Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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La société dans l’école.

Réflexions à propos des « contextes locaux » de l’enseignement

Felice Dassetto

27 mars 2018

Comme dans toute société humaine, la transmission des savoirs, des savoir-faire, bref de la culture au sens sociologique du terme, aux générations suivantes est un enjeu central. Dans ce cadre l’école, dans nos sociétés plus que jamais, joue un rôle majeur. Mais le fait est que les sociétés sont composites et les générations suivantes aussi.

L’épaisseur sociétale de l’enseignement

Je me suis toujours étonné d’entendre formuler des projets éducatifs en termes généraux, abstraits, centrés avant tout sur des aspects pédagogiques ou didactiques, sur l’organisation de l’offre scolaire, le tout parfois teinté d’idéologie, sans prendre en compte de manière fondamentale les réalités sociologiques, culturelles, anthropologiques qui façonnent la vie des écoles et en premier celle des élèves et celle des enseignants. C’est d’ailleurs aussi ce que font, me semble-il, les institutions universitaires et supérieures des « sciences de l’éducation » qui semblent ignorer ces dimensions et parlent de l’enfant, de l’adolescent ou du jeune uniquement «  en général ». Comme si l’école pouvait échapper aux densités sociologiques des vies humaines.

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Les postures dans la suite du jihadisme-terroriste : en prolongement du procès de Salah Abdeslam et de Soufien Ayari

Felice Dassetto

21 février 2018

 

Le procès de Salah Abdeslam et de Soufien Ayari, concernant la fusillade de Forest contre les forces de police s’est terminé.

 

Un procès un tantinet surréaliste

 

Les plaidoiries des avocats ont eu lieu avec leurs emphases, leurs rhétoriques et leurs argumentaires plus ou moins heureux. Celle de maître Sven Mary, avocat d’Abdeslam, qui demande entre autres l’annulation des inculpations pour vice de procédure a suscité pas mal de remous. L’intervention du ministre de l’Intérieur critiquant l’avocat de la défense, en a suscité tout autant. Maintenant c’est la parole au tribunal qui rendra son jugement, difficile, en débat mars. Le jugement est difficile d’une part au sujet de savoir si les deux inculpés ont participé matériellement à la fusillade et d’autre part de savoir si cette fusillade peut être qualifiée d’acte terroriste. À quoi s’ajoute le fait de donner une réponse à l’argument relatif à l’invalidité de la procédure soulevé par maître Sven Mary : cet argument amené dans une longue plaidoirie résonne de manière étrange aux oreilles de quelqu’un comme moi, peu habitué aux argumentaires des tribunaux. Car mon premier réflexe consiste, certes, comme l’avocat, à donner toute son importance à la procédure, mais en y ajoutant une nuance sociologique. À savoir que le respect de la procédure n’est pas en soi, dans une sorte de sacralisation de la procédure pour la procédure, mais en relation à l’inculpé. La question étant celle de se demander si une éventuelle entorse à la procédure (à vérifier si dans ce cas elle a eu lieu) a causé préjudice à l’inculpé. Dans ce cas, à ce que j’ai entendu dans la salle du tribunal, il me semble que le fait qu’un juge d’instruction de rôle néerlandophone intervienne, en français, dans la procédure n’a causé aucun préjudice à l’inculpé. Et de toute manière même si toute la procédure aurait à recommencer, le résultat serait exactement le même. Alors, pourquoi la procédure pour la procédure ? Mais évidemment, l’avocat avec le droit de jouer cette carte. Mais je me demande à quoi bon. On verra avec intérêt l’argument du tribunal.

En tout cas entre les déclarations et les silences des inculpés, les argumentaires des avocats parfois à propos parfois peu convaincants et, hors de la salle, des foules de journalistes qui cherchaient à trouver quelque chose à dire, ce procès avait une allure un peu surréaliste, même si la présidente du tribunal et en définitive le jeu habituel des procès a été conduit avec la rigueur et la sérénité requise.

Entrevoir au-delà du procès : les postures des personnes

Ces séances n’ont pas permis de mieux comprendre le fonctionnement de la grosse cellule organisatrice des attentats de Paris et de Bruxelles, mises à part quelques précisions supplémentaires au sujet des circulations dans la maison de la rue du Dries. Ceci en raison de l’angle restreint de la chose à juger, à savoir la fusillade à Forest contre les forces de police provenant de la maison où se trouvaient les deux inculpés, plus un troisième qui est mort, l’algérien Mohammed Belkaid. Il ne s’agit donc pas d’un procès concernant les attentats en tant que tels, ce que les avocats de la défense n’ont pas manqué de rappeler au tribunal, qui, je suppose, en était certainement bien conscient.

Et en raison aussi des stratégies adoptées par les inculpés.

Ces dernières permettant toutefois de tenter de comprendre quelles pourraient être les postures de l’après jihadisme-terroriste de la part de personnes qui s’y sont engagées. Tout en sachant que des postures devant un tribunal peuvent être tenues pour des raisons tactiques, conseillées éventuellement par les avocats, dans le but de ne pas heurter les juges.

Tout en faisant la part des choses, on peut en énumérer un certain nombre ; elles pourraient être utiles pour essayer d’envisager des « sorties » du jihadisme-terroriste.

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L’islam et le monde musulman après le Printemps arabe et après les radicalismes islamiques qui en ont suivi : ébauche d’une vue d’ensemble

 

Felice Dassetto

30 janvier 2018

 

Veuillez excuser l’écriture rapide de ce texte qui aurait besoin de révision et de relecture.

 

L’avenir dira si les évènements survenus dans le monde arabo-musulman entre 2011 et 2017 (et qui ne sont pas achevés) constituent un tournant par rapport aux années et décennies précédentes ou un point d’orgue ou s’ils sont l’occasion d’une reformulation fondamentale des dynamiques de l’islam. Toujours est-il que pas mal de choses semblent se réajuster, d’autres se repositionner au sein des sociétés musulmanes et –peut-être- à l’intérieur du système religieux musulman lui-même. Ceci toute au moins au moins au Moyen-Orient, en Europe, en Afrique et dans la Péninsule arabique. Le monde asiatique semble avoir été moins concerné par ces dynamiques et continue à cheminer selon ses logiques qui vont de celle frottée de près à l’islamisme politique, voire radical, à la diffusion d’un islamisme de type salafiste tranquille, mais rigoureux et moderne dans ses apparences et ses méthodes.

Essayons d’esquisser un tableau de divers aspects du monde musulman en ce début 2018.

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Le procès de Salah Abdeslam

 

Felice Dassetto

3 février 2018

 

Le procès de Salah Abdeslam et de Soufien Ayari a lieu à partir du 5 février. En ce qui concerne Abdeslam, c’est le procès d’une des recrues de la première heure du réseau qui est à l’origine des attentats de Paris et de Bruxelles commis sous la bannière du Califat islamique. C’est un de ceux qui ont survécu. Ce procès attire les médias et oblige une grande mobilisation des forces de police et de l’appareil judiciaire.

Le premier but de ce procès est évidemment celui de prouver le degré de culpabilité de Salah Abdeslam dans les faits qui lui sont imputés par le tribunal bruxellois, à savoir la participation à la fusillade de la rue du Dries à Forest, le 15 mars 2016, il y a presque deux ans déjà. C’est donc par un petit bout de la lorgnette que ce procès devrait permettre de comprendre mieux certains aspects en amont des événements tragiques des attentats de Paris et de Bruxelles.

Que peut-on s’attendre à pouvoir mieux comprendre de ce procès ?

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Langage figé, polémiques sommaires, société figée

 

Felice Dassetto

30 décembre 2017

 

 

Un constat : l’enfermement dans des oppositions stériles

Deux éditorialistes du Soir, Jean-Paul Marthoz et Jean-François Kahn à peu de distance l’un de l’autre, respectivement le 15 et le 19 décembre dernier, ont publié un article sur une thématique semblable. L’un comme l’autre s’en prennent au simplisme des dichotomies dans lesquelles s’enfoncent et s’enferment pas mal de débats contemporains.

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