Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Langage figé, polémiques sommaires, société figée

 

Felice Dassetto

30 décembre 2017

 

 

Un constat : l’enfermement dans des oppositions stériles

Deux éditorialistes du Soir, Jean-Paul Marthoz et Jean-François Kahn à peu de distance l’un de l’autre, respectivement le 15 et le 19 décembre dernier, ont publié un article sur une thématique semblable. L’un comme l’autre s’en prennent au simplisme des dichotomies dans lesquelles s’enfoncent et s’enferment pas mal de débats contemporains.

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Regards sur l’Hallidaysme. En marge du décès de Johnny Halliday

 

Felice Dassetto

10 décembre 2017

Le décès de Johnny Halliday a suscité en France et en Belgique francophone une grande émotion collective. On avait beau penser que ce chanteur était populaire, mais on ne pensait pas à une telle effervescence. D’autres chanteurs l’ont connue. On parle en France d’Edith Piaf. On peut évoquer Elvis Presley. Ses obsèques avaient mobilisé les foules et sa tombe est objet de vénération. Et on pourrait continuer avec Michael Jackson et ajouter la princesse Diana. Et, à l’envers, on pourrait se demander pourquoi d’autres figures, chanteurs ou artistes, comme Brassens, bien qu’écoutés et estimés, n’ont pas suscité le même enthousiasme.
La participation aux obsèques a débordé les clubs de fans. Elle est devenue un phénomène de grande ampleur.

Les sciences sociales sont quelque peu en difficulté devant ces conduites collectives, qui regroupent des foules et font converger des conduites, comme celles du million de personnes qui ont regardé ou accompagne le cortège funèbre à Paris et certainement un plus grand nombre qui a suivi la manifestation, qui dépasse largement les codes d’une « cérémonie », à la télévision.

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Ouagadougou, Barcelone : la résilience du jihadisme terroriste, ses causes et les dimensions de l’action.

Felice Dassetto

21 août 2017

En cette fin du mois d’août, après Ouagadougou, c’est le tour de Barcelone et de la Catalogne d’être l’objet d’une action terroriste. La poursuite de ces attentats amène souvent les débats politiques à se concentrer sur les aspects, par ailleurs indispensables, de sécurité. Souvent ces débats se centrent sur la réalité européenne alors que l’on est en face d’un phénomène mondial. Ces actions jihadistes-terroristes posent d’autres questions de fonds. Dans ce texte je voudrais en évoquer trois: celle du devenir du jihadisme-terrorisme de matrice sunnite; celle de la porté des derniers actes terroristes et leur liens avec les centrales jihadisteterroristes; et enfin la question des actions à mener, questions majeure pour reprendre l'initiative, souvent limitée dans ses perspectives.

Le devenir du radicalisme jihadiste-terroriste après 50 ans

Une première question concerne le devenir global du mouvement radical-jihadiste et terroriste. Que Daesh, tout comme al-Qaida et leurs ramifications ou d’autres groupes, tels les Sheebab somaliens ou Boko Haram continuent l’action jihadiste terroriste est plus que probable. Car même s'ils ont eu des revers combattants, l'idée jihadiste-terroriste reste.

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Casseurs et au-delà.

À propos des épisodes récents de violences urbaines à Bruxelles

Felice Dassetto

30 novembre 2017

Trois épisodes
11 novembre 2017 : samedi, Bruxelles, quartier de la Bourse et quartier Lemonnier : un rassemblement de citoyens d’origine marocaine pour fêter la victoire du Maroc, lors du match contre la Côte d’Ivoire, et qui le qualifie pour le championnat du monde du football. Quelques 300 casseurs profitent de ce moment festif pour faire du grabuge, casser des vitrines, piller des magasins, brûler l’une ou l’autre voiture et se confronter avec la police débordée.

15 novembre 2017 : mercredi, Bruxelles, place de la Monnaie. Un rassemblement non autorisé, suscité via les réseaux sociaux par le « snapchateur » et « youtubeur » français, Vargasss 92, qui donne rendez-vous à ses fans, rassemble des jeunes, vite dispersés par la police. Mais au sein de ce groupe, un noyau tente de répéter le même scénario du samedi précédent.

25 novembre 2017 : samedi, Bruxelles, devant le Palais de Justice, quartier Louise : un rassemblement autorisé, suscité par l’activiste français, Kemi Seba, pour protester contre l’esclavage de migrants en Libye, est transformé par un noyau de casseurs en un mouvement du style des précédents avec casse de vitrines et pillages, ceci limité par une intervention rapide de la police.

Désarçonnements et imaginaires

Ces événements désarçonnent les citoyens et citoyennes, en particulier bruxellois, les hommes et femmes politiques, les éducateurs et éducatrices, les observateurs et observatrices, les journalistes. D’autant plus que l’efficacité des médias et des réseauxsociaux ont permis de voir ces épisodes de violence quasimenten direct. En ajoutant alors une couche supplémentaire au sentiment, en partie réel et en partie imaginaire que la ville est un lieu d’insécurité et de violence.

Qui sont ces jeunes ? Comment expliquer ce déferlement de violence ? Mais également comment adviennent ces rassemblements subits ? Quid de cette culture jeune qui semble se forger et se vivre surtout dans et à travers le web et les réseaux sociaux ?

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En amont du premier tour des élections présidentielles françaises.

Regard pour une sociologie des citoyens entre « le » politique et « la »politique

Felice Dassetto

25 avril 2017

 

Le premier tour des élections françaises avec ses 11 candidats a permis d’ouvrir le spectre des visions politiques à partir desquelles on tente de répondre aux défis que le devenir économique, technologique, social contemporain pose à des efforts de gouvernance collective. Maintenant le débat est ouvert sur le deuxième tour et surtout sur les élections législatives de juin. Et le débat se centrera surtout sur les positionnements et négociations politiques.

Je voudrais ici tenter de porter un regard sociologique, c’est-à-dire m’interroger sur les visions du devenir contemporain, sur les intérêts et sur les structures sociales qui croisent des offres politiques. Je ne ferai qu’avancer des hypothèses en proposant une typologie d’attitudes et d’intérêts en lien avec des positions sociales et de ce qui en découle comme possibilité, capacité d’action.

L’institut de sondage IPSOS a réalisé une sociologie électorale, dont Le soir de ce 25 avril a publié un résumé. La lecture du rapport entier est intéressante (http://www.ipsos.fr/sites/default/files/doc_associe/ipsos-sopra-steria_sociologie-des-electorats_23-avril-2017-21h.pdf). J’ai lu ce rapport après avoir écrit cette note. Il me semble que les données empiriques n’infirment pas ce que j’ai écrit. Mais l’entrée est un peu différente. Le rapport IPSOS analyse, avec le grand savoir-faire de cet institut, qui a voté pour qui. Ma typologie tente globalement de dessiner au sein des citoyens français de familles de positions sociales, de vécus, de visions d’avenir et du rapport en conséquence avec l’offre politique nationale et européenne. Il me semble que l'on retrouve ces familles de positions dans toutes les sociétés européennes, et probablement ailleurs.

Pour le dire un peu autrement : l’Ipsos fait avant tout de la sociologie électorale. C’est sa tâche dans une telle occasion électorale. Mon regard, bien limité, tente de faire une sociologie du rapport "au politique" entendu comme visions et attentes du devenir collectif, dans lequel "la politique" (nationale, européenne) joue évidemment un rôle.
J’ai pris comme hypothèse conductrice l’idée que le rapport à la nouvelle planétarisation sous toutes ses formes et les changements fondamentaux engendrés en conséquence, étaient des facteurs déterminants pour différencier ces visions et attitudes. Hypothèse à discuter. Pour le moment je la considère pertinente.

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