Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

A propos de la Déclaration de Bruxelles de « Convergences musulmanes de Belgique contre la radicalisation et pour la citoyenneté » du 22 janvier 2015

Felice Dassetto

9 février 2015

J’ai écrit ce texte vers le 26 janvier. Je l’avais écrit, car j’avais entendu et lu dans les médias l’annonce de la Déclaration de Bruxelles et l’enthousiasme avec lequel on en parlait. Mais certaines interventions de porte-parole du groupe signataire, ont attiré mon attention et c’est ainsi que j’ai été amené à lire le texte en entier… et à envisager de le commenter car l’une ou l’autre aspect me posait question. J’en ai fait une analyse de contenu[1].

J’ai hésité à publier cette analyse. Je l’ai laissée décanter. Mais je me décide à le publier quand même, en espérant un débat entre citoyens, car derrière cette déclaration, il est bien question de citoyenneté. Pour ma part, il est également question d’interroger les visions, les repères idéologiques et identitaires d’une partie de la population musulmane qui veut s’affirmer dans un rôle de leadership. Un long cheminement reste à faire.

Je publie en annexe à mon écrit, le texte complet de la Déclaration que j’analyse.

 

Un groupe important d’associations et de citoyens et citoyennes de confession musulmane a publié une déclaration « contre la radicalisation et pour la citoyenneté », largement diffusée par les médias écrits et télévisuels.

C’est un fait remarquable qui mérite d’être souligné et qui est à l’honneur de celles et ceux qui ont œuvré à rassembler un nombre si important d’associations et personnes. Elles ne couvrent pas l’ensemble du spectre des sensibilités et des courants musulmans, mais c’est déjà une « convergence » assez grande, allant de mouvements de ce qu’on appelle la « droite religieuse turque » ou de sensibilité salafiste ou Frères musulmans jusqu’à des personnalités réformistes de l’islam, en passant par des associations œuvrant dans le social.

Devant cette ample convergence de sensibilités différentes, le contenu de cette déclaration mérite attention pour comprendre sur quelle base cette convergence a été faite.

1.Eléments contextuels

Tout d’abord, je voudrais rappeler quelques antécédents contextuels

Cette déclaration est née à la suite des évènements tragiques des attentats à caractère terroriste de Paris, commis par des personnes se réclamant de l’islam, revendiqués à distance par des groupes terroristes tels que Daesh. Pour ce qui est de la Belgique, ces actes venaient quelques mois après l’attentat au musée juif de Bruxelles. Ils sont suivis par la mise à jour de l’existence de noyaux terroristes issus des mêmes racines religieuses et idéologiques, se préparant à commettre des actes terroristes en Belgique. Ces actes de radicalisation s’inscrivent dans le prolongement du départ de jeunes qui se sont radicalisés au sein du contexte musulman belge, français, etc. et qui sont partis combattre guidés par l’idéologie djihadiste qui vise à la fois les réalités locales moyen orientales mais également les réalités occidentales, entre autres belges et européennes.

Cette situation est à situer dans une temporalité longue, qui dure depuis presque quarante ans, et qui voit l’orientation de fractions du monde musulman vers le combat armé. Combat armé interne aux sociétés musulmanes dans le but d’instaurer un régime fondé sur la loi positive islamique ; ou combat externe vers le monde non-musulman accusé d’être complice des régimes en place dans le monde musulman et de participer ainsi à la résistance face à l’avènement d’Etats islamiques, ou d’être complice d’Israël. Le dernier épisode éclatant étant les attentats du 11 septembre 2001 orchestré par Al Qaida, suivi des attentats de Madrid et de Londres... La Belgique a également eu à connaître ces réalités : depuis Chabiba Islamyya, au GIA, aux noyaux de Maroufi, aux départs en Afghanistan….. et les réalités récentes dont l’attentat au Musée juif de Bruxelles.

Jusqu’à une époque récente, disons au milieu des années 2000, le monde musulman européen, via ses leaders, a été plutôt réservé, ne sachant pas bien comment se situer face à ces évènements, tant du point de vue de la stratégie globale des groupes du jihad, que vis-à-vis des personnes et des actes.

Dans ce contexte, en Belgique au moins, mais également parmi les leaders politiques et d’opinion sensés, les expressions publiques qui se sont manifestées, certainement depuis le 11 septembre, ont veillé à faire la distinction entre ces actes terroristes et indignes et le vécu des musulmans religieux. Je n’ai pas le souvenir d’un organe officiel de presse ou d’un homme ou d’une femme politique sensés ou de leaders d’opinion sensés qui ont fait un amalgame, donc une généralisation, entre ces actes terroristes et les citoyens belges religieux de confession musulmane. Certes, il y a eu des réactions dans la population souvent perplexes, inquiètes. Ce qui me semble plutôt normal compte tenu des événements. Certes les médias ont focalisé certains aspects, comme c’est dans la logique et parfois les distorsions générales des médias pour tout évènement dramatique.

Il y a eu également quelques actes manifestes d’hostilité, mais peu tout compte fait ; ces expressions d’hostilité ne doivent pas être sous-estimés car ce genre d’actes doit être condamné et réprimé, même s’il s’agit d’actes isolés. Il y a eu des actes venant de leaders d’extrême droite, mais qu’il me semble plus efficace de renvoyer dans l’insignifiance. La blogosphère a connu, selon les logiques propres de cet outil de communication, issu de ce qu’on a pris l’habitude de continuer à les appeler des « réseaux sociaux », mais qui aboutissent à des pratiques a-sociales et qui deviennent des réseaux a-sociaux, dans tous les domaines, et à des propos d’hostilité et de haine. La question étant de savoir quel poids donner à ces propos : pour celles et ceux qui vivent dans le monde de la blogosphère on peut bien penser qu’ils considèrent qu’il y a une déferlante d’hostilité généralisée. Comme ceux qui vivent dans ce monde et regardent les Facebook et Youtube jihadistes, pensent que le monde musulman en entier verse dans le jihadisme. Mais le monde de la blogosphère n’est pas le monde réel, même s’il en fait partie et même s’il contribue à en engendrer le meilleur mais également le pire. Globalement, il me semble qu’on peut dire que malgré le caractère récurrent long du radicalisme issu et nourri au sein du monde musulman contemporain, le monde du leadership politique et culturel, le monde politique, celui des institutions publiques (école en premier) n’ont pas transféré l’indignation et la réprobation à l’égard des actions terroristes vers les musulmans en général vivant en Belgique. De même dans les pays européens. Ceci dit, il ne faut pas ignorer l’impact négatif de certains titres ou couvertures de presse, en raison de cette calamité de la presse que sont les « titreurs » ou ceux qui réalisent des pages de couverture dont le but est de vendre la marchandise. C’est le côté sombre du marché de la presse. Il y aussi parfois des dérapages verbaux passagers de certains politiques ou des débats agités et quelque peu gesticulants sur des mesures à prendre, comme ceux en cours et sur le coup de l’émotion et de la nécessité de montrer à l’électeur que l’on fait quelque chose.  

Le vécu des musulmans, jeunes et moins jeunes, a été en partie un autre. Souvent ils ont exprimé le fait d’être stigmatisés et mis dans le même sac que les terroristes. Ce qui dans les faits ne correspond pas à une réalité, à l’exception des extrémistes contre l’islam qui s’expriment. Mais on dirait que, comme souvent dans la vie sociale, on existe en se créant un ennemi et, en l’occurrence, des Musulmans semblent se construire un ennemi en faisant l’amalgame entre des discours extrémistes et des positions ordinaires, même si formulées de manière inquiète.

Il faudrait comprendre d’où vient ce sentiment. On peut le comprendre chez des jeunes, entre autre ceux qui étaient entre l’adolescence et le jeune âge adulte dans les années qui ont suivi l’évènement tragique retentissant après le 11/9. On leur posait des questions auxquelles ils ne savaient pas répondre. D’autant plus que les leaders d’opinion musulmans, individuels ou des groupes, ceux qui dominaient la scène à l’époque, et souvent encore aujourd’hui, ne savaient pas tous se positionner. Même si certains, parfois nombreux, condamnaient formellement certaines actions djihadistes, ils manquaient le plus souvent d’outils d’analyse politique et morale des idéologies djihadistes ; ou bien, certains, on les a encore entendu récemment, conduisaient une analyse incertaine, en partie affabulatrice, parlant d’un complot de l’Occident contre l’islam ; ou produisaient des affirmations creuses se limitant à dire que « cela n’est pas l’islam », alors que ces discours radicaux sont issus du monde musulman lui-même, même s’ils sont tenus par des enfants considérés illégitimes.

Dans le fond de ce vécu il y a aussi la question du foulard islamique. Cela est devenu une obligation religieuse impulsée par les courants islamiques qui ont dominé la scène de l’islam belge et européen depuis les années 1985-95: les Milli Görüs, les Tablighs, les Frères musulmans, puis le renforcement de l’obligation par les Salafistes. D’obligation religieuse, à travers ces mêmes courants et d’autres facteurs, le port du foulard est devenu une composante d’une idéologie identitaire et identitariste. Toujours est-il que cette question, et notamment le débat autour du port du foulard à l’école ou dans la fonction publique, est devenu un instrument idéologique majeur, véhiculé par certains acteurs, leaders ou groupes, pour se définir comme mal acceptés. Malheureusement cette question n’a jamais fait l’objet d’un véritable débat ouvert, approfondi, respectueux, à l’écoute réciproque des raisons et des arguments des uns et des autres et reste un caillou dans la chaussure du devenir musulman au sein de la société belge.

Ceci dit, voyons comment s’exprime l’opinion de ces nombreux citoyens belges de confession musulmane dans cette Déclaration de Bruxelles.

2. La Déclaration de Bruxelles: analyse de contenu

La Déclaration fait au total 948 mots, équivalent d’un peu plus de deux pages A4.

A propos des attentats de Paris

Le texte de la Déclaration ne qualifie par les actes contre les journalistes de Charlie Hebdo ou contre la supérette casher : il se limite à parler de « tragique événement ». Il ne parle pas de terrorisme et n’utilise pas de qualificatifs moraux : acte ignoble, inacceptable etc.

Les personnes qui ont commis ces actes ne sont pas non plus qualifiées sur le plan moral.

On parle, ou on fait référence, aux actes terroristes de Paris dans un passage au début de la Déclaration en s’exprimant dans ces termes :

« Ces dernières semaines, les tragiques événements commis par une poignée d’individus au nom de l’islam ont mis en danger - comme jamais auparavant - l’avenir de notre présence paisible et durable ainsi que celle de nos enfants en ce pays qui a vu naître la plupart d’entre nous et dont nous sommes toutes et tous de fier-e-s citoyen-ne-s ».

Ce passage (60 mots) constitue la seule référence concrète et explicite aux évènements qui sont en amont de cette Déclaration.

Les personnes qui ont commis ces actes sont désignées comme « une poignée d’individus » et l’objet de leur acte n’est pas désigné par le fait que 17 personnes ont été tuées, mais par le fait que ces actes « ont mis en danger –comme jamais auparavant- l’avenir de notre présence etc.».
Deux observations.
Tout d’abord, ce regard centré sur le groupe musulman, sur les conséquences imaginées pour les musulmans, me semble révélateur d’un point de vue fort « musulmanocentrique », à partir duquel les signataires se situent dans le contexte où ils habitent. Le reste du texte confirme cela. A noter toutefois que certaines associations ou personnes signataires du Manifeste avaient mobilisé en faveur de la manifestation citoyenne après les attentats.
Deuxièmement : la question serait de se demander si cette phrase ne résulte pas du minimum de consensus possible entre des signataires d’horizons forts différents, tout comme si elle ne résulte pas de l’incertitude qui persiste dans l’analyse des groupes djihadistes, et ce, non pas en général et in abstracto (ce que les signataires font), mais par rapport à la communauté musulmane réelle, française, belge, européenne, on pourrait ajouter de Verviers, de Vilvoorde etc.

A propos du radicalisme musulman

En plus que le passage précédent, la Déclaration contient un autre passage dans lequel les signataires se positionnent sur la question du radicalisme en général.

« Nous souhaitons œuvrer ensemble pour lutter sans concession contre certaines lectures faisant l’apologie de la violence et les idéologies totalitaires qui détournent nos textes sacrés de leurs finalités pacifistes, de la préservation de la vie, de l’intérêt général, du bien commun et de la justice. »

Ce texte fait 47 mots. Avec le passage cité au point précédent cela fait 107 mots sur 948 au total, qui font référence aux actes concrets qui se sont déroulés et qui concernent la société musulmane européenne. Il me semble de pouvoir conclure que la question de la désignation de la qualité des actes et des responsables de ceux-ci était le point de départ de la déclaration, mais non pas l’objet principal. Ce qui pourrait se comprendre compte tenu du titre : lutte contre la radicalisation et pour la citoyenneté. Mais un positionnement plus clair sur les actes et les personnes manque surtout dans un texte qui est une première sortie de communication et de positionnement d’un collectif.

Voyons donc en quoi consiste cette lutte contre la radicalisation et pour la citoyenneté.

Lutte des signataires contre la radicalisation

Immédiatement après le passage que l’on vient de citer, le texte dit :

Nous nous engageons également à travailler dans la transparence et le respect mutuel, à combattre sans réserve tout discours haineux, discriminant, violent à l’encontre de toute autre communauté, minorité ou groupe – sur quelques bases que ce soit (ethnique, sexuelle, religieuse, orientation sexuelle, âge, origine sociale, handicap).

Ce passage élargit le champ. Ce n’est plus la radicalisation de jeunes musulmans : c’est en général de « tout discours haineux, discriminant etc. ». On passe donc de l’acte spécifique des attentats de Paris vers une affirmation générale d’ouvrer à l’encontre de tout acte radical; on peut supposer que l’on vise des actes antisémites, homophobes apparus à l’intérieur de la population musulmane, mais également des actes que l’on considère adressés contre la communauté musulmane.

Une autre affirmation de principe dit : Notre objectif commun est de réfléchir sur le mieux vivre-ensemble mais aussi de promouvoir un islam généreux qui nourrit harmonieusement l’ensemble de la société, dans toute sa diversité et sa complexité, qui contribue activement à la cohésion sociale et à la construction d’une société interculturelle inclusive, fondée sur la justice sociale, l’égalité dans la pratique et le respect de chacun-e dans sa complexité.

Cette affirmation positive souligne la volonté de promouvoir un « islam généreux » : il s’agirait de savoir en quoi consiste cet « islam généreux », compte tenu du large spectre des sensibilités, des discours et des pratiques musulmanes parmi les signataires. Le texte laisserait entendre que ce nourrisement harmonieux ne résulterait pas tellement du fait d’individus (en l’occurrence musulmans) qui s’engagent dans la société en tant qu’individus, mais dans le fait d’un collectif qui se construit dans la diversité au sein d’une société qui, dit la Déclaration, devrait se construire selon une vision « interculturelle inclusive ».

Cette notion de société inclusive provient du débat français repris en Belgique, structuré autour de l’idée d’une « laïcité exclusive » versus une « laïcité inclusive ». Ce débat s’est développé dans le contexte de la controverse relative à l’interdiction du foulard dans les écoles. Selon ce débat, la laïcité exclusive serait celle qui interdit le port du foulard, notamment dans les écoles, tandis qu’une laïcité inclusive serait celle qui l’autorise. Il me semble toutefois que cette distinction fondée sur le couple inclusif/exclusif pourrait être renversée en disant que l’interdiction du foulard est en faveur d’une inclusion au profit de la promotion de l’égalité, alors que la revendication et l’autorisation du port du foulard, fige de facto, marque et amplifie des différences et devient un facteur d’exclusion. Est-ce que l’acceptation d’une demande est signe d’inclusion ? Ce que j’avais vu au Royaume uni, à Birmigham lorsque j’y avait fait un séjour de recherche, me donnait à penser que l’acceptation totale de la différence, celle souvent évoquée comme une démarche positive et un signe par excellence d’une société inclusive, était en fait un moyen de préserver intacte la « british way of life » de la classe dirigeante et des « vrais » britanniques, ce qui est d’ailleurs, me semble-t-il, une ancienne histoire de ce pays à l’égard de sa propre classe ouvrière. Les policières musulmanes peuvent bien porter le foulard et les Sikhs leur turban, mais sont-ils/elles pourtant inclus dans la société britannique ? Voire : ce foulard et ce turban ne sont-ils pas des canaux qui marquent des différences et qui renvoient les gens à leur ethnicité, à leurs quartiers ? Je me posais et je me pose la question.

En ce qui concerne l’action que les signataires dessinent, il s’agit pour eux de lutter contre le radicalisme suivant les axes suivants :

a)- l’élaboration d’une compréhension commune de l’islam à long terme qui permettra aux musulmans de vivre leur foi de manière apaisée en Belgique, en bonne intelligence avec l’ensemble de leurs concitoyens, dans le respect mutuel et l’entente cordiale ;
b)- l’éducation dans la paix et la promotion d’une raison critique afin d’offrir aux jeunes les ressources nécessaires pour se construire en toute autonomie et loin des discours de rupture et de haine - en renforçant notamment le dialogue parents-enfants ;
c)- la lutte efficace contre les discriminations, les stigmatisations et les inégalités sociales dans notre pays qui accroissent les tensions et les méfiances entre les citoyens ;
d)- la valorisation de la contribution musulmane en Europe et en Belgique, montrant aux jeunes générations que le patrimoine musulman est constitutif de leur vécu aujourd’hui, en Belgique, en 2015, afin de rompre définitivement avec les théories du choc des civilisations.

Au sujet de ces quatre axes, je voudrais faire les remarques suivantes (les lettres a),b,)c),d), sont ajoutées par moi) :

a. Il serait intéressant de savoir ce à quoi « compréhension commune de l'islam à long terme » fait référence. Une première lecture pourrait donner à penser qu'il s'agit d'une compréhension commune parmi les organisations signataires de la Déclaration. Mais à la lecture du chapeau de ces quatre points laisser penser un peu différemment : « Pour ce faire, nous avons décidé de commun accord, à partir de nos expériences, nos expertises, nos savoir-faire, nos points de vue respectifs, sans renier notre identité propre dans notre diversité, d'œuvrer, en collaboration et en partenariat avec toutes les composantes démocratiques de notre fabrique sociale nationale, autour de quatre axes principaux ». Donc on parle   « d'œuvrer en collaboration...». Ce qui donne à penser que la « compréhension commune » est entendue au sens d'une compréhension commune entre les signataires et les composantes démocratiques etc.. Si tel est le sens, il apparait dès lors que les signataires semblent avoir, entre eux, malgré les profondes divergences de pensée, une « compréhension commune de leur devenir à long terme ». A moins que leur compréhension commune se situe sur un autre plan que celui auquel je fais référence. Nous y reviendrons.A côté de cette « compréhension commune de l’islam à long terme » il y aurait également de s’interroger sur une compréhension commune de la société à long terme, là où les musulmans vivent. Le jihadisme qui émerge au sein du monde musulman inscrit dans cette société, montre qu’il n’y a pas de compréhension commune, parmi les musulmans eux-mêmes, de ce qu’est cette société.

b.Ce point concerne directement les associations signataires et entend se démarquer de manière nette de tout discours « de rupture et de haine ». C’est certainement un message positif qui est énoncé ici, je dirais celui qui engage le plus les signataires.

c. Ce point part du présupposé qu'il y a des discriminations spécifiques à l' égard des musulmans et que celles-ci sont cause de tensions. La Déclaration n'élargit pas le regard et n'adopte qu'un point de vue intramusulman : aujourd'hui les inégalités sociales sont bien plus larges et ne concernent pas les seuls musulmans. Donc c'est moins en tant que citoyens qui participent dans un ensemble social dont la Déclaration parle qu'en tant que collectif musulman qui pose des revendications au nom des musulmans.

d. Ce point affirme la « contribution musulmane en Europe et en Belgique » suivant l’argument souvent entendu, disant que les musulmans ont contribué au bien-être de la Belgique. Deux remarques : le fait de dire que « les musulmans ont contribué » montre le regard identitaire des signataires : en fait ce ne sont pas « les musulmans » qui ont contribué, mais des travailleurs qui, comme tout le monde, ont fait leur travail. Et toutes ces personnes n’ont pas contribué de manière altruiste à la société belge, elles ne sont pas les bienfaitrices de la Belgique : elles ont avant tout choisi de venir en Belgique pour gagner un salaire afin de vivre elles-mêmes et leur famille. Les travailleurs marocains, turcs, ni plus ni moins que ceux italiens, polonais, ni plus ni moins que les belges, travaillent pour gagner de l’argent pour eux et leurs familles. Evidemment, ce faisant, tout le monde, participe en travaillant d’abord à l’entreprise qui l’embauche et ensuite, via les taxes, au bien-être général. Bien-être général dont chacun bénéficie à son tour via la sécurité sociale, les écoles et via le deuxième filet de la sécurité sociale qu’est l’assistance sociale.

La Déclaration parle ensuite de la « contribution des musulmans » : ce propos inviterait à faire un bilan économique des immigrations en général, et de celles marocaine et turque en particulier : si on faisait ce bilan, saurait-on à l’avance de quel côté pencherait la balance ?

Ces discours relatifs aux contributions musulmanes ou marocaines au bien-être du pays on les a entendus pour d’autres migrations, mais on l’a entendu notamment à partir des quarante ans d’immigration marocaine en Belgique, véhiculé par des acteurs socio-ethniques de l’immigration.

La Déclaration fait ensuite le lien avec le « choc des civilisations ». Sait-on de quoi on parle exactement en évoquant les « théories du choc des civilisations ». En effet, on fait référence à Samuel Huntington (on devrait alors parler de « la » théorie), au sujet duquel il faudrait alors aller au-delà des titres médiatiques et lire ce que Huntington a écrit. Samuel Huntington, républicain, en faveur d’un repli américain comme souvent dans une certaine droite américaine, dans son ouvrage, avertissait en fait les Américains que s’ils continuaient à vouloir s’imposer comme puissance culturelle, économique, politique mondiale, ils auraient été la cause d’un « choc de civilisation ». Ce qui est juste l’inverse de ce qu’on fait dire à cet ouvrage, qu’en général n’a pas été lu[2]. Quoi qu’il en soit, personne de sensé en Europe (je dis bien, en Europe, là où nous vivons) ne parle de « choc de civilisation », même si l’action de pays européens produit d’autres types de chocs : économiques, culturels. Si quelqu’un parle et pratique un choc de civilisation aujourd’hui, ce sont des groupes issus du monde musulman comme Al Qaida, Daesh, Boko Haram, et des idéologues comme Anwar al Alwaki et d’autres. De ce choc-là, la Déclaration ne parle pas, même si ces discours, ces idéologues-là, de près ou de loin, sont en amont de la radicalisation d’une partie de la jeunesse musulmane ici en Europe. Et c’est contre ces artisans-là du choc des civilisations que les musulmans européens et belges auraient avantages à se mobiliser, à contrecarrer les discours, non pas avec des arguments génériques en disant que ce ne sont pas des vrais musulmans, mais avec une analyse et un enseignement sur les racines lointaines et proches de ces discours, issu de courants de pensée, d’une interprétation de textes fondateurs. Hélas, ces gens-là sont aussi des musulmans.

En conclusion, la Déclaration en appelle à « l’ensemble des acteurs investis dans les secteurs de la jeunesse, de la culture, de la prévention, des médias - dont le rôle dans la déconstruction des préjugés est essentiel - et du dialogue interculturel à soutenir toute initiative favorisant le respect mutuel et l’entre-connaissance. Seules nos actions communes permettront de transcender les différences pour agir pour le bien commun. ». Si je lis bien, on parle des acteurs non musulmans et si on parle des préjugés, on ne dit pas « préjugés réciproques » ; apparemment les auteurs de la déclaration ne pensent pas qu’au sein de la communauté musulmane et de leurs propres associations, il y a également des préjugés qui empêchent d’agir pour le bien commun.

Au-delà de la lutte contre la radicalisation : les revendications institutionnelles

Une partie importante du texte (322 mots) est un appel aux représentants politiques afin qu’ils entreprennent un volet de 8 actions que je regrouperais ainsi :

-        Financer davantage le culte et les institutions musulmanes, afin qu’il y ait une possibilité de pratiquer dignement de notre pays etc. : un bilan de l’institutionnalisation de l’islam dans son ensemble, des demandes musulmanes, des dépenses publiques serait à faire. Vraiment, les centaines de mosquées et leur financement, les 700 enseignants de religion islamique financés par les pouvoirs publics, les interventions financières des pouvoirs publics pour la célébration de l’Aïd, la liberté même de vivre sa religion en Belgique et en Europe ne sont pas autant de « possibilité de pratiquer dignement » ? Le tout obtenu en quelques dizaines d’années, au nom même de ce principe de liberté religieuse si important parmi les valeurs des pays européens. J’ai entendu à la RTBF, cité par Eddy Cackelbergs, les propos d’un signataire de la déclaration qui disait : « Pour les Belges, un bon musulman est un musulman qui disparaît ». Si tel est le propos tenu, et je n’ai pas de raisons d’en douter, jusqu’à preuve du contraire, compte tenu du sérieux de ce journaliste, je me demande comment et sur quels faits concrets peut-on tenir un tel propos. Si ce n’est pas une boutade, c’est alors révélateur ou d’une construction de frustrations qui mériterait d’être expliquée ou de la construction d’un tel niveau d’attentes sociales que, certainement, posent des questions à une vie commune.

-        Action de concert entre police et associations musulmanes pour agir contre le terrorisme : je présume que la police ne demanderait pas mieux, tout en me demandant, ce que ces associations ou individus peuvent faire en concert avec la police. Par contre, ces associations peuvent faire beaucoup par un retour réflexif et un changement de leur propre discours et de leur propre action.

-        « Développer un véritable récit collectif national dans lequel la composante musulmane est partie prenante afin de mettre en lumière des parcours de « héros » musulmans de Belgique auxquels les jeunes peuvent s’identifier » : cette demande qui n’a d’équivalent dans aucune migration, laisse apparaitre deux choses. D’une part, le grand besoin de reconnaissance, qui peut paraître excessif aux yeux de ce que tout le monde fait et vit dans une société : les italiens, les espagnols pourraient demander un récit national ; les habitants du Brabant wallon un récit national en raison de leur apport à l’économie du pays etc, etc. Oui tout le monde participe, avant tout comme individus à la vie économique, politique, sociale d’un pays. Nous sommes tous les héros et les bénéficiaires de la vie d’un pays. Comme individus. Ce qui nous amène au deuxième aspect : le raisonnement en termes de collectif : dans ce passage de la Déclaration, il s’agit de faire valoir « la composante musulmane » comme collectif.

Cette perspective me semble s’inscrire dans l’idéologie qui anime de multiples acteurs, instances, pays au niveau géopolitique et qui consiste à affirmer l’islam comme collectif (création par exemple de l’Organisation de la conférence islamique et des autres instances sous égide saoudienne, ou la vision géopolitique du nationalisme étatique de la Turquie). En ce qui nous concerne c’est inscrire la composante musulmane dans l’ensemble citoyen. Ce qui pose sur le tapis de la citoyenneté contemporaine des fameuses questions. Je préciserazit en conclusion quelques aspects.

-        Lutter contre les discours et pratiques extrêmes. Bien qu’énoncé au pluriel, bien qu’évoqué en termes généraux, la Déclaration désigne uniquement l’islamophobie, donc l’action des autres à l’égard des musulmans. Elle n’invite pas les hommes politiques à lutter contre l’islamophobie et contre l’antisémitisme qui pourtant nourrit pas mal de discours au sein de la « composante musulmane ». On pourrait aussi parler également de l’antidémocratie, de l’antioccidentalisme.

-        Et enfin, la déclaration demande de « rompre avec le silence et l’impunité sur de nombreux conflits au niveau international ». Je suppose que le texte fait référence au conflit israelo-palestinien. Je ne sais pas à quoi il est fait référence par ailleurs, puisqu’on parle au pluriel. J’ai évoqué de la question du rôle du conflit israélo-palestinien dans un texte sur l’intégration publié dans ce blog : oui, ce conflit qui n’en finit pas, où selon moi les deux partie portent une responsabilité, est une lourde épine au pied.

 

3. En guise de conclusion

-        - Cette Déclaration est certainement importante car elle voit plusieurs associations et des personnalités s’associer dans une affirmation de rupture contre les actes et discours radicaux et affirme la volonté de promouvoir un discours de paix. Elle est importante également car elle affiche clairement son adhésion à la Belgique.

-        - Les actes radicaux, les terroristes sont à peine nommés. Les acteurs sont dits extérieurs à la communauté musulmane. C’est comme si on ne voulait ou on ne pouvait pas voir où le bât blesse à l’intérieur même de cette communauté, de telle sorte qu’il n’y a aucune référence critique sur elle-même et sur le fait que la radicalisation, entre autres des jeunes, pourrait avoir de sources ou au moins un terreau favorable à l’intérieur même du monde religieux musulman belge, européen. Apparemment le contenu de l’interpellation directe de A. Bidar avec sa lettre ouverte aux musulmans, ou celles de Tareq Oubrou lors de ces prêches à Bordeaux ne sont pas partagée ou ne sont pas prises en compte par la Déclaration.

-        - La Déclaration semble renvoyer avant tout la responsabilité du radicalisme du côté de la société belge : discrimination, islamophobie, manque d’emploi, manque de moyens institutionnels pour le culte et les associations… Elle ne me semble pas vouloir, ou pouvoir, se regarder en face.

-        - La Déclaration laisse entrevoir un point de vue intracommunautaire et d’affirmation communautaire. C’est un propos qui rejoint une approche multiculturaliste, assortie d’une revendication politique identitaire.

-        - Cette déclaration me semble caractéristique de l’idéologie, des discours dont on se nourrit et partir desquels s’est construite une jeunesse intellectuelle de deuxième génération, à partir de la moitié-fin des années 1990. En cause : des visions des Salaf et des Frères musulmans, assorties d’un multiculturalisme ambiant qui ont engendré un discours qui ne parvient pas à se départir d’un musulmano-centrisme : leur vision de la citoyenneté consiste non pas tant en une participation d’individus citoyens à la vie de la cité, mais avant tout dans la constitution d’une vision de la « composante musulmane » de la société dans son ensemble. Composante revendicatrice de plus de reconnaissance et de moyens en tant que « composante musulmane ». C’est aussi la posture d’un groupe que, depuis trente ans vit dans une mono-socialisation intra musulmane, souvent s’affirmant différente, voire hostile, au reste de la société. Certes l’école, l’université, tentent d’ouvrir à d’autres horizons, mais c’est comme si la socialisation culturelles et sociales intramusulmane et intraethnique prévalaient sur les autres socialisations.

-        - A regarder de plus près, il me semble que cette affirmation identitaire est en ligne directe avec une vision de type Frères musulmans où le religieux devient un instrument du politico-social. Ce serait à réfléchir. Je veux dire qu’elle découle d’une vision du religieux qui se traduit immédiatement en vision sociopolitique du religieux qui aboutit à la quête de construire un groupe religieux non seulement comme groupe de foi et de culte, mais comme groupe social et politique. La citoyenneté est donc une citoyenneté non pas d’individus mais de la « composante musulmane ». Au moment où les piliers historiques belges tendent à se diluer, à être d'abord des piliers politiques-sociaiaux et, ensuite, plus ou moins de loin, des piliers religieux, la vision qui se dégage de la Déclaration me semble juste le contraire: d'abord un bloc religieux qui se positionne, avant tout sous l'angle religieux-cultuel, sur la scène sociale et politique. Ce qui ramène la Belgique à une centaine d'année en arrière: on se veut citoyen, mais on se veut en tant que pilier. Pilier d'ailleurs,qui ne veut pas voir que dans la musique qui se joue dans l’islam mondial, peut paraître plutôt inquiétant aux yeux des autres concitoyens.

-        En dernier point je voudrais ajouter que ce texte est dicté peut-être par la crainte, commune à beaucoup de familles musulmanes, de voir leur cheminement et celui de leurs enfants dans ce pays et les relations de confiance entre citoyens, indispensables sur des questions de fonds, minées par de tels actes radicaux et terroristes. Je pense que, entre gens sensées, ces relations de confiance ne sont pas détruites. Les Musulmans n’ont pas à se créer des peurs inutiles. Ils me semblent avoir également avantage à se dégager de certaines idéologies socio-religieuses et de formes d’expression religieuse – je ne dis pas de leur foi et de son expression légitime- propagées depuis quelques décennies qui les mènent dans des voies sans issues, comme elles mènent dans l’impasse les sociétés à majorité musulmane.Mais cela, c’est ce que les Musulmans voudront faire.

 

Annexe

Convergences musulmanes de Belgique contre la radicalisation et pour la citoyenneté

Déclaration de Bruxelles – 22 janvier 2015

Nous, citoyen-ne-s de confession musulmane, acteurs associatifs de terrain, éducateurs, artistes, enseignants et/ou académiciens, responsables religieux, imams, représentants de mosquées ou d’associations, représentants de communautés islamiques locales, représentants d’œuvres ou de fondations caritatives, de toutes appartenances à l’islam, de toutes tendances et écoles juridiques, de toutes origines ethniques, culturelles et linguistiques, de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie, de toutes générations, femmes et hommes, sommes réunis en ce jeudi 22 janvier 2015 pour prendre acte de la situation dramatique de l’actualité vécue par les communautés musulmanes de Belgique.

Ces dernières semaines, les tragiques événements commis par une poignée d’individus au nom de l’islam ont mis en danger - comme jamais auparavant - l’avenir de notre présence paisible et durable ainsi que celle de nos enfants en ce pays qui a vu naître la plupart d’entre nous et dont nous sommes toutes et tous de fier-e-s citoyen-ne-s.

Notre objectif commun est de réfléchir sur le mieux vivre-ensemble mais aussi de promouvoir un islam généreux qui nourrit harmonieusement l’ensemble de la société, dans toute sa diversité et sa complexité, qui contribue activement à la cohésion sociale et à la construction d’une société interculturelle inclusive, fondée sur la justice sociale, l’égalité dans la pratique et le respect de chacun-e dans sa complexité.

Pour ce faire, nous avons décidé de commun accord, à partir de nos expériences, nos expertises, nos savoir-faire, nos points de vue respectifs, sans renier notre identité propre dans notre diversité, d’œuvrer, en collaboration et en partenariat avec toutes les composantes démocratiques de notre fabrique sociale nationale, autour de quatre axes principaux :

- l’élaboration d’une compréhension commune de l’islam à long terme qui permettra aux musulmans de vivre leur foi de manière apaisée en Belgique, en bonne intelligence avec l’ensemble de leurs concitoyens, dans le respect mutuel et l’entente cordiale ;

- l’éducation dans la paix et la promotion d’une raison critique afin d’offrir aux jeunes les ressources nécessaires pour se construire en toute autonomie et loin des discours de rupture et de haine - en renforçant notamment le dialogue parents-enfants ;

- la lutte efficace contre les discriminations, les stigmatisations et les inégalités sociales dans notre pays qui accroissent les tensions et les méfiances entre les citoyens ;

- la valorisation de la contribution musulmane en Europe et en Belgique, montrant aux jeunes générations que le patrimoine musulman est constitutif de leur vécu aujourd’hui, en Belgique, en 2015, afin de rompre définitivement avec les théories du choc des civilisations.

Nous souhaitons œuvrer ensemble pour lutter sans concession contre certaines lectures faisant l’apologie de la violence et les idéologies totalitaires qui détournent nos textes sacrés de leurs finalités pacifistes, de la préservation de la vie, de l’intérêt général, du bien commun et de la justice.

Nous nous engageons également à travailler dans la transparence et le respect mutuel, à combattre sans réserve tout discours haineux, discriminant, violent à l’encontre de toute autre communauté, minorité ou groupe – sur quelques bases que ce soit (ethnique, sexuelle, religieuse, orientation sexuelle, âge, origine sociale, handicap).

Afin de nous aider à remplir cette mission essentielle d’intérêt public, nous appelons également nos représentants politiques à engager sans plus attendre les actions suivantes :

- accorder à la religion musulmane sa place pleine et entière dans notre paysage institutionnel, en respectant le cadre constitutionnel de séparation entre le politique et le religieux et en concrétisant au plus vite les projets renforçant l’épanouissement d’un islam de Belgique (institutionnalisation de l’islam, engagement massif d’aumôniers, formation des responsables et d’éducateurs spécialisés dans la gestion du fait religieux, émissions concédées à la TV et à la radio, soutien à l’associatif musulman …) ;

- lutter efficacement contre l’islamophobie qui renforce les tensions sociales et communautaires ; et lutter sans réserve contre les préjugés et les discriminations dont souffrent les musulmans, notamment dans le monde de l’éducation et de l’emploi ;

- garantir la pratique digne de l’islam dans notre pays afin de permettre aux citoyens de confession musulmane de vivre pleinement leur foi en harmonie avec les autres convictions et dans le respect de la loi et de la neutralité de l’État ;

- engager une concertation véritable avec les responsables des communautés musulmanes locales, la police et les services de prévention pour soutenir les actions de protection et de monitoring des actes antiterroristes sans sombrer dans les mesures sécuritaires inefficaces de court terme ;

- s’attaquer sans tarder aux causes profondes des inégalités sociales et économiques dans notre pays afin d’offrir à l’ensemble de la jeunesse des perspectives d’avenir ;

- développer un véritable récit collectif national dans lequel la composante musulmane est partie prenante afin de mettre en lumière des parcours de « héros » musulmans de Belgique auxquels les jeunes peuvent s’identifier ;

- rompre avec le silence et l’impunité sur de nombreux conflits au niveau international ;

- monitorer et arrêter efficacement la propagation des discours de haine - de toutes les haines - sur Internet et les réseaux sociaux.

En prenant chacun sa part de responsabilités dans ce défi et en conjuguant nos efforts, nous pouvons désamorcer les frustrations et les discours de rupture qui ont mené aux actes de terreur plaçant l’ensemble de notre population dans la souffrance, la peine et la peur.

Par la même occasion, nous appelons l’ensemble des acteurs investis dans les secteurs de la jeunesse, de la culture, de la prévention, des médias - dont le rôle dans la déconstruction des préjugés est essentiel - et du dialogue interculturel à soutenir toute initiative favorisant le respect mutuel et l’entre-connaissance. Seules nos actions communes permettront de transcender les différences pour agir pour le bien commun. Nos enfants méritent un avenir meilleur. C’est pour eux que nous souhaitons agir. Ensemble. Maintenant.

 


[1] J’espère d’avoir lu le bon document, celui reproduit à la fin de ce texte. Je dis ceci car j’ai lu dans le compte rendu de l’émission du Grand oral à la RTBF du 7 février 2015, Michael Privot, leader de l’organisation Empowering Belgian Muslim (EmBem) dire texto : « Je suis d’ailleurs assez fier que dans le document de convergence que nous avons proposé à 80 associations représentatives, la neutralité de l’état et le respect des lois sont vraiment marqués noir sur blanc. Et tout le monde y a souscrit ». A vrai dire je n’ai pas vu cet aspect traité dans la Déclaration dont je dispose.

[2] J’avais analysé brièvement cela dans mon petit ouvrage : Islams du nouveau siècle, Bruxelles, 1999