur chacun de son côté et chacun en faisant ses propres calculs ? Daesh calculant de pouvoir déstabiliser l’Occident par ces afflux de migrants (au sein desquels, accessoirement, il a peut-être infiltrés ses cellules. Le régime syrien voulant montrer la nécessité d’un soutien contre Daesh ? Le tout avec des calculs dictés par le cynisme, de l’une ou l’autre puissance.

3. Quelles perspectives d'action: à la recherche d'un cap

  1. L’urgence immédiate.

Le monde politique, poussé par l’émotion collective, par les médias et par l’urgence réelle bouge. Les monde associatif et les citoyens ont fait preuve d’une mobilisation remarquable à la laquelle tout le monde, migrants et réfugiés compris, devraient être reconnaissants.

Les processus de demande d’asile devront trouver réponse rapide. Plus difficile sera de savoir quelle action mener auprès de personnes qui verront la demande refusée. C’est le cas notamment de jeunes venant d’Afrique occidentale, qui me semblent bien présents parmi les nouveaux arrivants. L’accueil dans les centres pour réfugiés semble être plus ou moins au point. Et c’est tant mieux…. Si les moyens suivent.

Il me semble important d’informer rapidement, dans toutes les langues, les nouveaux arrivants sur les droits et les devoirs. Cela peut se faire rapidement et avec peu d’argent. Les migrants actuels sont le plus souvent scolarisés e qui facilite la chose. Je reviendrai sur cette question au point suivant.

Quant au travail, je crains, comme je viens de le dire que les possibilités d’emploi dans l’immédiat sont bien maigres, tant pour des raisons objectives que en raison de la difficile employabilité d’une partie des nouveaux migrants et réfugiés.

b) Plus dans le long terme

La question de l’ « intégration »

Il ne faudra pas faire la même erreur que lors des les migrations des années 1960 et ne penser que de manière marginale la question des migrations sous l’angle de l’intégration. Dans les dernières années, on a également sous-estimé cet aspect. L’alphabétisation a été bricolée et laissée le plus souvent à l’initiative généreuse de bénévoles ; les besoins pour la scolarisation des enfants ont été sous-estimés. Les politiques d’intégration sont arrivées bien tard et sont bien faibles. Je pense que même la politique flamande d’imburgering n’est pas à la hauteur du défi, bien qu’elle soit la plus structurée. Celle bruxelloise est insuffisante ; celle Wallonne pratiquement insignifiante. Ceci dit, il serait important, voir indispensable, que les entités fédérées s’accordent sur une base commune. C’est probablement une illusion, vue la cacophonie instituée de ce petit pays. Mais les migrants ne restent pas cantonnés à leur coin. Or l’enjeu est de taille.

Dans ce que l’appelle « citoyennisation » il y a l’aspect linguistique. Il est fondamental. Le paquet important de cours prévu du côté flamand n’est pourtant pas suffisant, me semble-t-il pour envisager un sérieux apprentissage linguistique. Et ceci d’autant plus que la tendance au repli dans sa communauté linguistique, déjà courant dans les migrations historiques, est accru par les télévisions satellitaires.

Il est indispensable agir en vue d’une socialisation au travail tel qu’il fonctionne dans nos sociétés. Pour des artisans ou des commerçants, qui ont toujours vécu comme petits patrons, ou pour des mères de familles de ville qui n’ont jamais travaillé hors de chez elles, ou pour des jeunes de villes africaines, peu structurés dans leur usage du temps, s’insérer dans le travail demander un effort d’adaptation qu’il importe de forger sous peine de les vouer à l’échec.

Il importe également faire un long et important travail d’explication de fondements de nos sociétés, de ce que cela implique de la part des citoyens et des dirigeants. Il ne s’agit pas d’expliquer la tuyauterie institutionnelle belge. Mais il s’agit de faire comprendre le fait que le bien-être, la protection sociale dont tout le monde bénéficie, l’école ne sont pas tombés du ciel, mais proviennent d’organisation, de discipline, de rigueur, d’effort de pacification interne, d’un sens de l’État. Il importe d’expliquer les raisons pour lesquelles nos sociétés existent comme sociétés démocratiques, comme États de droit et comme sociétés qui tendent (difficilement, mais réellement) vers l’égalité, y compris entre hommes et femmes et y compris dans le quotidien. Et les raisons pour lesquelles le religieux a été neutralisé dans l’espace de l’État, condition indispensable de la liberté religieuse pour tout le monde. On pourrait aussi expliquer pourquoi ces sociétés tendent à réduire les appartenances claniques, mais dans le cas de la société belge cela devient plus difficile, compte tenu du clanisme structurel du couple flamand-francophone.

Il faudra notamment expliquer ces enjeux de la démocratie aux croyants musulmans syriens, dont nombreux ont été socialisés, depuis dix ans au moins à un salafisme bon teint, muselé par le régime, mais salafisme quand même ; de même qu’il faudra l’expliquer aux nombreux chrétiens qui ont pensé depuis des décennies de se protéger sous le parapluie de la dictature de Hafez el Assad et ensuite de son fils que la valeur en soi d’une démocratie n’est pas celle qui est un avantage pour soi.

Les budgets nécessaires : y voir clair pour mener la politique adéquate.

Il me semblerait indispensable d’estimer le budget nécessaire pour mettre sur pied une politique d’intégration qui comprend ce qui est évoqué plus haut en termes de citoyennisation et d’alphabétisation, mais également en termes d’allocations sociales et d’aide au logement pour ceux qui ne trouveront pas du travail (et ils risquent d’être nombreux). Pour cela il faut prévoir un budget et éviter ce qui me semble avoir été fait dans le passé, à savoir dessiner une politique en fonction d’un budget minimal mis à disposition. C’est le contraire qu’il faut faire : quelles actions sont indispensables pour une politique d’intégration et quel budget est nécessaire.

Essayons une première estimation à la grosse louche. On pourrait préciser.

Je pense que, compte tenu des modalités de ces migrations et des origines, compte tenu du manque de travail, calculer 20.000 euro en moyenne, par nouveau migrant et par an, pour les dix premières années d’implantation, est le minimum. C’est même probablement insuffisant. Ceci si on veut assurer sérieusement l’alphabétisation, la scolarisation, le logement, des revenus. Multiplions ce montant par le nombre de nouveaux venus et on aura le budget minimal supplémentaire. Je dis bien « supplémentaire », car il importe de ne pas alourdir encore d’autres actions courantes en cours, entre autres dans l’enseignement. En sachant en plus qu’à chaque migrant adulte et « célibataire » il faut ajouter quelques personnes en raison des regroupements familiaux.

Il faudra à cet égard que le personnel engagé pour faire face à ces réalités soit professionnel, compétent, disposant de la formation adéquate tant théorique que pratique. Qu’il ait des statuts stables et qu’il fonctionne sur des horaires mobiles, y compris le week-end. Dans les années 1960 on a bricolé avec des personnes en statuts précaires, qui menaient leur action avec les outils professionnels un peu bricolés, comme ils les pouvaient. Le bénévolat peut être mobilisé, mais ne doit pas devenir la ressource principale.

Des campagnes d’information

Il faudra lancer des grandes campagnes d’information par tous les moyens de communication, pour tenter de contrer l’illusion de la jeunesse africaine ou d’autres pays au sujet de l’Eldorado européen. Il sera difficile et affreusement lent de trouver un accord européen alors que la situation est urgente. La Belgique pourrait faire un premier pas.

Repenser le lien entre immigrations et développement

Comme je l’écrivais plus haut, il serait important d’envisager la manière de promouvoir une certaine immigration de travail (s’il y a du travail)en relation directe avec le développement des pays, régions, villages d’origine. Les rares tentatives du passé dans ce sens n’ont pas réussi. Il faudrait en comprendre les raisons et voir comment éventuellement trouver de nouvelles modalités. Continuer à vider la société africaine, ses villes et surtout ses campagnes, de sa jeunesse et la laisser souvent échouer en Europe sans beaucoup de lendemain, est vraiment regrettable.

Analyses approfondies, réflexions et débats

Tant la question migratoire que celle relative aux réfugiés donnent lieu à des controverses et à des brouhahas.

Il y a d’une part les généreux, parfois naïfs, appuyés par des scientifiques, des intellectuels ou des fonctionnaires de service, qui prônent l’ouverture des frontières, qui expliquent les avantages démographiques et économiques des migrations ou de l’arrivé de réfugiés. Et il arrive que ces personnes accusent facilement de racisme ou qualifient de « clichés » les arguments de ceux qui expriment quelques inquiétudes. En face il y a les pourfendeurs primaires de toute présence, de tout visage ou de toute culture autre de celle de toujours. Emportés par leur hostilité et leur haine, ces gens oublient même ce qu’est le respect pour un être humain, pour tout être humain.

Hélas, la réflexion, l’analyse, la posture des débats concernant les réfugiés et les immigrés sont monopolisés par ces deux extrêmes qui camouflent, chacun à sa manière, les réalités. Et dans l’incertitude on en reste à des polémiques sans trop d’importance, amplifiées par les réseaux ou par des récupérations politiciennes. Il importe de sortir de ces deux impasses. Il faut une analyse réaliste et complète de ces réalités. Et il faut parler clair aux citoyens et aux nouveaux venus, éclairer les choix collectifs, dire la vérité et les incertitudes sur les implications sociales et économiques de ces accueils, sur les droits et devoirs de chacun.

L’accueil des réfugiés, des migrants, leur devenir dans la société ne sont pas des bonnes ou des mauvaises choses en soi. Elles sont ce qu’on les fait devenir, par tout le monde, citoyens résidents d’une part et nouveau venus d’autre part. Et l’histoire des migrations et des réfugiés montre qu’il faut beaucoup de volonté et d’énergie sociale de toute part pour que ces mouvements de population deviennent des bonnes choses. Autant s’y mettre, sans tergiverser et sans cacher l’ampleur de la tâche.