Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

Le Centre islamique et culturel de Belgique quitte le Cinquantenaire: Un tournant ? Lequel ?[1]

Felice Dassetto

13 mars 2018

Le ministre Didier Reynders a annoncé le 15 janvier dernier, lors d’une rencontre avec son homologue saoudien, Adel al-Jubeir,  en visite officielle en Belgique, qu’un accord avait été conclu « pour dire que la Belgique peut reprendre en main la gestion de cette grande mosquée et la confier à une autorité locale, une autorité du culte musulman. Probablement l’Exécutif des musulmans de Belgique ». La grande mosquée dont parle le Ministre est celle gérée par le Centre islamique et culturel de Belgique, située au parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Mais le fait est que ce lieu, comme nous le verrons, ne remplit pas seulement des fonctions cultuelles. Ce qui rend la question plus complexe.


Ce texte contient quatre points : (1)d’abord un rappel des antécédents de la constitution de ce haut lieu de l’islam en Belgique ; ensuite (2) quelques réflexions à propos de la décision du « gouvernement saoudien » de quitter ce Centre ; (3) une analyse au sujet de l’ avenir de ce Centre après le départ saoudien et (4) quelques scénarios possibles.

1.Bref rappel au sujet de la constitution de ce Centre

Pour rappel, c’est en 1969 qu’une convention avait été signée entre le ministre belge des Travaux publics de l’époque, J. De Saeger, et les membres du Conseil d’administration du Centre islamique et culturel de Belgique, une association internationale de droit belge. Ce « Centre » est une émanation de la Ligue islamique mondiale, l’institution internationale de propagation religieuse, créée à l’initiative de l’Arabie saoudite ; à ce titre, le conseil d’administration est composé par les ambassadeurs en Belgique de pays musulmans, en tête celui d’Arabie saoudite, avec ceux du Maroc, Mauritanie, Turquie, Sénégal, etc. Cette convention concerne la « cession » pour 99 ans du « Pavillon oriental », un bâtiment de style oriental datant de l’exposition de 1897, situé au parc du Cinquantenaire et propriété de l’État belge. Ce bâtiment a donc été donné en usage à cette  «  association internationale » constituée par arrêté royal, selon la loi belge le 27 mai 1968 et transformée depuis lors, suivant le changement de la loi, en AISBL, association internationale sans but lucratif. Son président est l’ambassadeur de l’Arabie saoudite, et selon les deniers statuts déposés (en 2008) sont vice-présidents les ambassadeurs de Turquie et du Sénégal, trésorier l’ambassadeur du Pakistan. Sont membres également deux délégués de la Ligue islamique mondiale et le directeur du Centre nommé par cette même Ligue [2].

Il s’agissait à l’époque d’un geste de l’État belge qui mélangeait deux objectifs. Celui de la politique internationale et surtout commerciale belge de l’époque qui négociait avec l’Arabie saoudite des contrats de constructions d’infrastructures réalisées par des entreprises belges. C’était le début du changement urbanistique et en infrastructures du royaume saoudien. Mais il y avait aussi un mouvement dans des parties de la société belge et dans des milieux politiques (en particulier flamands et proches du parti social-chrétien, le CVP à l’époque) d’accueillir positivement les premières populations musulmanes qui venaient d’arriver en Belgique. Cette double attente belge correspondait à la stratégie saoudienne, via la Ligue islamique mondiale, proactive voire agressive (mais dont personne n’avait une connaissance claire) en vue de diffuser l’islam d’empreinte wahhabite dans le monde musulman et là où des musulmans venaient de s’implanter à travers les migrations. D’où la promotion de « centres islamiques » dans des capitales européennes, de Vienne à Genève, à Londres, à Madrid, à Rome… et à Bruxelles. En l’occurrence les intérêts de géopolitique religieuse saoudiens coïncidaient avec les intérêts géoéconomiques belges et pensaient correspondre avec des perspectives d’intégration des populations musulmanes récemment immigrées. Pour preuve de cette perspective d’intégration qui animait le climat de l’époque on peut aussi citer, en plus que les motivations contenues dans les premiers projets de loi de reconnaissance du culte musulman de l’époque (ce qui aura lieu par la loi de 1974), également un rapport du Conseil de l’Europe, intitulé « Le problème de l’instruction religieuse dans l’intégration des travailleurs migrants musulmans » (1975).

Ce bâtiment, fort délabré a été très bien restauré avec des financements de l’État saoudien, mais également d’autres pays musulmans sur base d’un projet élaboré par un architecte tunisien établi en Belgique.

Déjà dans les années 1970, parmi des milieux politiquement conscientisés de la population marocaine, il y avait eu un mouvement d’opposition, dans la logique idéologique de l’époque, contre ce Centre qui avait été qualifié d’« islam des ambassades ». Des ASBL ont été constituées pour regrouper cette opposition (« Culture et religion islamique », « Comité de la religion islamique »).

Ce Centre, dirigé pendant les premières années par le cheik el-Alouini[3], Tunisien qui en avait été la cheville ouvrière, semblait vouloir jouer un rôle clé comme interlocuteur des autorités belges dans les questions du culte suite à la reconnaissance officielle du culte musulman en 1974 par la Belgique dans la foulé de l’attitude précitée d’accueil des musulmans. Ceci ayant la double conséquence : celle du financement de ce qu’en Belgique on appelle le « temporel du culte » (financement des lieux de culte et du personnel affecté au culte et aux activités inhérentes) et introduction des cours de religion islamique dans le réseau de l’enseignement officiel, avec le conséquent paiement d’enseignants de religion.

L’opposition, disons politique (contre « l’islam des ambassades ») ainsi que les maladresses du directeur, quelque peu autoritaire, ont fait que rapidement les autorités belges, tout comme des musulmans ont compris que ce Centre ne pouvait pas être un interlocuteur… ni une autorité. En suivra une période de flottement (qui n’a jamais tout à fait cessé d’ailleurs) et qui aboutira, sous l’impulsion en particulier d’une « troïka » de convertis, à un système électoral censé constituer une issue, par son caractère soi-disant démocratique, au manque d’une autorité religieuse clairement établie parmi les musulmans sunnites. L’utilise l’expression « soi-disant » en raison de la double illusion créée par le terme « démocratique ». D’une part cette expression concerne la société politique. Rien ne dit qu’une « bonne » autorité d’un groupe religieux  soit et doit être « démocratique ». Deuxièmement, la démocratie fonctionne par le filtre indispensable des partis. Ici on mettra en place une procédure fondée sur une démocratie d’individus qui sera lourde de conséquences par l’influence électorale de personnes ou de lobby plus ou moins occultes. Des nouvelles procédures ont été mises en place lors des dernières élections.

Les musulmans d’origine turque, par ailleurs, jouant en partie de leur côté, dans un bain culturel et politique lié à la Turquie ; ceci sous la direction à la poigne de l’organe étatique turc de gestion de la religion (la Direction des affaires religieuses) et d’autre part sur l’influence d’associations islamiques et islamistes d’opposition au régime laïc et kémaliste turc, comme les islamistes politiques des Milli Görüs ou les Suleymanci. Aujourd’hui , compte tenu de l’évolution du régime turc, l’organe officiel turc et les Milli Görüs fonctionnent main dans la main et font de plus en plus « bande à part », culturellement et intellectuellement, dans le paysage musulman belge, d’autant plus sous l’influence de l’actuel régime turc. À part le fait d’accéder à l’argent octroyé par l’État belge aux mosquées reconnues, ces autorités turques montrent de ne pas être intéressées à construire un « islam belge », mais leur souci premier est de construire un islam national turc en Belgique.

L’implantation de ce Centre islamique et culturel de Belgique a été donc depuis le départ contesté, mais pas tellement, dans les années 1970-1980, en fonction de la vision wahhabite-salafiste, mal connue à l’époque tout comme était mal connue la stratégie saoudienne de vouloir hégémoniser le monde musulman sous la houlette de son idéologie, mais plutôt, comme on l’a dit, en fonction d’une critique « politique » envers cet « islam des ambassades ».

Ces critiques n’ont pas empêché ce Centre de développer son action aussi parce que, malgré les quelques contestations, il était dans un bâtiment symbolique –la seule véritable mosquée de Belgique à l’époque- en plein centre de Bruxelles, et fréquenté par les ambassadeurs de pays musulmans. Y venaient d’ailleurs des prêcheurs renommés. Quelques figures, notamment le chaikh Sadek Sharaf (1936-1992) ont joué un rôle important dans l’islamisation des premières jeunes générations. En plus du culte et de la prédication associée, ce Centre a développé des programmes de formation supérieure et à la langue arabe, de prise en charge de personnes qui souhaitaient se convertir, etc.. Ensuite, dans les années 1990, des bourses d’études ont été octroyées dont ont bénéficié des jeunes surtout d’origine marocaine, les turcs ayant leur politique propre, pour suivre un cursus universitaire dans les nouvelles universités implantées en Arabie saoudite dans le cadre du renouveau wahhabo-salafiste. Certains deviendront à leur tour les acteurs de l’implantation de la vision salafiste en Belgique.

C’est la prise de conscience, dans les années 2000 du rôle majeur du salafisme –avec les Frères musulmans- dans l’apparition du jihadisme, que le Centre islamique a été ciblé. Des évènements ont alerté : l’assassinat du Directeur du Centre, Abdullah al-Adhal et du bibliothécaire Salem Bahri, en 1989, restés longtemps inexpliqués (tout au moins officiellement) avait semait le trouble. L’arrivée d’un directeur Sameer Radi envoyé de l’Arabie saoudite, fonctionnaire de la Ligue islamique mondiale, au verbe haut et avec un provincialisme saoudien assez arrogant avait contribué à rendre encore davantage mal vu si pas suspect ce Centre aux yeux au moins de l’opinion publique belge. Ce directeur sera remplacé, mais il laissera un héritage : dans sa volonté de s’affronter à l’État belge, qui résistait à autoriser le port du foulard dans les écoles officielles, il favorisera l’ouverture, avec le relais de parents issus de l’islamisme politique, de la première école primaire islamique (l’école al Ghazali) dans les locaux mêmes du Centre islamique ; cette école est aujourd’hui transférée en face de l’hôtel de ville d’Etterbeek dans un bâtiment dont l’achat a été financé par la Banque islamique de développement.

 2. Les antécédents immédiats et quelques questions

Mais récemment la Commission parlementaire contre le terrorisme instaurée à la suite des attentats du 22 mars 2016 a pointé  le Centre islamique et culturel de Belgique et l’enseignement comme une source du radicalisme jihadiste. Le Centre n’a pas été accusé ni inculpé de prôner directement le jihadisme ou d’y être impliqué, mais de constituer par son enseignement un terreau favorable à l’éclosion du radicalisme jihadiste. La Commission a toutefois constaté que neuf personnes qui étaient dans la liste de terroristes belges, avaient reçu une formation islamique dans le Centre. De manière générale, par ailleurs ce centre prône en pratique un enseignement qui n’est pas favorable à l’intégration des musulmans dans l’espace belge. Concernant le jihadisme, il faut noter que d’autres lieux ont joué un rôle dans cette direction. Toujours est-il que suite à la position de cette commission parlementaire le Centre islamique et l’Arabie saoudite étaient dans l’œil du cyclone.
Suite à l’approbation du rapport de la Commission parlementaire dans l’automne 2017, l’État belge s’est activé. En novembre 2017 une délégation dite de « haut niveau » constituée de fonctionnaires d’organes de police et des Affaires étrangères s’est rendue en Arabie saoudite et a rencontré des hauts responsables de La Ligue islamique mondiale et du Ministère saoudien des Affaires islamiques en les interpellant sur les enseignements diffusés par le Centre. Cette démarche est restée très confidentielle.

Il y aurait des questions intéressantes à connaître à ce sujet. Par exemple : la Belgique a-t-elle était le seul pays européen ou occidental à faire cette démarche ou d’autres pays l’on également effectuées ? En plus que des critiques sur des contenus d’enseignement (par exemple une intolérance à l’égard des autres visions de l’islam et des religions, les théories créationnistes…) la Belgique avait-elle des cartes secrètes, concernant l’implication de Centre dans le jihadisme ? Cartes qui doivent rester secrètes, compte tenus des nombreux intérêts économiques de la Belgique en relation à l’Arabie saoudite ? Ne disposant pas d’informations concrètes au sujet de cette réalité on est obligé à en rester à la formulation de questions.

À noter que cette fin 2017 est celle où apparaissent les positions nouvelles saoudiennes véhiculées par le prince héritier Mohammed ben Salman, qui souffle le chaud et le froid avec des « ouvertures » à l’égard des femmes ou à l’égard d’aspects culturels assorties d’une agressivité considérable (et réciproque) à l’égard de l’Iran et du chiisme ou à l’égard du Qatar.

Il serait intéressant de savoir si les déclarations de la Commission anti-terrorisme du parlement belge, si la mission belge en Arabie saoudite, ou si l’évolution de la politique saoudienne sont des explications suffisantes pour comprendre la décision prise lors de la rencontre entre le ministre Reynders et son homologue saoudien. D’autant plus que sauf erreur, cette décision ne correspond pas à un tournant analogue dans les autres centres européens créés dans la même logique dans d’autres capitales européennes (Vienne, Rome, etc.).

Reste le fait que le tournant est majeur.

En tout cas, l’activation de la politique belge sur les questions islamiques et en relation avec l’Arabie saoudite est intéressante et me semble assez originale parmi les pays européen. Dans cette dynamique s’insèrent aussi des particularités belgo-belges. C’est ainsi qu’on peut signaler la récente visite du parlementaire NVA Peter de Roover à la Ligue islamique mondiale, dont on trouve une photo de cette rencontre  dans le site même de la Ligue. Je ne connais pas la raison de la visite de ce parlementaire NVA. Pour voir l'image sur le site: http://en.themwl.org/

 

Quelques remarques complémentaires

Rappelons : la décision de la Ligue islamique mondiale (ou de l’Arabie saoudite) de quitter le bâtiment du Cinquantenaire a été prise suite à une visite officielle du ministre des affaires étrangères saoudien. Or la convention était conclue avec la Ligue islamique mondiale, qui est une instance internationale, dont de secrétaire général actuel est Mohammed Al-issa , spécialiste en loi islamique ayant fait sa formation en Arabie saoudite et sa carrière dans l’establishment religieux-politique de ce pays.

On savait très bien que la Ligue islamique mondiale état hégémonisée et était un instrument saoudien, mais ici elle fait figure d’une baucruche.

Par ailleurs c’est le ministre des Affaires étrangères belge qui a négocié le départ en disant, bien entendu, que la suite sera dans les mains du ministre de la Justice (qui a compétence en matière des cultes), mais aussi de l’Intérieur. Ce dernier n’a pas de compétence en matière de culte. Intervient-il donc en fonction de ses compétences en matière de lutte contre le terrorisme ?  Cela signifirait-il que dans cette décision de quitter le Centre islamique prise par l’Arabie saoudite il y a une dimension de terrorisme, non seulement comme influence contextuelle indirecte (car alors beaucoup de centres musulmans devraient être fermés), mais comme action directe ? Ou bien, plus simplement, le Ministre de l'Intérieur intervient parce que, dans ses compétences  il a également la charge de la Régie des bâtiments, dont le "pavillon" qui abrite le Centre islamique?

Deuxième question : la Ligue islamique mondiale/Arabie saoudite, quitte le Centre islamique. Mais va-t-elle quitter la Belgique ?

Au lendemain de l’annonce de la décision de la Commission parlementaire de demander la rupture de la convention relative à la cession du bâtiment du Cinquantenaire au Centre islamique et culturel de Belgique, un parlementaire très actif dans la commission parlementaire s’est exclamé : « Je me réjouis de cette décision, une proposition très claire qui permettra la coupure avec l’islam saoudien et le développement d’un islam belge dans un cadre européen ». Ceci est un peu une illusion d’optique. D’autant plus que ce n’est pas du tout probable que la Ligue islamique mondiale quitte la Belgique. Elle quitte le bâtiment di Cinquantenaire, mais probablement pas la Belgique.

Pour plusieurs raisons il n’y aura pas automatiquement de coupure avec l’islam saoudien, comme il est dit et répété par des hommes politiques et par les médias. Pour plusieurs raisons.

D’une part il y a les fonctionnaires engagés dans le centre. Selon les derniers comptes déposés par le Centre islamique à la Banque Nationale de Belgique datant de 2015[4] il y aurait en fonction 19 personnes en équivalent temps plein. Certaines payées par la Ligue islamique mondiale, d’autres payées directement par le ministère saoudien des Affaires religieuses. Il est fort possible que ces personnes avec leurs activités, notamment de formation, déménagent tout simplement dans un autre lieu. Ce qui commence à s’entrevoir par le fait que les deux ministres ont évoqué la conclusion d’un Mémorandum of understanding concernant la transparence des financements saoudiens. La réflexion qui vient à l’esprit est que, si on continue à parler de financements, c’est que l’Arabie saoudite entend bien continuer à agir sur le terrain belge. En somme, on sort de la grande porte du Centre islamique devenu gênant et on ouvre une nouvelle porte ailleurs.

Ensuite, comme je le disais plus haut, cette décision « belge » de la Ligue islamique mondiale, ne s’insère pas dans une politique générale de la Ligue islamique mondiale par rapport aux mêmes centres dans d’autres pays européens, ce qui confirme le wahhabo-salafisme saoudien, éventuellement en version soft, continue dans sa stratégie de diffusion de sa pensée en Europe. Peut-être que la décision belge est due en définitive au fait que ce bâtiment n’était pas de propriété de la Ligue islamique mondiale (à la différence des centres installés dans d’autres pays et que la Ligue préfère en définitive se transférer dans un bâtiment de sa propriété.

Il est intéressant de noter que le secrétaire général de la Ligue al-Issa aurait nommé en novembre 2017 deux « médiateurs » devant négocier avec l’état belge les modalités du départ et régler les éventuels contentieux. Ceci étant donné que la Belgique a considéré persona non grata le Directeur du centre Jamal Saleh Momenah qui avait été nommé et qui avait tenu une audition assez problématique devant la commission parlementaire. Les deux « médiateurs » sont des figures associées à la Ligue et sont assez étonnantes. L’un est Nordine Taouil, imam à Anvers et part-time au Cinquantenaire et travaille à De Lijn. Il a tenu des positions très conservatrices (ne pas scolariser dans des écoles qui interdisent le foulard, les femmes à la maison, créationnismes…), mais également très opposé à Al-Qaida et à Daesh. Il est membre de l’assemblée générale de l’Exécutif des musulmans de Belgique. L’ancien administrateur général de la Sureté de l’état, Alain Winants, avait déclaré à la télévision que Nordine Taouil est « un extrémiste salafiste et militant salafiste actif ». Les choses ont peut-être changé depuis.

L’autre « médiateur » vient de France : il s’agit de Mohammed Bechari, fondateur de l’Institut Avicenne à Lille, et président de la Fédération nationale des musulmans de France. C’est une figure controversée. Les deux sont proches de l’islam saoudien.

Tout ceci étant dit, il importera de rappeler qu’en Belgique il y a liberté d’expression. Et mis à part le fait d’incitation au jihadisme-terroriste ou d’autres entorses à la loi, que cela plaise ou pas, le wahhabo-salafisme ou toute autre expression salafiste comme toute autre expression tout-court a droit d’exister. C’est de l’intérieur de la communauté musulmane que le débat devra avant tout se faire et que certaines expressions de l’islam devront être contrées sur le plan des idée et de l’efficacité de leur diffusion, si les musulmans le considèrent important, et non pas par des interventions répressives de l’État. Il faudra absolument éviter que le salafisme ou d’autres formes deviennent, dans la foulée de la commission anti-terrorisme, l’objet d’une sorte de neo-macchartysme généralisé.

 

3.Le Centre islamique et culturel sera vide de ses actuels occupants. Qui va suivre ?

Ce bâtiment prestigieux, symboliquement important, central à tout point de vue sera vidé de son occupant actuel. Qui prendra sa place ?

Selon les propos ministre de la Justice Reynders c’est « probablement » l’Exécutif des musulmans de Belgique. Cet organe élu qui est censé représenter les musulmans de Belgique et qui de toute manière exerce la fonction aujourd’hui d’interlocuteur de l’Etat en matière de gestion du culte et de l’enseignement de la religion islamique dans le réseaux officiel. C’est probablement la position du ministre de la Justice et du gouvernement fédéral. Cela pourrait paraître logique. Mais il y a quelques questions.

La première question : l’Exécutif des musulmans de Belgique a-t-il la force et le consensus en son sein et au sein de la communauté musulmane, a-t-il la compétence, la légitimité, la capacité intellectuelle et morale d’investir ces lieux ?

Rien n’est moins sûr. Comme toujours depuis trente ans, cette question n’est pas résolue et à ma connaissance rien n’a été fait du côté musulman pour avancer dans un travail préparatoire de fond et de longue haleine pour promouvoir l’avènement d’une autorité de ce type. On se limite, puisqu’il y a de l’argent à la clé, de gérer vaille que vaille la question de la reconnaissance des mosquées, de nommer, de manière (parfois avec des procédures peu objectives) des enseignants de religion islamiques, question qui sera partiellement réglée bientôt, au moins du côté francophone, vu qu’on chemine vers la liquidation des cours de religion. Pour le reste c’est le vide.

Parmi les dirigeants musulmans en place, malgré des apparences de Conseils de théologiens, de Ligues d’imams, il n’y a pas de réflexion à moyen long terme. Ces différentes instances, comme d’ailleurs l’Exécutif des musulmans, sont d’ailleurs faibles. Certains semblent d’ailleurs chercher la légitimité qui leur manque plus dans celle qui leur vient des autorités belges compétentes (comme le ministre de la Justice) que de leur capacité et charisme auprès des croyants musulmans.

Dans la société civile musulmane, il y a de temps en temps des déclarations de sursaut, souvent des polémiques de surface et parfois confuses, mais rien ne bouge sur le plan d’initiatives en vue d’une vision et d’une action globale, rien ne se passe en termes de maturation et de réflexion. Ceci de manière paradoxale, car sur le plan local des choses se font. Tout se passe comme si l’islam – celui marocain ou les plus réduits noyaux d’Afrique sub-saharienne ou asiatique ou celui de musulmans qui se disent tout simplement « belges », en tant que croyants en ne faisant plus référence à leurs anciennes origines culturo-religieuses familiales- fonctionnait à la manière d’un libre marché où chacun ouvre son commerce.

Du côté turc –ce qui n’est pas fait pour faciliter les choses- c’est juste l’inverse : tout est cadenassé par l’autorité religieuse de l’État turc et les fédérations (Milli Görüs, Suleymanci…) qui aujourd’hui, comme on disait plus haut, caracolent dans la même direction que l’organe officiel de l’État. Et ces instances sont plus préoccupées de l’avenir de la Turquie et des intérêts turcs que de celle des musulmans belges d’origine turque et encore moins des musulmans en général.

C’est certainement compliqué. Les ingérences ministérielles et politiques, -parfois politiciennes- belges ne simplifient pas les choses, parfois les aggravent.

Du côté de la formation de cadres et d’intellectuels, la politique du ministre Marcourt a mis en route un projet en mélangeant quelques intelelctuels ou autorités avec des douteuses politiques d’intérêt universitaire belgo-belge assorties d’une gestion carrément politicienne.

Une complication supplémentaire est belgo-belge : ce centre sera-t-il sous une autorité islamique bilingue, où il y en aura deux, l’une francophone ou l’autre flamande… ou bien sous la tutelle d’une autorité « extra-territoriale », anglophone-arabophone ?

 

Qui va financer

L’Arabie saoudite directement ou indirectement payait la plus grande partie de ce Centre. Qui va payer à l’avenir ? La gestion de ce Centre coûte cher tant en bâtiment que dans le personnel nécessaire. La Ligue islamique mondiale avait fait un projet de renouvellement (isolation, récupération de l’eau de pluie) qui évidemment tombe à néant.

L’État belge sera appelé à financer pour ce qui est l’aspect du culte local. Si la mosquée du Cinquantenaire sera reconnue suite à une demande des nouveaux poccupants, et elle peut l’être en raison de sa fonction cultuelle, ce sera alors à la région bruxelloise de payer. Concernant la fonction gestionnaire, si l’Exécutif des musulmans s’installe dans ces locaux, il sera financé par l’État comme il l’est maintenant. Le personnel affecté aux autres fonctions restera à financer. Par des interventions externes ? Ou bien par les musulmans belges pourraient se dire que la zakat (l’aumône, une des obligations coraniques) ne sert pas seulement pour édifier des mosquées, mais pourrait servir aussi pour financer autre chose que des bâtiments de culte de plus en plus nombreux et imposants.

4. Quels scénarios alors pour ce lieux?

Pour ne pas dans une seule perspective, utilisons la méthode des scénarios et essayons maintenant de regarder aux multiples hypothèses possibles et en voir les avantages ou les inconvénients, les possibilités ou les difficultés.

Mais d’abord : quelles seraient ou pourraient être les fonctions de ce futur centre ?
C’est indispensable de les préciser, pour envisager les perspectives.

-        D’abord des fonctions gestionnaires :

  • Gestion de la reconnaissance des lieux de culte, aspect directement lié au « temporel du culte » ce qui est la finalité première de l’Exécutif en tant que « organe chef de culte » selon la mention de la loi.
  • Gestion des désignations des enseignants de religion islamique, prévue également comme conséquence de la reconnaissance du culte musulman (cette fonction pourrait disparaître à l’avenir en fonction du devenir des cours de religion en général)
  • Veille et promotion du « bien-être matériel concernant des aspects liés aux pratiques religieuses » comme les cimetières, la célébration de l’Aid, la qualité du pèlerinage à la Mecque, les horaires du Ramadan …

-        Une fonction cultuelle locale  dans la mosquée du Centre: prières quotidiennes et prières et prédication du vendredi ou du mois de Ramadan et dans les grandes fêtes dont l’Aid. Compte tenu de l’importance symbolique et la force sociale de ces moments de prédication, ce n’est pas indifférent. La question de la langue va se poser : on prêchera dans quelle(s)langue(s )? Comment ? Mais surtout qui assurera la dirigeance de cette autorité ?

-        Une fonction orientatrice générale vers la communauté sunnite. La question de la légitimité se pose et, si cette fonction veut être maintenue, elle devra construire sa légitimité et penser à fond le mode de construction de sa légitimité. S’enrober de titres du genre « conseil de théologiens », ne suffira pas.

-        Une fonction de formation supérieure première et de formation continue de cadres agissant sur le terrain (comme les enseignants ou les imams) ou plus largement d’intellectuels musulmans (ou non)

-        Une fonction intellectuelle générale, de recherche, de ressourcesassociée à une fonction de diffusion

-        Une fonction de communication vers les musulmans et vers l’ensemble de la population. Elle est déjà exercée actuellement en partie par l’Exécutif et le Centre sera appelé encore davantage à l’exercer en fonction des sa force symbolique

Quels seraient les scénarios possibles d’activité et d’instances au sein de ce bâtiment?

Envisageons-les de manière ouverte.

-        L’état pourrait décider la fermeture de ce centre aux activités religieuses et en faire un musée, par exemple des arts islamiques ou orientales, annexe du musée du Cinquantenaire ; ou bien le restructurer pour lui donner une autre finalité. Cette décision susciterait des réactions de la part des populations musulmanes ; la décision aurait l’avantage de sensibiliser les musulmans à l’existence de cette entité et à ses fonctions.

-        Vu la difficulté de trouver en Belgique une autorité, confier ce Centre à une instance musulmane prestigieuse, par exemple el-Azar surtout en ce qui concerne les aspects cultuels et intellectuels. Cette décision ne serait pas trop utile en fonction d’un islam belge.

-        Passer d’une tutelle saoudienne à une tutelle, directe ou indirecte d’autre origine natiuonale, par exemple marocaine ou turque. C’est une hypothèse qui pourrait correspondre à des stratégies actuelles du Royaume du Maroc, qui se considère porteur d’un islam modéré, malékite (et qui dit évidemment, en se voilant la face, que le jihadisme au Maroc et le radicalisme dans ce pays est de pure importation). Le maroc a installé en Belgique le Conseil européen des ulémas marocains qui cherche de se faire entendre. Cette décision trouverait des relais dans une partie du leadership religieux marocain installé en Belgique. Ceci susciterait des réactions, peut-être du côté turc notamment et quelques réactions dans le reste de la population musulmane. Mais la décision ne serait pas fort utile pour l(‘émergence d’un islam belge.

-        Le transfert à l’Exécutif de toutes les fonctions précitées. C’est l’hypothèse énoncée par le ministre Reynders et faisant partie apparemment des hypothèses du gouvernement fédéral. Cette décision a un côté cohérent, car l’Exécutif, vaille que vaille est une expérience issue de la réalité musulmane belge. Mais il y a à prendre en compte les carences structurelles de l’Exécutif, évoquées plus haut. Cette hypothèse en plus pourrait ouvrir encore davantage les conflits internes entre les multiples leaders, courants, etc. Cet Exécutif d’ailleurs, étant lié à des processus électoraux toujours très agités et dont l’issue, après l’apparence du vote démocratique, est pilotée in fine par les ministres de la Justice ou d’administration des cultes. Il y a aussi un fait supplémentaire. Il semblerait, selon des informations qui circulent, mais qui devraient être vérifiées, qu’il y aurait eu un accord tacite ou confidentiel, lors de la dernière élection du président (d’origine marocaine) de cet organisme, à ce que le prochain président revienne au côté turc. S’il est avéré, ce « lotissement national » préalable est un peu surprenant, alors qu’on convie les musulmans à élire leurs dirigeants. Et une présidence turque de ‘lExécutif serait, dans la conjoncture actuelle du paysage islamique turc, pour le moins problématique.

-        Délégation à un noyau de leadership « hors cadres actuels » de l’establishment religieux : c’est une hypothèse qui pourrait tenter certains, vu le blocage des instances actuelles. Ce centre ne serait plus alors le lieu symbolique de l’ensemble de l’islam belge (qui d’ailleurs existe difficilement), mais serait le résultat d’un choix. Vu aussi le fait que pourrait être envisagé de soutenir par-là un islam franchement réformateur, pour donner de l’espace et un lieu à cette vision de l’islam, véhiculée souvent par de plus jeunes générations, qui ne trouve pas d’espace dans les mosquées existantes. Ou, en ce qui concerne les musulmans originaires de Turquie, de soutenir des musulmans qui se sentent à l’étroit dans l’encadrement de la Direction des affaires religieuses de Turquie ou des associations existantes. Les convertis belges à l’islam pourraient aussi s’y retrouver dans un projet commun autour d’une vision de l’islam (qui n’est pas partagée par tous les convertis, loin de là, et d’un islam belge. Le problème est que ce noyau de compétences générales n’est pas constitué, ni dans les faits, ni en puissance ; il n’a pas encore fait les preuves d’une capacité de travail commun, ni d’une maturité  dans la vision et dans l’action. Alors que cette vision existe et est souhaitée chez de nombreuses personnes, tant d’intellectuels qu’au sein de la population. Mais ces personnes ne parviennent pas, pour des raisons qu’il faudrait parvenir à expliquer mieux, à trouver la voie d’une convergence un peu organisée et donc plus audible. L’octroi de ce Centre aux porteurs de cette perspective serait une sorte de défi lancé à celles et ceux qui tiennent à faire exister une vision renouvelée de l’islam belge.

-        Une distinction entre les fonctions et une coalition de leadership. En partant de l’hypothèse qu’une seule figure d’« autorité » pouvant gérer l’ensemble apparaît inexistante, il s’agirait alors de réunir dans le même bâtiment diverses fonctions  sous des autorités distinctes, mais agissant en coopération. Ceci en aprtant de l’hypothèse de tenter de faire converger les multiples sensibilité en vue d’un bien commun et de promotion d’un islam belge. Vu la complexité et l’originalité du processus cela demanderait un temps de préparation et de maturation et la mise en place d’une transition. Peut-être dans la perplexité de ceux et celles (femmes et hommes politiques belges en tête) qui cherchent une solution dans l’immédiat. Cet ensemble situé dans le Cinquantenaire pourrait constituer ce que pourrait être appelée la « Fondation islamique de Belgique ». Elle serait localisée dans le bâtiment du Cinquantenaire et serait structurée autour de divers pôles. Quels seraient ces pôles ?

-        Les pôles principaux pourraient être les suivants :

  • Celui du gestionnaire du « temporal du culte », fonction actuellement assumée par l’Exécutif et en continuité avec son action.
  • Celui de l’autorité religieuse faisant fonctionner la mosquée (culte, prédication). Cette mosquée pourrait d’ailleurs avoir son nom propre, comme dans la tradition musulmane, ou bien en faisant référence à une figure éminente du passé, ou bien un une symbolique du lieu (Mosquée, bleu, mosquée blanche….). Ou laisser le terme géographique : Mosquée du Cinquantenaire, utilisé déjà maintenant ; ou bien en inventer un nouveau, comme Mosquée de l’Europe, etc., etc.
  • Celui de la formation intellectuelle en sciences islamiques, par la constitution progressive d’une faculté de théologie islamique et centre de recherche et centre de ressources atteignant.

Auquels s’ajoutent des pôles subsidiaires : communication gestions du bâtiment, etc.

Dans cette hypothèse la question reste de savoir comment seraient désignées ces figures d’autorités responsables de ces divers domaines. Une réflexion devrait être faite. Cela pourrait être trouvé de manière pragmatique :

  • L’entité responsable du temporel du culte pourrait être constituée par élection plus ou moins selon les modalités actuelles et en format plus réduit.
  • L’autorité religieuse gestionnaire du culte dans la mosquée locale existante devrait être recherchée de manière pragmatique. Par exemple, bien que difficile à réaliser, par une sorte de consultation informelle au sein des instances religieuses reconnues, assurant à la fois un certain tournant, mais également une stabilité.
  • L’autorité d’une future faculté de théologie islamique par un processus pragmatique par le bas, procédant des quelques personnes ayant les qualités et les diplômes pour assumer ces fonctions, bénéficiant, s’ils le souhaitent du conseil d’universitaires « sages », mais sans volonté d’ingérence des universités et constituant progressivement un noyau de plus en plus ample de spécialistes construisant pas à pas cette future faculté bilingue.

Toutes ces instances devront montrer d’être capables de travailler chacun dans leur domaine, mais dans un esprit de coopération et de partage de finalités générales. Le tout en sachant la difficulté qui résulte du « grand écart » qui existe entre des visions de l’islam, écart qui s’est consolidé depuis 30-40 ans, par la politisation des réalités de l’islam, par l’action d’agences externes (Arabie saoudite, Turquie, Maroc, ou groupements idéologico-religieux) ou par la création d’intérêts partisans.. Une formule devrait être trouvée pour que ce que j’ai appelé pour faire bref la « Fondation islamique belge » ait une figure centrale de sage, ayant une certaine fonction de coordination dont le profil et les fonctions seraient à spécifier ainsi que sa légitimité.

En conclusion : quoi qu’il en soit de l’un ou l’autre choix, les musulmans ou ceux qui agissent auront des défis communs  que quelqu’un devra tenter d’assurer:

-        Alors que le devenir du centre islamique mériterait une réflexion élargie au sein de populations musulmanes intéressée, celui-ci est géré dans le secret des cabinets ministériels ou de quelques instances. L’urgence de « faire quelque chose » pour occuper ce bâtiment, ou la volonté de faire prévaloir l’une ou l’autre perspective va au détriment d’une maturation.

-        Prendre la mesure de l’enjeu lié à ce lieu important et symbolique et décider donc avec clairvoyance et une analyse globale de la situation, des tenants et aboutissants. Les musulmans belges devront parvenir à prendre de la hauteur.

-        Prendre le temps nécessaire, tout en assurant une relative continuité. Pas trop de temps, mais éviter la précipitation

-        Penser, avant de foncer dans une direction à une méthode et au timing relatif, pour avancer, en sachant quelle est la réalité, en sachant qu’il serait important d’inventer du neuf tout en restant dans une continuité.

-        Et en amont, avoir réussir à dessiner le profil d’un islam belge, globalement parlant, et non pas chacun pensant à partir de son propre intérêt ou du lieu particulier de sa mosquée ou de son association. En pensant aussi que personne ne dispose de « la » bonne solution.

-        Il serait important que cet avancement se fasse hors des polémiques, des coups bas, des jeux de pouvoir et d’intérêts.

-        Il serait important hors des ingérences étrangères, notamment du Maroc, de la Turquie, de l’Arabie saoudite ou d’autres. Hors aussi, d’intervention politiciennes belges, toujours perturbatrices et souvent à la limite du cadre constitutionnel fondamental qui exige une distinction entre l’État (fédérale ou régional ou des communautés) et le religieux.

-        Hors aussi autant que possible des clameurs médiatiques, mais tout en assurant une large information aussi transparente de possible auprès des populations et des populations musulmanes en particulier .

-        Hors du conservatisme d’un establishment religieux qui tente de garder le contrôle, et qui bloque l’apport d’un souffle nouveau de jeunes, hommes et femmes, qui pourraient penser à se mobiliser davantage, avec sagesse, en sortant du seul rôle de plainte, d’accusation ou de protestation, mais en devenant acteurs et en forçant leur entrée comme acteurs, sans rester constamment piégé par des figures d’autorité, indispensables, mais pas éternelles et intouchables.

-        Il faudrait aussi que les nombreux musulmans, réunis en association ou pas, jeunes et moins jeunes, qui sont fatigués par un passé pesant et qui ont d’intérêt pour la « chose publique » relative à leur foi retrouvent vigueur et participent positivement à ce moment de réflexion et de mise en place d’un lieu et d’activités centrales symboliquement fortes et importantes pour l’avenir.

C’est un fameux boulot pour récupérer un passé lourd de pesanteurs et de dérives.

 


[1] Si une lectrice ou un lecteur est intéress(e) à utiliser l’un ou l’autre aspect de ce texte, je les remercie. Je les remercie d’autant plus s’ils citent la source : F. Dassetto, « Le Centre islamique et culturel de Belgique au Cinquantenaire: Un tournant ? Lequel ? », in www.felicedassetto.eu, 13.3.2018, 13p.

[2] Pour quelques détails cfr F. Dassetto, L’iris et le Croissant, LlN, PUL, 2011 : 144ss. On peut consulter les statuts (et y déceler aussi quelques « légèretés » administratives) dans le Moniteur Belge, n. 408.299.031.

[3] On peut écouter avec intérêt les mots de el-Alouini, très âgé, évoquant l’esprit de la fondation de l’islam à l’époque. Cfr https://www.youtube.com/watch?v=Y2KVf0fDd9Y

[4] Les péripéties de régularisation administrée du Centre islamique et culturel de Belgique sont assez révélatrices du mode de gestion de ce centre. À la suite des pressions multiples et des exigences de clarification sur les financements, des comptes sont présentés, m Comme me disait il y a quelques jours un musulman : «Le salafisme a tellement imprégné l’ensemble musulman que penser que cette décision change quelque chose à cet égard est une illusion ». D’autant plus que d’autres lieux de diffusion du salafisme se sont créés.ais les derniers en date à être publiés, le 26/01/2017 sont les comptes de 2015. Pour la régularisation des statuts également un certain retard et une certaine confusion règnent.