Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

Les quatre moments du jihadisme contemporain

Felice Dassetto

15/11/2015

Les attentats du 13 novembre 2015 verront se multiplier les commentaires, la reprise des séquences filmées, le suivi minute par minute des évènements; l’espace médiatique et du web en est et en sera saturé.

J’ai pensé utile en général et en particulier à l’usage de groupes, d’enseignants, de jeunes, d’analyser avec recul cette tragédie, cet acte jihadiste, en les situant dans une perspective historique et dans une analyse des productions idéologiques. Cette analyse dans un texte qui essaie de ne pas être trop long, est nécessairement abrégee.

Ces gens qui se pointent en tirant avec leurs armes et en se faisant exploser, ne surgissent pas de nulle part. Ils ne sont pas nés hier, dans les derniers mois ou uniquement dans le contexte de Daesh. Ils sont les enfants et les petits enfants de cinquante ans d’idéologie radicale et jihadiste.S’il a fallu cinquante ans pour construire l’environnement et la culture jihadiste, il en faudra beaucoup pour convaincre des musulmans que cette idéologie, et les idéologies non jihadistes qui la nourrissent directement ou indirectement, ont amené l'islam au désastre moral et intellectuel qu'il connaît maintenant. Mais il n'est jamais trop tard pour un sursaut.

Les attentats des dernières années et ceux du 13 novembre, sont l’expression, en crescendo, du quatrième moment di jihadisme musulman contemporain, commencé il y a bientôt cinquante ans. C’est donc bien avant la guerre dévastatrice lancée par les USA et la Grande Bretagne de G.W.Bush et de Tony Blair en 2003 contre l’Irak, que des factions du monde musulman ressuscitaient avec force un archétype inscrit dans le moment fondateur de l’islam, dans le texte et dans les pratiques du Prophète de l’Islam : celui de l’action armée lue comme expression et comme irruption de l’histoire sacrée dans le monde. C’est le combat justifié comme étant un combat pour et au nom d’Allah, voire un combat d’Allah lui-même, via ses instruments que sont les jihadistes. C’est ainsi que Jean-Louis Denis, dont le procès est en cours à Bruxelles, explique le départ au jihad de jeunes bruxellois de son entourage.

Les quatre moments

L’histoire contemporaine du jihadiste prolonge les flambées jihadistes qui ont inquiété les pouvoirs coloniaux, tant en Afrique qu’en Asie aux XIX° et jusqu’aux indépendances nationales. Mais le jihadisme contemporain dans le monde sunnite, n’est plus seulement une flambée de révolte contre l’injustice, comme c’était le cas pendant la colonisation. Il se caractérise par une nouveauté idéologique : celle de donner au jihad l’objectif politique de constituer un État, au sens moderne du terme, fondé sur la loi de l’islam. Le concept d’État islamique, qui vise à allier la vision et la norme religieuse avec la puissance d’un État moderne est inventé dans les années 1930 dans le giron des Frères musulmans en Égypte et au Moyen-Orient et dans des mouvements analogues dans la péninsule indienne.

C’est au sein d’une fraction plus radicalisée des Frères musulmans qu’émerge le mot d’ordre de ce nouveau jihadisme. La création d’Israël en 1948 et le combat mené par les pays arabes contre ce nouvel État ne feront que donner un coup de pouce supplémentaire à l’idée jihadiste. Sayyied Qotb, la figure emblématique du radicalisme musulman, théorise, dès les années 1950, ce combat et le relie à une vision géopolitique : celle d’une lutte du monde musulman arrivé à l’indépendance contre la puissance de l’Occident, États-Unis en tête, vecteur d’un néocolonialisme économique, culturel et politique. L’idée jihadiste et en général de la vision politique de l’Islam est étouffée et lourdement, parfois injustement, réprimée par les pouvoirs des pays musulmans nouvellement indépendants. S. Qotb lui-même sera pendu sous Nasser sous une fausse inculpation.

Mais l’idée jihadiste continue à mijoter. Et c’est enfin dans les années 1970, sous des influences diverses, y compris de certains États musulmans, qu’émerge au grand jour le premier moment du jihadisme contemporain : des groupes aux appellations diverses, Groupes du jihad, Anathème et retraite, et bien d’autres, du Maghreb, à l’Égypte, au Moyen-Orient, à la Péninsule indienne, à l’Extrême-Orient prennent les armes pour en faire l’instrument privilégié d’action politique, afin de parvenir au pouvoir ou abattre les pouvoirs considérés « impies ». C’est un de ces groupes qui assassinera Sadate en octobre 1981, coupable d’avoir scellé la paix avec Israël. Mais c’est dans le monde chiite, que l’imam Khomeyni dirige un mouvement aux objectifs analogues, fondé sur une théorisation proprement chiite, celle du pouvoir légitime appartenant aux « savants «  islamiques ». Il parvient en 1979 à renverser le Chah d’Iran, dont le régime autoritaire et despotique avait déjà suscité un climat de révolte, et à conquérir le pouvoir. Le chiisme prenait ainsi de court le sunnisme jihadiste et devenait presque le modèle de référence à venir.

Un deuxième moment du jihadisme contemporain, émerge dans les années 1980-90, surtout lors de la guerre de résistance contre l’invasion soviétique en Afghanistan en 1979. Contre cette injuste et intolérable invasion se lèvent diverses forces de résistance. Parmi elles, celles qui combattent non seulement au nom d’une résistance nationale, mais également celles qui combattent au nom du jihad. On le sait, elles seront soutenues par les Etats-Unis dans la logique de le Guerre froide, mais également par le Pakistan et par l’Arabie saoudite, au nom d’une logique jihadiste. Ce moment voit apparaître un nouveau mot d’ordre, celui de l’internationalisation jihadiste : de partout et en particulier du monde arabe, mais également d’Europe et d’Asie, des jeunes affluent pour combattre et défendre le peuple afghan. Commence une professionnalisation du jihadisme et surgit la génération de l’internationalisme jihadiste. Il se déploiera ensuite en ex-Yougoslavie, en Iraq et après 2011 dans les Pays du Printemps arabe, partout dans le monde musulman. En Afghanistan, parmi les résistants, les forces jihadistes, celles des Talibans, prendront ensuite le pouvoir en 1996 et fonderont un Émirat islamique.

L’émirat afghan, de même que l’État islamique soudanais qui s’est créé entre-temps, abriteront le noyau qui va forger le troisième moment du jihadisme. L’Union soviétique, vaincue en Afghanistan, se désagrège en 1989. Le rival soviétique n’existe plus. Mais en Tchétchénie, c’est le rival étatique russe qu’il importe de combattre. L’ennemi structurel juif est toujours là, mais le combat contre lui est dans l’impasse. La stratégie jihadiste change alors d’objectif : il ne s’agit plus de mener un combat de résistance ou adressé contre les régimes musulmans impies, mais de frapper ce qui est estimé être le grand manœuvrier du monde, à savoir l’Occident dans son ensemble. C’est la théorie géopolitique jihadiste forgée, dans le sillage de Sayyed Qotb, par Oussama Ben Laden et ses compagnons , le Palestinien Cheykh Azzam et l’égyptien, ancien des groupes du jihad et ancien frère musulman, Ayman al Zawahiri. Ils fonderont al-Qaida, une organisation internationaliste qui se veut hiérarchisée autour d’un noyau dirigeant, auquel des groupes épars font allégeance, qui mène la lutte mondiale contre l’Occident. Il y parviendra en partie. Ce sera la troisième génération jihadiste. Les attentats du 11 septembre seront le point culminant de cette stratégie. Cette logique se prolongera dans les années 2000, malgré la force de frappe des USA et de leurs alliés, qui éjecteront les Talibans et al-Qaida de l’Afghanistan, les obligeant à chercher refuge dans les zones reculées du Pakistan, d’où d’ailleurs ils se préparent à revenir en Afghanistan ou iront essaimer ailleurs.

Mais les dislocations causées par la néfaste guerre d’Iraq, enclenchée par G.W.Bush et Tony Blair en 2003 et fondée sur des faux prétextes, à laquelle la France et la Belgique ont refusé de s’engager, et les dislocations engendrées par le Printemps arabe, permettront aux projets jihadistes de trouver de nouveaux espaces d’action. D’autant plus qu’à l’ancienne doctrine issue des Frères musulmans, se juxtapose une autre doctrine, celle issue du Wahhabisme saoudien, qui prend une appellation nouvelle, le salafisme, le retour aux fondements. Au sein de ce mouvement et de cette idéologie, comme ce fut le cas pour les Frères musulmans, une fraction, alimentée par ces doctrines, revivifie la lecture du jihad, qu’une interprétation littérale des textes et de l’histoire fondatrice rend d’autant plus facile. C’est le quatrième moment du jihadisme contemporain dans lequel nous baignons et auquel est confronté le monde musulman.

Ce rapide parcours historique permet de voir combien l’idéologie jihadiste s’est ancrée, en théorie et en pratique, dans l’histoire contemporaine du monde musulman. Et que dans ses cinquante années, plusieurs générations jihadistes se sont succédé, se sont enracinées, se sont professionnalisées. Récupérer ces années ne sera pas simple.

Deuxièmement, ce déploiement jihadiste a rencontré peu de réactions au sein même du monde musulman. Souvent le combat jihadiste était regardé avec sympathie, en en restant aux défis immédiats, sans voir les objectifs à long terme du jihadisme. Parfois le monde musulman, celui des responsables et des intellectuels, était tiraillé, mais il faut attendre les années 2000, entre ce qu’il considérait être le juste combat du jihadisme et des excès extrémistes de ces mêmes groupes.

 

Un changement doctrinal

Pendant toutes ces années, la doctrine même du jihad s’est modifiée par rapport à celle classique, ce qui permet de comprendre les mobilisations et les stratégies jihadistes contemporaines. En effet, dans l’histoire de l’islam, le combat pour Dieu avait été régulé. Une théorie du jihad légitime s’était développée. C’était l’autorité politique et religieuse qui devait proclamer le jihad et était la seule qui avait le droit de le faire. Le jihad était donc considéré comme un acte souverain d’un pouvoir et était un acte politique. La participation à ce combat était d’ailleurs liée à des conditions sociales en fonction des responsabilités sociales et des possibilités de chacun. C’est ainsi, par exemple, que les femmes n’avaient pas à s’engager au jihad.

Depuis les années 1970 plusieurs changements modifient la doctrine du jihad et sont à la base de ce qu’on constate aujourd’hui.

Le jihad : obligation coranique et acte métaphysique

En Égypte, dans les années 1979, un jeune leader, Abdeslam Faraj, théorise le fait que le jihad est une « obligation coranique », à l’instar des autres obligations cultuelles. Elle n’est donc plus un acte politique : il devient un acte métaphysique. Il parle ainsi de l’ « Obligation absente », celle que les musulmans ont oubliée, alors que c’est un devoir absolu. Le jihad change de registre ; toute la rhétorique actuelle de l’État islamique qui en appelle aux jeunes, se fonde sur cette idéologie de l’obligation absolue, du devoir moral.

Le jihad : un devoir individuel

Mais s’y ajoute une deuxième dimension : le cheykh Azzam, un Palestinien qui refuse toute négociation avec Israël et parti en Afghanistan organiser le jihad, en 1980, dans un texte intitulé « Rejoindre la caravane » qui sera vite traduit dans toutes les langues et diffusé sur le web, faisait du jihad un devoir individuel. Il ne faut pas attendre qu’un pouvoir proclame le jihad, c’est à tout un chacun que revient la responsabilité de partir au jihad. Le devoir et la proclamation du jihad s’individualise. Et c’est ainsi que des jeunes par petits groupes, se mobilisent, prêchent autour d’eux le devoir de partir et certains s’engagent dans un chemin qui amènent beaucoup à la mort, glorifiée comme martyre pour « la » juste cause.

Le jihad : une stratégie diffuse de combat et le chaos du salut

Et plus récemment, au milieu des années 2000, après la guerre lancée en Iraq par les Anglo-Américains et leurs alliés, deux leaders de la nouvelle génération jihadiste théorisent des aspects stratégiques nouveaux, que nous voyons se déployer sous nos yeux. Ce sont aussi des théories qui réagissent à l’échec de la stratégie centralisatrice d’Al Qaida.

Abu Musab Al Suri et Abu Bakf Naij développent deux axes stratégiques nouveaux. Pour al Suri, le jihad ne doit pas passer par une décision pyramidale, trop visible et trop fragile. Il doit se déployer par initiative individuelle partout, là où c’est possible. C’est la théorie du jihad diffus et généralisé. C’est ainsi qu’on frappe les journalistes de Charlie Hebdo ou le musée juif de Bruxelles. Si al-Qaida revendiquait les attentats du 11 septembre annonçant une bataille frontale, donc aboutissant tout compte fait à une guerre classique, maintenant l’État islamique annonce une intention générale dans laquelle s’inscrivent des initiatives individuelles.

Pour Naji, dans un volumineux ouvrage, développe l’idée qu’il importe engendrer ou accroître le chaos là où c’est possible, car le chaos est le prélude à la fin des temps, d’où pourra surgir un monde nouveau.

Les attentats du 13 novembre, tout comme les horreurs commises par des membres de l’État Islamique montrent la dérive possible des stratégies prônées par al Suri et par Abu Bakr Naji, car elles aboutissent à réaliser un combat totalement dépourvu de règles d’humanité minimales.

Le jihad et un ancrage mythique et réel à la fois au sein d’une histoire sacrée

La proclamation par Abou Bak al Baghdadi en avril 2013 d’un Califat, figure symbolique du pouvoir islamique sunnite, en pays de Cham, ce pays mythique en le Tigre et l’Euphrate, ajoute une composante nouvelle. Cette proclamation se préparée de longue date. Le chaos syro-iraquien la rendent possible. Le pays de Cham, conquis par les groupes jihadistes, est le pays d’où, selon le texte coranique, naîtra le jugement final. Ce lieu mythique annonce la fin des temps. Maintenant, l’internationalisme jihadiste, le jihadisme diffus ont un lieu symbolique de référence et peuvent s’inscrire dans une histoire sacrée. On entre en jihad pour faire advenir la fin des temps.

À côté de cet aspect mythique, le califat proclamé par Daesh est aussi l’expression d’un conflit de générations ; entre l’ancienne, celle d’Al Qaida, avec ses structures pyramidales et hiérarchisées et la nouvelle, celle des réseaux diffus, éphémères, évènementiels. La guerre frontale devient guerre avec des réseaux, mais non pas strictement structurées et coordonnés, mais diffus, occasionnels, contingents et portant convergents dans une idéologie commune. C’est ainsi que la destruction de Daesh que probablement adviendra, ne sera qu’un épisode d’une histoire en mouvement, l’histoire sacré de la lutte de Dieu contre les forces du mal, lutte à laquelle les jihadistes engagés participent. Daesh détruit en un lieu, il surgira en un autre. Ses leaders tués, d’autres monteront au créneau.

 

Le laborieux et long travail de sortie

C’est là que nous en sommes.

En sachant que depuis des décennies désormais, une partie de la jeunesse musulmane, s’est nourrie de l’évidence du discours jihadiste, de sa nécessité, du devoir pour les musulmans. Cette doctrine est une piqûre d’idéal, même illusoire, pour des jeunes désabusés. Cette doctrine sert entre autres d’exutoire moral pour certains jeunes qui tentent, par le biais jihadiste, d’effacer leur culpabilité ou de trouver un exutoire à leur perversion violente. Pour d’autres c’est l’illusion d’une doctrine qui semble mettre de l’ordre dans le monde.

Ces doctrines radicales se sont nourries de près ou de loin, de doctrines plus neutres, celles des Frères musulmans et des salafistes. Chacune à sa manière montre que le seul mode d’existence valable est celui régi par les normes de l’islam. Elles enferment ainsi les musulmans dans un devoir- être, difficilement compatible avec ce qui n’est pas musulman. Elles disqualifient la culture et les démocraties occidentales. Elles tendent à faire de l’Occident, cette entité devenue symbole de l’ennemi, le mal absolu, car il est supposé vouloir détruire le monde musulman. Propos idéologiques faciles qui sont les symptômes d’une incapacité des leaders et des intellectuels musulmans à vivre et à se positionner sereinement dans un monde qu’ils n’ont pas forgé, sans ressentiment, même s’ils en utilisent largement les technologies. Et dans un monde, mais alors, c’est une question plus anthropologique, qui sonne la fin des sociétés patriarcales classiques et qui voit les femmes en quête d’une émancipation. La vieille vision de la femme comme figure protégée par l’homme d’honneur pointe derrière des propos islamistes, salafistes et radical-jihadistes. Et parfois rassure les femmes elles-mêmes, qui se situent mal dans la compétition, y compris séductrice, souvent exaspérée à laquelle se livrent des femmes aujourd’hui

Ces doctrines jihadistes, enracinées au cœur même de la pensée musulmane, ont trouvé hélas peu de contre-discours au sein même du monde musulman ordinaire, de ses leaders et autorités religieuses. Même si des actes jihadistes ont été condamnés, les argumentaires contre l’action armée comme instrument politique et contre l’objectif de créer un État islamiquement fondée sont restés plutôt faibles. Parfois ce monde a contourné le problème. Il a eu tendance à dire que le jihadisme était causé par le monde occidental, discriminatoire à l’égard des musulmans, alors que les jihadistes issus de pays musulmans et agissant dans ces pays sont très nombreux. Ou bien, ils se sont évertués à dire que cela n’était pas de l’islam, alors que l’idéologie jihadiste était issue en droite ligne de doctrines ordinaires. Dans d’autres cas un discours musulmans classique et plutôt poussiéreux, malékite o hanéfite, répète des propos lénifiants disant que l’islam est paix. Certes, l’islam, ses textes et expériences fondateurs peuvent inspirer une attitude paix. Mais on peut y trouver également une source d’inspiration violente et guerrière. Et dans son histoire l’islam a été aussi un fait de violence, inscrit à la racine même de sa fondation. Ces discours ne donnent aucune réponse quant au fait de savoir comment être musulman aujourd’hui au sein d’un monde pluriel et au sein d’États déconfessionnalisés et de démocraties qui ne peuvent qu’être laïques si elles veulent garantir la liberté convictionnelle de tous. Ces discours lénifiants évitent ainsi de poser la question fondamentale de l’interprétation des textes fondateurs. Ces discours s’alignent souvent, explicitement ou implicitement, sur le salafisme qui lit les textes « au pied de la lettre » ou s’alignent sur le discours des Frères musulmans dont le but est moins la spiritualité et la foi que celui d’attester l’islam, ses institutions dans l’espace publique et politique.

Jusqu’à quand les leaders du monde musulman ne feront pas de nouvelles démarches interprétatives et n’auront pas le courage d’assumer à fond une critique de leur propre pensée, toute lutte contre la radicalisation au sein de l’islam restera vaine.

Une révision est nécessaire.

Mais du côté du monde occidental, une grosse révision devra également avoir lieu. Celle plus conjoncturelle concernant les choix politiques faits dans le passé, les vagues excuses de Tony Blair ne suffisent pas comme critique politique.

Et une critique devra être faite concernant la mondialisation véhiculée par la puissance de la finance, de l’innovation technologique et du marketing, qui déferle et s’impose partout en imposant partout le règne, la culture et les valeurs de la marchandisation du monde. Cette mondialisation marchande déferlante, détruit en même temps la légitimité du politique, celle des États nationaux, de leur rôle équlibrateur et distributeur. Indirectement il détruit la démocratie elle-même. On bien la mondialisation cantonne la légitimité du politique à l’usage légitime de la violence en laissant aux marchés de régler tous les autres questions de la vie commune.

A cet égard, et pour paradoxal que cela puisse paraître, les forces de la mondialisation et les forces du jihadisme tiennent en pratique le même discours : les démocraties et les Etats-nation ne sont pas légitimes. Mais qui, avec quelles perspectives concrètes s’avancera dans une autre voie ?