Le projet de formation de « cadres de l’islam » du ministre Marcourt.

Questions et perplexités

Felice Dassetto

20 décembre 2014

 

L’émission de Jean Pol Hecq, « Et Dieu dans tout çà ? » était consacrée le 14 décembre dernier 2014 à « Former des cadres musulmans belge ? Comment ? Pourquoi ? ».

Participaient à ce débat : Brigitte Maréchal, directrice du CISMOC/UCL ; Jean-Philippe Schreiber, directeur de l’Observatoire des religions et de la laïcité (ORELA/CIERL/ULB), Salah Echallaoui, vice-président de l’Assemblée générale des musulmans de Belgique ; Edouard Delruelle, professeur à l’ULg, s’exprimant au nom du ministre Marcourt et Jean-François Husson, secrétaire-général du CRAIG et auteur de l’« Etude de faisabilité en vue de la création d’un Institut public d’étude de l’islam ». Ce dernier rapport a été commandité par le Ministre Marcourt, responsable de l’enseignement supérieur au Centre d’étude des migrations et de l’ethnicité (CEDEM) de l’université de Liège.

Ayant entendu les interventions de ce débat et ayant lu le communique du ministre, je voudrais revenir sur l’une ou l’autre question à la fois sur le fond du projet Marcourt et sur quelques références au passé qui ont été faites au cours du débat. Ayant été à l’origine d’un projet qui s’est poursuivi à l’UCL portant sur la « formation continue en sciences religieuses : islam » je voudrais également apporter quelques éléments de réflexion mais également quelques corrections par rapport à ce qu’on dit à ce sujet.

Ce texte m’est strictement personnel et n’est pas à mettre en relation avec l’institution universitaire UCL d’où je suis pensionné depuis des années ni avec le centre de recherche CISMOC que j’avais fondé dans la même université.

Ce texte est devenu très long. Dans le point 1) je fais des commentaires à propos de ce que j’ai lu du projet Marcourt. Dans le point 2) je décris le processus de construction et de déroulement de la « formation continue en sciences religieuses : islam » car je l’entends citées, mais je ne suis pas sûr que l’on sache exactement de quoi il s’agit, ce qu’elle a supposé et ce qui a été réalisé. J’ajoute un point 3) en relation au centre de recherche Cismoc et concernant les politiques de recherches en sciences sociales en général et sur l’islam en particulier, en Belgique francophone. J’ajoute enfin des références bibliographiques à des ouvrages de moi-même et d’autres membres du Cismoc dont je parle dans le texte. Enfin en annexe je reproduis le communiqué de presse du 10 décembre 2014 du Ministre Marcourt que je commente.

1.Le projet ou les intentions du ministre Marcourt

Je mets en annexe de cette note le dernier communiqué de presse du ministre Marcourt datant du 10 décembre 2014. J’ai entendu à l’émission les propos de M. Husson auteur du rapport pour le ministre Marcourt et de M. Delruelle, philosophe, professeur à l’université de Liège mais s’exprimant dans l’émission en question en tant que mandaté par le ministre Marcourt.

Je voudrais commencer par le fond et le contenu de la question et non pas glisser sur les aspects politico-institutionnels comme semble l’avoir fait le débat de la RTBF. Nous y reviendrons plus tard. Mais tout d’abord, de quoi s’agit-il ?

Il y a un constat diffus, que je fais et au sujet duquel j’ai écrit depuis au moins vingt ans, à savoir qu’au sein des populations musulmanes il y a un problème dans la formation du personnel religieux musulman exerçant une fonction rituelle, intellectuelle et morale. Ce qui n’empêche pas des leaders d’avoir une audience importante lors des prêches ou conférences. De cette formation de leadership découle un problème général quant à la vision du religieux au sein de la population. Cette question concerne avant tout la communauté musulmane. Chaque culte et conviction se donne les leaders qu’il souhaite. Par ricochet cela a des effets sur l’ensemble de la société et des relations entre musulmans et non musulmans ; cela vaut pour toute conviction, religieuse ou athée, comme pour toute organisation publique (partis, syndicats, etc.).

En ce qui concerne la formation des « cadres » en islam, dans certains cas il s’agit de formations autodidactes, bricolées à l’écoute de divers « maîtres à penser ». Dans d’autres cas, entre autres d’enseignants de religion, ce sont au départ des formations dans des domaines profanes sur lesquels on a ajouté, à des fins de professionnalisation dans l’enseignement de la religion, une formation sommaire en matière religieuse. Dans d’autres cas encore il s’agit de personnes ayant reçu une formation dans les pays musulmans et qui viennent en Belgique pour exercer des fonctions d’imam, de prédicateur ou d’enseignant. Ces formations sont le plus souvent, tant dans les facultés plus renommés que, encore plus, dans les medersas locales d’où sont issus le plus grand nombre, fondées sur la répétition mnémonique et un enseignement dogmatique. Une partie de ces personnes se connecte difficilement au contexte belge (dont ils ne connaissent presque pas les langues) et ne parviennent pas à penser la réalité de musulmans qui vivent dans des sociétés plurielles, dans des Etats laïques.

Un deuxième constat, commun à la majorité des pays européens : c’est le fait que les musulmans actifs ne semblent pas parvenir à prendre l’initiative de mettre sur pied, de manière convergente, des structures de formation de leurs cadres. Je souligne : de manière convergente. Car en effet ces structures existent. Sur Bruxelles, dans mon ouvrage « L’iris et le croissant », où je faisais état de ce qui existe en la matière à Bruxelles j’en ai dénombré au moins quatre. Pas mal de jeunes sont passés par là. Certaines ont pignon sur rue. Ces réalités ont été ignorées lors de l’émission «  Et dieux dans tout ça ». Je ne sais pas si le rapport Husson en parle et quelle conclusion il s’en dégage. Ces initiatives sont « privées » car issue de personnes ou d’associations représentant l’un ou l’autre visage de l’islam. Des initiatives semblables existent dans tous les pays européens.

L’Exécutif des musulmans de Belgique, instance « chef de culte » musulman, aurait pu fonder sur son autorité une telle initiative dans une perspective de convergence, mais n’en a jamais été capable.

Face à ce double constat, les Etats, un peu partout en Europe, surtout après le 11 septembre, tentent des voies de suppléance et de mettre sur pied « quelque chose ». Mais le « quelque chose » devient difficile à penser et c’est là que commencent les ambiguïtés.

Car dans aucun Etat d’Europe occidentale, au nom du principe consolidé de la séparation entre Etat et religion, il n’est possible que l’Etat intervienne dans les questions de doctrine, du rapport aux sources etc. Ces formations tournent alors le plus souvent autour de questions concernant la citoyenneté, l’éducation civique: typiques sont les formations pour « cadres musulmans » mises en place par l’Etat français à Strasbourg ou les formations pour imams organisées à l’Institut catholique de Paris et financées par le ministère de l’intérieur français (compétent en matière de cultes).

Le projet Marcourt me semble flotter entre le fait de faire un projet semblable à celui français, autour de la formation civique et citoyenne des cadres religieux musulmans tout en se demandant en même temps comment impulser une formation religieuse…. Il semble même aller plus loin en parlant de créer un « institut public d’étude de l’islam ». Il l’avait déjà annoncé sous la législature précédente.

Question préliminaire indispensable

Le professeur Delruelle de l’université de Liège, mandaté par le ministre Marcourt disait dans l’émission que tout le processus mis en œuvre par le Ministre Marcourt (financement d’une recherche, qu’on me dit à la hauteur de 80.000 euro, confiée à un centre de recherche liégeois, par la mise en place d’une commission interuniversitaire ?) vise à répondre à la nécessité de fournir un « cadre » pour que les musulmans puissent créer une institution de formation. A noter en passant que cette version « Delruelle », me semble différer un peu de la version « institut public » dont parle le rapport commandité par le ministre. Ce même rapport, selon le résumé fait dans le communiqué Marcourt (voir annexe à la fin de ce texte), parlait de la création d’un « Master interdisciplinaire, coorganisé par plusieurs universités, coordonné par une structure permanente (une asbl ou un institut public constitué au sein de l’Ares, un organisme d’intérêt public de catégorie B) ». Si le communiqué du Ministre Marcourt introduit ce résumé c’est tout de même, me semble-t-il, que l’idée semble intéressante au Ministre.

Supposons que la dernière version soit la bonne : il s’agit de créer un « cadre » pour que les musulmans puissent créer une faculté. Or, il me semble que ce « cadre» institutionnel dont parle le professeur Delruelle existe et est assez clairement fondé sur les réalités existantes. Il consiste en ceci : une communauté religieuse reconnue, crée et met en place une structure de formation théologique (comme la faculté de théologie catholique ou celle protestante). Elle établit un accord avec une ou des universités de son choix afin de disposer d’un parapluie académique. Les universités en question entament une démarche de reconnaissance qu’elles négocient avec l’Etat, à la suite de quoi l’Etat finance cette instance d’enseignement supérieur. La structure diffère selon les situations : dans le cas de l’UCL, la faculté de théologie catholique est totalement intégrée à l’UCL ; dans le cas de la faculté de théologie protestante, cette faculté a un accord fonctionnel avec l’ULB. Le contenu du programme de ces cursus résulte d’un accord entre l’instance organisatrice et l’université parapluie dans le cadre institutionnel existant (baccalauréat, master, nombre de crédits etc.)

Il faudrait encore préciser que ces « facultés » en général ne visent pas des formations professionalisantes (pour cela dans le cas des catholiques il y a ce qu’on appelle des séminaires) mais visent une formation à la connaissance théologique, exégétique etc. de la religion concernée, dans la perspective de rapprocher cette formation d’une logique d’un savoir universitaire.

J’ouvre une parenthèse : le statut du financement de ces facultés me laisse perplexe et il me semble provenir surtout d’un legs du passé liée à l’héritage de l’Université catholique de Louvain et de sa faculté historique de théologie. Le statut de ces facultés, de même d’ailleurs que celui du financement des cultes et des convictions, mériterait d’être posé. Mais actuellement, entre autre depuis la reconnaissance de la « laïcité » comme quasi institution cultuelle, je pense que plus personne, dans la classe politique, n’ouvrira ce débat. Toutes les forces convictionnelles instituées ont trop à gagner de cette loi bien généreuse.

Toujours est-il que le profil concernant une institution supérieure est actuellement celui que je viens de dire, à savoir : l’initiative et le contenu, sont strictement de compétence du culte intéressé et les pouvoirs publics mobilisent un dispositif qui permet ce financement, à certaines conditions formelles sur le plan académique (titres des enseignants, organisation des cycles d’études….).

Quelques remarques de fond et un double clin d’œil.

Première remarque : les possibilités offertes par un cadre institutionnel étant assez claires en se fondant sur la pratique existante à propos du catholicisme et du protestantisme comme je viens de l’évoquer au point précédent et si l’initiative ne peut venir que de la religion concernée, pourquoi le ministre met-il en route tout un processus d’études préliminaire, de commissions, de consultations etc. ?

C’est la non-compréhension de la démarche du ministre qui m’amène à penser qu’il devrait y avoir d’autres raisons non dites et qui n’apparaissent pas par ce qui est communiqué. J’essaie d’imaginer lesquelles : volonté du ministre, liégeois et avec des attaches à l’université de cette ville, de ramener des choses à l’université de Liège dont proviennent les intervenants auxquels est confiée la construction et la défense du projet ? Mettre en avant cette université en tant qu’université d’Etat par rapport à l’UCL et à l’ULB qui ont des formations en sciences religieuses alors que l’Ulg n’en a pas ? Il me semble avoir entendu le ministre évoquer cela. Influence de membres du cabinet ou de certains collègues du parti qui ont peut-être une certaine vision de ce que devrait être l’islam belge et veulent l’influencer ?  Autre choses ? Je n’ai pas de réponse.

Deuxième remarque :l’animateur de l’émission « et Dieu dans tout ça » évoquait, à propos du projet Marcourt, et pour lancer le débat, la référence à la politique joséphiste en matière de religion. Le professeur Schreiber de l’ULB évoquait le « gallicanisme ». Je pense que c’est le cas. Comme ce fût le cas notamment –et j’ai écrit pas mal de choses à l’époque sur la question- lors des interventions musclées de la ministre de la justice Onkelinx pour dissoudre l’Exécutif des musulmans et promouvoir de force une nouvelle élection, qui a donné des résultats pour le moins mitigés. La ministre Turtelboom, précédente ministre de la justice, est également intervenue, mais pilotant à distance le processus constitutif de l’actuel Exécutif des musulmans. On verra avec quel résultat dans les prochains mois.

Je ne reprends pas le qualificatif de joséphiste pour le plaisir de coller des étiquettes, mais pour dire que je pense que ces démarches mettent profondément en question, selon moi, les principes de fonctionnement d’un Etat laïque ou neutre, peu importe comment on l’appelle. Ceci dans le but, éventuellement louable dans l’intention, de tenter de créer des contre-feux à ce qu’ils pensent être un danger religieux. Mais hélas, non seulement ces pratiques sapent le principe fondamental de la laïcité de l’Etat, mais en plus, propulsées ainsi, ne servent à rien et souvent font des dégâts et gaspillent des deniers publics.

Troisième remarque. J’ai entendu dans l’émission M. Echallaoui, inspecteur de religion islamique et vice-président de l’assemblé des musulmans de Belgique, remercier d’entrée de jeu l’Etat au nom de la communauté musulmane, demandeuse de cette formation et se réjouissant que l’Etat « se réveille » enfin. Il évoque aussi le fait que déjà dans le passé l’Etat avec dans son programme la formation d’une faculté (je n’ai pas le souvenir de cela). L’opinion exprimée par M. Echalloui est également celle de nombreux musulmans, jeunes et moins jeunes, qui attendent que l’Etat fasse des choses en faveur de l’islam et en l’occurrence qu’il agisse pour faire advenir une formation de cadres.

Toutes ces personnes n’ont hélas pas encore compris ce que signifie la séparation entre la religion et l’Etat en Europe. Ils n’ont surtout pas compris que la liberté religieuse – de laquelle les musulmans se réjouissent- tient justement au fait que l’Etat ne se mêle pas de religion ou s’en mêle le moins possible et de toute manière il ne s’en mêle pas du tout, ni de près ni de loin, en matière de contenus ou de perspectives religieuses.

Les Etats européens et la Belgique ne fonctionnent pas comme la plupart des Etats musulmans ! L’Etat providence belge dont nous tous bénéficions n’est pas et ne doit pas être l’ « Etat de providence religieuse ». La Belgique n’est pas le Maroc et encore moins la Turquie où, là et encore plus qu’au Maroc, l’Etat, bien avant le pouvoir de l’AKP, est l’organisateur du religieux tant du point de vue des structures que des contenus d’enseignement. Ce n’est pas par hasard que dans ces pays il n’y a pas de liberté religieuse au sens où cela est entendu en Europe. La contrepartie de cette liberté est que les religions s ‘inscrivent, non seulement à paroles mais dans les faits, dans l’inscription pleine de cette religion dans la citoyenneté où elle se déploie, dans la loyauté démocratique assumée à fond, dans le respect des lois et de la primauté des lois de l’Etat.

Clins d’œil. Juste en guise de clin d’œil.

Je vois dans le communiqué de presse du ministre que des académiques et des instances universitaires sont convoqués à constituer une commission en vue de la constitution d’un institut d’Etat dispensant un enseignement du niveau du master. Je laisse tomber des commentaires que j’aimerais faire au sujet de la composition de cette commission qui me semble révélatrice des intentions institutionnelles du ministre. Je me demande juste depuis quand dans le système universitaire belge actuel, un Ministre convoque les universités à la table d’une commission en leur prescrivant de créer tel ou tel diplôme. Je pensais que le principe de la liberté académique était un principe consolidé. Ce l’était tout au moins du temps où j’étais enseignant en fonction.

Deuxième clin d’œil : on parle d’un « institut public d’étude de l’islam ». Et pourquoi pas alors un institut public d’étude du catholicisme, du protestantisme. Je serais quant à moi preneur d’un « institut public de la franc-maçonnerie » ou un « master interdisciplinaire, coorganisé par plusieurs universités » sur la franc-maçonnerie, afin d’envisager un cadre pour cette institution « enseignante » tellement influente dans la vie collective de ce pays et dont on connait si peu.

 

Pour conclure ce point : Ayant tout ceci à l’esprit, et au-delà de toute polémique, je ne parviens vraiment pas intellectuellement à comprendre où le Ministre Marcourt, son cabinet ou ses conseillers, veulent en venir. Et les explications données lors de l’émission radio ou le communiqué de presse du ministre ne permettent pas de voir plus clair. Que du contraire.

 

2. A propos de la formation continue en "sciences religieuses:islam" organisée à l'UCL à partir de 2006

 

Dans l’émission « Et Dieu dans tout ça » et dans le communiqué du ministre Marcourt, on a souvent cité cette formation. A l’époque, hélas elle a été présentée par les médias comme « une formation d’imam », avec les raccourcis habituels des journalistes ou des titreurs. L’ayant conçue en 2004 et étant à l’origine de cette initiative, j’aimerais apporter quelques informations et précisions, tant sur l’intention que sur son déroulement, n’ayant pas été contacté par les auteurs du rapport Marcourt et n’ayant pas été invité à participer à l’émission de la RTBF. Tant mieux au fond : cela me permettra de dire plus largement, et de première main, mon analyse.

En écrivant ce texte je vais un peu me raconter à la première personne, en priant les éventuels lecteurs de m’en excuser : je n’ai pas trouvé une autre manière de présenter ce que je voulais dire.

 

Tout d’abord : pourquoi cette initiative ?

Le constat que je faisais depuis bientôt vingt ans était – et demeure en partie- le suivant : suite à mes recherches sur la réalité sociologique de l’islam en Belgique et en Europe, commencées avec de très maigres financements à la fin des années 1970, alors que les pouvoirs publics et leurs porte-parole d’une part, les musulmans d’autres part, mettaient toutes leurs énergies dans les tentatives de constituer un Exécutif des musulmans (que je considérais en partie vaines dans l’état actuel de la réalité sociologique des musulmans religieux) ou dans la reconnaissance de lieux de culte –en partie prématurées, selon moi- , je pensais et j’écrivais que la priorité était celle de former de toute urgence des cadres musulmans pouvant succéder au leadership qui s’était constitué par bricolage depuis les années 1970. Puisque les impacts d’un processus de formation d’élites, demande dix, quinze ans pour déployer ses effets réels, je me disais qu’il était absolument urgent de commencer rapidement.

Me conduisait à souligner cette priorité non seulement l’observation du terrain, mais également un minimum de sociologie des leadership au sujet duquel j’avais écrit l’un ou l’autre article, qui puisait aux sources d’auteurs qui vont de Max Weber à Pierre Bourdieu en passant par des sociologues des organisations et organisations religieuses et par des sociologues du leadership.

Du côté musulman, je voyais surgir des initiatives privées. Entre autres, depuis longtemps, se poursuivre le projet formateur du Centre islamique du Cinquantenaire, foyer de diffusion du salafisme. Cette doctrine n’est pas « dangereuse » en soi, au sens où elle propagerait un radicalisme djihadiste, mais elle me semblait et me semble proposer un enseignement de l’islam difficilement compatible avec l’habitation de musulmans dans le contexte européen. Et elle me semble même poser les prémisses et constituer le terreau d’une radicalisation en aboutissant dans son fond au fait que l’islam est difficilement compatible avec des sociétés plurielles et des visions laïques et sécularisées de l’Etat et de la société, voire avec une démocratie.

Entre parenthèse : ce Centre, émanation de la Ligue islamique mondiale, demeure intouchable, même non-criticable, tant les intérêts économiques de la Belgique à l’égard de l’Arabie saoudite, confirmés par de nombreuses missions économiques officielles, sont importants. J’ai entendu souvent accuser les politiciens ou le roi Baudouin pour avoir offert à la Ligue islamique mondiale l’usage, il y a presque 50 ans, de l’ancien « pavillon oriental » du Cinquantenaire dans le but de la création d’une grande mosquée. Et dans la vision cachée de la Ligue, d’en faire un centre d’implantation et de diffusion du wahhabo-salafisme en Belgique. Or, il y a cinquante ans, personne ne connaissait les stratégies de la Ligue. Maintenant oui : des ouvrages sont publiés sur la stratégie mondiale saoudienne (mais les responsables politiques les ont-ils lu ?), on a vu son influence : la responsabilité des dirigeants politiques actuels est bien plus grande que celle d’il y a cinquante ans ! Mais vues les relations commerciales indispensables avec l’Arabie saoudite, ils sont cadenassés.

D’autres lieux de formation se mettaient en place soit dans l’esprit salafiste ou bien dans celui des Frères musulmans ou assimilés. Des jeunes, grâce à des bourses d’études saoudiennes, partaient faire leurs études dans des universités de ce pays. Ceci pour les musulmans « arabes ». Du côté turc, je voyais la stratégie de la Diyanet, l’organisme étatique turc d’organisation et de contrôle étatique de l’islam, implanté également en Europe et qui encadre les musulmans sur le plan religieux, envoyer des jeunes en Turquie pour suivre des cursus d’études religieuses. Ce qui ne me semblait pas bon non plus, car la vision étatique turque du religieux ne correspond pas à la réalité belge, à moins de considérer que vivre dans un ghetto nationaliste turc soit une bonne chose pour les citoyens originaires de ce pays.

En parlant et en rencontrant des musulmans lors de mes recherches et dans de multiples autres occasions, et surtout des jeunes, j’apercevais comme une attente par rapport à un autre enseignement de l’islam, renouvelé, tout en restant dans l’esprit de la foi. Je note aussi que dans les années 1980 on avait conduit avec des collègues de l’époque une recherche large sur les enseignants de la religion islamique et j’avais constaté la carence de leur formation.

En somme, j’étais poussé par un questionnement citoyen qui consistait à me demander ce qu’allait devenir cette communauté d’esprit religieuse avec un leadership qui me semblait inadapté (indépendamment des bonnes volontés) et ce qu’allaient devenir les relations entre musulmans et non musulmans. Je venais de publier un essai au sujet des relations entre islam et Occident. Je voyais également l’immobilisme des leaders musulmans plus ouverts, tiraillés de surcroit par toutes les diatribes liées à l’Exécutif, par les divisions nationales et par les tensions entre courants de l’islam ou bien tétanisés par la difficulté de comprendre les enjeux de ce qu’il fallait faire et comment agir.

C’est ainsi que j’ai formulé ce projet de « formation continue » en dialogue, déjà à l’époque, en 2004 avec Farid el Asri et avec Brigitte Maréchal et avec certains musulmans.

Je dois ajouter entre parenthèse que cela s’est ajouté à une lourde charge de cours : j’enseignais à l’époque l’histoire de la sociologie, trois cours liés à la sociologie des sciences et des techniques, qui constituaient à vrai dire mon intérêt intellectuel majeur et un cours en socioanthropologie de l’islam contemporain. Heureusement je venais de quitter, après dix ans, le gros cours de 60 heures d’introduction à la sociologie, en première candidature, avec quelques 350 étudiants. C’est par un sentiment de devoir citoyen que j’ai mis cela en route. L’institution universitaire ne s’y opposait pas, laissait faire avec bienveillance en tant que « service à la société » sans y voir aucun intérêt institutionnel.

Quelques détails à propos de ce « formation continue en sciences religieuses islam »

C’est ainsi que s’est formé ce projet « pilote » de « formation continue en sciences religieuses : islam ». J’ai été aidé dans sa conception par Farid el Asri, qui était au début de son doctorat avec moi et Brigitte Maréchal qui venait de terminer son doctorat et qui était en congé de maternité. Mme Maréchal a été ensuite engagée part-time, entre 2005 et 2007 comme coordinatrice pédagogique. Lors de mon passage à l’éméritat en 2006 et de la nomination de Mme Maréchal comme professeur, elle a assumé avec énergie la responsabilité académique de ce programme. M. El Asri en a assuré la direction scientifique pendant deux ou trois ans après la fin de son doctorat.

Pourquoi une « formation continue » ?

La raison est simple : en formulant ce projet, je n’avais pas le début d’un euro et n’avais aucun espoir d’en trouver. Or, il existe, dans la loi de la « communauté française » la possibilité de financer des projets au titre de ce qu’on appelle la « formation continue », à savoir une formation destinée fondamentalement à des personnes qui sont au travail ou qui ont une expérience professionnelle.
Le hasard m’a donné l’occasion d’en parler à une personne de l’UCL, détachée au cabinet de Mme Marie Dominique Simonet, alors ministre de l’enseignement supérieur.

Je précise, pour éviter tout malentendu, que je ne suis pas membre du CDH ni d’aucun autre parti d’ailleurs. Je ne suis d’ailleurs pas de nationalité belge, bien que belge de cœur, malgré le fait que je vive dans ce pays depuis plus de 45 ans et que je participe aussi intensément que je peux à la vie civile de ce pays. Une des raisons en est tout simplement que j’ai grandi à l’école primaire dans l’école de la nouvelle république italienne, postfasciste et post monarchique. De telle sorte que je suis fortement attaché à l’idée républicaine malgré le grand respect que je porte pour les institutions de ce pays et y compris pour l’institution monarchique qui est celle que les Belges ont adopté et adoptent.

Toujours est-il que, suite à ce contact de cabinet, l’occasion m’a été donnée de présenter le projet pendant quelques minutes à la ministre Simonet et j’ai eu une heureuse surprise. Alors qu’elle n’était pas très familière avec la réalité de l’islam, elle a compris au quart de tour l’enjeu du projet et a donné son soutien financier. Il s’agissait d’un soutien supérieur à ce qui est donné en général aux formations continues. Le projet était bien plus long que les formations continues habituelles, limitées à quelques journées maximum. Dans le cas de ce projet sur l’islam, je prévoyais une année de cours, tous les samedis, plus éventuellement le vendredi soir. En tout cela correspondait à 12 crédits. Par la filière universitaire habituelle j’ai donc demandé la reconnaissance de ce programme au titre de la formation continue.

La mise en place de cette formation : organisée sans les musulmans ? Quel feuilleton !

Je voudrais préciser certains aspects pour montrer l’ampleur de la démarche mais également pour faire taire quelques rumeurs. On m’a reporté entre autre que même au Maroc circule la rumeur selon laquelle les responsables musulmans n’ont pas été impliqués dans cette formation et que ce projet aurait été parachuté par des non musulmans.

Procédons par étapes dans ce petit feuilleton.

Phase préliminaire

Avant de commencer j’ai pensé important de faire un état de lieu de ce qui se faisait en Belgique et en Europe. Un petit subside du cabinet Simonet (de quelques 4.000 euros) a permis de mettre en route Farid el Asri, en le détournant pendant deux mois de son doctorat. Farid el Asri, bien connu et estimé au sein de la communauté religieuse croyante, ayant fait des études d’arabe approfondi, une licence d’étude sur le judaïsme à l’ULB, complétées par d’autres formations a pu travailler rapidement car il connaissait bien le terrain. Par ailleurs, le suivi que j’avais moi-même depuis des années des réalités européennes depuis mes premiers livres sur l’islam européen, la grosse somme que Brigitte Maréchal, moi-même et d’autres collègues avions coordonné pour la Commission européenne sur la réalité de l’islam européen, permettait de travailler vite. Le travail a abouti à un rapport relatif aux expériences de l’enseignement supérieur islamique en Europe et dans le monde musulman que nous avons gardé confidentiel. Il devait servir, à nous-même et à la Ministre, pour situer le profil de ce que nous voulions faire. De ce rapport se dégageaient, si ma mémoire est bonne, les conclusions suivantes : 1) partout on patauge à la recherche d’une solution dans la complexité de cette réalité ; personne ne dispose de « la » bonne solution. 2) Il nous semblait inutile de mettre en avant et tout miser sur des formations à la citoyenneté ou à l’islamologie déguisée, comme était en projet ou se faisait en France ou aux Pays Bas. Ces formations n’allaient pas au cœur des enjeux, à savoir celui de la pensée musulmane croyante. 3) Il fallait aller plus loin de ce que faisaient les instituts ou les facultés auto-appelées de théologie islamique qui avaient été mises en place aux Pays Bas, au célèbre Château Chinon ou à Leicester…. Ces facultés restituaient tels quels les programmes de formation en vigueur dans l’enseignement classique de l’islam. Il fallait inventer du neuf. 4) L’implication des musulmans était indispensable. Farid el Asri, lui-même connu par la communauté musulmane croyante était là pour le rappeler et était le premier impliqué et on était bien d’accord là- dessus, comme nous le verrons par la suite.

Premier moment
Certes l’idée initiale venait de moi et je l’assume. Mais dès le départ, bien avant de définir un programme et n’ayant formulé qu’une intention, des responsables musulmans ont été impliqués. Grâce à l’aide de Farid el Asri, une réunion a été organisée à Louvain-la-Neuve entre le vice-président du conseil des théologiens, le président de la Ligue des imams, deux inspecteurs de religion islamique, Messieurs Echallaoui et M. Zorai, Farid el Asri et moi-même.

Le programme concret n’était pas prêt, n’existait même pas, mais la philosophie du projet pouvait déjà s’énoncer et c’est ce que moi-même et Farid el Asri avons présenté. Elle se résume dans les points suivants :

-        Tout d’abord ces cours sont dispensés dans le respect de la foi musulmane : ils ne se confondent pas donc avec des programmes d’islamologie ou de culture et civilisation musulmane. Ce point était pour moi fondamental et il sera respecté pendant toutes les années suivantes.

-        Ce programme n’entendait pas, ni dans l’immédiat ni à terme, remplacer les initiatives musulmanes, et ne voulait pas être porteur d’une initiative UCL plus large, car cela aurait été, selon moi, en contradiction, avec ce que j’ai écrit plus haut à propos des enseignements supérieurs religieux. Ainsi ce programme se concevait dans une double perspective qui explique le fait que j’ai ajouté le qualificatif : « pilote » :

  • Tout d’abord il s’agit d’une suppléance par rapport à un certain immobilisme musulman par rapport à un projet d’envergure pouvant déboucher sur une structure d’enseignement ayant force institutionnelle officielle, non communautariste, et que je ressentais comme une urgence.
  • Mais surtout, pour moi, il était « pilote » dans la mesure où j’entendais faire participer concrètement des instances musulmanes concernées afin qu’elles s’introduisent progressivement aux réalités universitaire belges et à leur fonctionnement (programme, crédits, évaluation, exigences académiques etc.) qu’elles connaissent peu (la plupart des cadres à l’époque ne la connaissant même pas comme étudiants) et qu’elles se dotent de l’information et de l’expérience pour mettre en route une institution propre. Une sorte de propédeutique à la création d’une institution musulmane d’enseignement.

-        Ce programme était mis également au défi (mais cela m’est apparu dans les mois suivants, et c’est dans ce troisième sens aussi qu’il peut être nommé comme pilote) de penser un programme original qui ne soit pas le calque des programmes des facultés islamiques des pays musulmans, qui dépasse les traditions interprétatives et juridiques classiques (hanéfites, malékite etc.), qui intègre l’enseignement théologique, exégétique à une pensée critique et en lien avec les sciences humaines. Je le répète : le tout dans le respect total de la foi.

A la sortie de cette réunion tout le monde s’est montré positif et a donné son soutien au projet. Mais une semaine après, le « oui, oui » est devenu « non, non ». Entre temps j’avais rencontré le fondateur et directeur d’un des instituts de théologie islamique bruxelloise, l’institut el Khayriyya, M. Alouini. Lui aussi avait marqué son soutien… et nous verrons dans la suite ce qu’il en fût. Toutefois, les inspecteurs de religion islamique, que j’avais rencontré à plusieurs reprises, ont continué à soutenir le projet. C’est ainsi que pendant trois ou quatre ans, le projet était annoncé « avec le soutien de l’inspection de la religion islamique ». Le certificat obtenu était reconnu pour les nouveaux candidats enseignants.

Deuxième moment

Aussi bien moi-même que M. El Asri, qui avait œuvré pour que cette rencontre ait lieu, nous étions très perplexes et déçus par ce volte-face. Mais nous avons pensé continuer malgré tout.

Afin de coller aux attentes de la communauté musulmane, on a organisé une journée d’études en demandant à des interlocuteurs musulmans, de dire quelles étaient leurs attentes de formation. Intervenaient à cette journée, en plus que M. El Asri et moi-même, un responsable de mosquées, un responsables des aumôniers musulmans, un représentant de al Kayriyya qui aurait dû parler de leur projet et des liens éventuels avec l’université et un inspecter de religion islamique qui aurait dû parler des attentes pour ce qui est des enseignants. Un public de plus de 60 personnes assistait à cette journée. Et on eut là une nouvelle double surprise.
La dame qui était mandaté par al Khayriyya, au lieu de parler de ce qui était convenu, à savoir comment penser un projet de formation supérieure islamique, s’est lancé dans une diatribe contre ce projet (auquel le directeur de al Khayriyya avait donné son accord). Par ailleurs l’inspecteur de religion islamique, qui avait marqué son accord avec ce projet, au lieu de parler de ce qui était convenu, à savoir les besoins pour les enseignants en matière de formation, a annoncé l’ouverture d’une faculté de théologie islamique dont il a présenté le programme calqué sur celui de facultés marocaines. Dix ans après il n’y a toujours rien. C’était pour le moins surprenant. Malgré tout la rencontre et les échanges ont eu lieu.

A la fin on se demandait quoi faire : laisser tout tomber ou continuer malgré tout, en essayant de passer l’éponge dans mon esprit sur certaines positions exprimées qui me semblaient relever d’un crochepied ou d’une attitude difficile à comprendre.

Si je fais maintenant un bilan je vois que :

-        Nous n’avons pas su convaincre les interlocuteurs musulmans de la bonne foi et de la sincérité de la démarche qu’on avait explicitement posée. J’y vois plusieurs raisons. Je ne me suis probablement pas assez expliqué. Dans ces années-là (on est peu après le 11 septembre) la méfiance était peut-être plus grande. Je pense aussi que ces interlocuteurs avaient tous leurs projets particuliers et n’étaient pas prêts à entrer dans quelque chose de fédérateur ou bien ils craignaient, malgré toutes les explications, que ce projet porté par ce qu’ils considéraient comme une grande université (alors qu’on était deux ou trois personnes) allait phagocyter leur propre projet. Je pense aussi qu’un contrôle social s’est exercé, comme il arrive souvent dans la communauté musulmane, qui a convaincu ou accablé ceux qui avaient envisagé de participer au projet et qui les a poussés à ne rien en faire en s’alignant sur ceux qui ne participaient pas ou sur ceux qui ne faisaient rien.

-        Je pense aussi, et cela je l’ai compris plus tard, que ces personnes ne comprenaient pas les réalités institutionnelles universitaires ni les rouages de l’Etat belge dans le domaine, ni ce que signifie une formation de type supérieur et manquaient d’une vision de moyen-long terme sur les processus de formation supérieure

Troisième moment : la mise en route

La décision fut prise donc de continuer.
J’ai pensé important que le directeur scientifique de cette formation, garant de la dimension théologique et de la foi, soit musulman. En parallèle, je garantissais les exigences academique et l’ensemble du programme. En Belgique je ne voyais personne ayant une formation suffisante pour assumer un rôle de direction d’un cursus universitaire. Je continue à penser qu’à de très, très rares exceptions, c’est encore le cas. C’est ainsi que malgré l’éloignement, j’ai pensé à M. Mohammed Mestiri, ayant fait une licence en sciences islamiques à l’université Zitouna et un doctorat à la Sorbonne. M. Mestiri dirigeait à l’époque l’institut IIIT (International institut of Islamic Thought) à Paris. Je savais bien que, entre autre grâce à B. Maréchal qui faisait sa thèse sur les Frères musulmans et qui circulait beaucoup dans le milieu des Frères, cet institut avait été créé aux USA dans la mouvance des Frères musulmans. Mais je savais aussi que M.Mestiri avait une autonomie de pensée, et qu’il était porteur d’une vision ouverte de la démarche de pensée musulmane. Ces publications et nos rencontres me le prouvaient. Aux yeux de certains musulmans, il allait probablement même trop loin dans une démarche qu’on aurait dite proche du mutazilisme, ce courant rationaliste au sein de l’islam des premiers siècles, balayé ensuite par un retour de flamme orthodoxe.

Par proximité institutionnelle et pour les besoins du financement, j’ai cherché des collaborations institutionnelles avec les Facultés universitaires saint Louis où existe un enseignement de philosophie des religions et un programme sur les religions et à l’Institut supérieur Galilée. Ce dernier formant des professeurs en français et en religion (catholique en l’occurrence), nous pouvions partager une expérience en matière de didactique des religions. Cette collaboration a toujours été excellente et motivante.

Entre parenthèse : alors que l’on cherche midi à quatorze heure, je me demande pourquoi on n’envisage pas d’ouvrir tout simplement, pour la formation des enseignants de religion islamique, dans une école normale à Bruxelles et en Wallonie une section « français-religion islamique ». Le cadre existe même s’il faut l’adapter. Ce qui aurait en plus l’avantage de donner aux enseignants de religion islamique une surface professionnelle plus large que non le seul enseignement de religion dans lequel ils sont actuellement coincés. Brigitte Maréchal, Farid el Asri et moi-même avons fait en 2006 une démarche auprès d’une école, en essuyant un refus de principe… mais les temps étaient encore prématurés à l’époque.

Mais entrons plus dans les détail de cette formation, mal connue alors qu'on la mentionne souvent.

 

Revenons au programme de formation continue

 

La structure du programme la grosse moitié des cours concerne l’islam en tant que doctrine, exégèse coraniques, exégèse des hadiths, morale, histoire de la pensée musulmane. L’autre moitié concerne les rapports entre religion et Etat, la sociologie des religions et de l’islam, la philosophie des religions, l’étude comparée des religions, etc. 

Pour les enseignants de disciplines islamiques la seule possibilité était de les chercher hors Belgique et notamment en France car en Belgique à l’époque –et hélas encore en partie maintenant- aucun leader musulman ne répondait aux exigences académiques que j’avais posé, à savoir : disposer au moins d’un doctorat si pas de publications dans le domaine direct ou proche de leur enseignement. Je n’ai pas toujours été heureux du choix des enseignants, mais il fallait progressivement faire ce qui était possible. Parfois on a pu faire venir des professeurs de plus loin, comme du Maroc ou de Turquie. Mais ce n’était pas évident pour trois raisons : avoir des coûts compatibles avec le maigre budget disponible ; des enseignants porteurs d’une démarche d’ouverture et pas seulement des restituteurs dogmatiques ou conformistes ne sont pas faciles à trouver et enfin avoir des enseignants parlant français car les cours devaient se donner en français. Mais progressivement mon espoir était que les choses auraient pu avancer en Belgique par la formation progressive d’un noyau formé à plus haut niveau. Le fait que des enseignants devaient venir de France contribuait évidemment à accroitre les coûts.

Le recrutement des enseignants pour les disciplines théologiques de niveau supérieur, enseignant dans le respect de la foi et ayant une légitimité dans ce sens, est encore aujourd’hui un problème majeur, car en mettant parfois la charrue avant les bœufs, on n’a que faiblement pensé en terme de progression. Cette idée de démarche progressive était pour moi importante et elle demeure aujourd’hui. Tous ceux qui pensent inventer d’un coup « la »solution miracle se fourvoient complètement.

Les cours sur les autres disciplines étaient dispensés par des enseignants de l’UCL, des FUSL ou de l’institut supérieur Galilée.

Une douzaine d’enseignants en tout a fonctionné chaque année dans ce programme.

Je voudrais ajouter deux aspects. Des conférences s’ajoutaient au programme. Et au moins une journée d’étude ponctuait le programme.

C’est ainsi qu’une journée d’étude sur les rapports entre science et foi et plus précisément entre les théories scientifiques de l’évolution et la foi dans la création a été organisée (ce qui a donné lieu au beau volume peu connu : Adam et la évolution). Ou encore une autre journée d’étude portant sur la comparaison des démarches interprétatives des textes fondateurs des religions, journée pendant laquelle des intervenants musulmans, catholiques, protestants et juifs ont échangé leurs points de vue sur le rapport et l’interprétation de leurs textes sacrés respectifs.

Le programme était conçu comme une formation d’adultes où l’enseignement ex-cathedra était assorti de moments importants d’échange et de débat et d’une relation la plus personnelle possible entre les étudiants, les enseignants et, surtout, la personne chargée de l’animation du programme et qui servait de fil conducteur. Brigitte Maréchal et Farid el Asri, engagés à temps partiel, ont joué successivement ce rôle. Moi-même au début et dans un programme complémentaire j’ai fait ce que j’ai pu. Mais le programme se voulait strictement académique, même si parfois certains étudiants, adultes, ayant leurs idées, leur passé, leurs expériences, avaient tendance à le transformer dans le style de « café islamique ». Nous insistions fortement sur la nécessaire courtoisie et respect, sur l’argumentation logique nécessaire dans les débats, sur l’écoute des arguments des autres dans un esprit universitaire d’échange et de débat critique.

En raison de cette perspective de formation active, on limitait les inscriptions à 50-55 personnes, le maximum que nous pouvions gérer.

Etaient admises à ces cours des personnes ayant au minimum une formation équivalente aux candidatures ou à l’enseignement supérieur non universitaire, ou l’équivalent du baccalauréat ou ayant presque terminé. Etaient également admises des personnes qui, tout en n’ayant pas ce titre, pouvaient faire état d’une expérience professionnelle touchant à la question de l’islam. Toutefois pour ces dernières personnes, un test d’entrée était effectué pour voir si elles pouvaient suivre un cours, prendre des notes, lire et synthétiser un texte etc.

Pour les étudiants qui répondaient à toutes les exigences, à savoir : fréquentation régulière dument enregistrée, réussite aux examens, travail de fin d’études, était délivré un « certificat de formation continue en sciences religieuses : islam ».

Ce programme a été possible parce que les enseignants ont accepté d’être payés de manière symbolique (30 à 50 euro l’heure). M. Mestiri a accepté de fonctionner presque gratuitement, ses frais de déplacement même étant souvent pris en charge par son institut. Moi-même évidemment tout comme Mme Maréchal lorsqu’elle a été nommé comme professeur n’étions pas payés même si cet investissement n’était pas compté dans la charge de cours de professeur et s’ajoutait en plus aux activités professionnelles.

A la demande d’étudiants ayant terminé l’année mais souhaitant continuer la formation, j’ai assuré gratuitement pendant deux ans une deuxième année d’ approfondissements sur la pensée musulmane contemporaine. D’ailleurs, c’est à partir des travaux des étudiants de ces années que nous avons abouti à la publication d’un modeste mais intéressant ouvrage portant sur les discours musulmans contemporains. Ma démarche par cette publication, précédée par un après-midi d’études pendant lequel les participants de ce groupe ont présenté au public le résultat de leurs travaux était de montrer pratiquement le cheminement d’une publication, leur donner confiance en terme de capacité d’écriture et de mise en circulation d’idée et de débat sur la pensée musulmane.

Le programme dans son ensemble a souffert des aléas de financement et je comprends l’agacement manifesté par le professeur Maréchal à ce sujet lors de l’émission de la RTBF. Après les trois ans financés par la Ministre de l’enseignement supérieurs (qui d’après les règles ne pouvait plus financer pour une plus longue durée) un financement plus modeste mais bien réel a été assuré dans les trois années suivantes par l’intervention de la fondation Bernheim à laquelle je dois rendre le plus grand hommage pour son courage à l’assurer. En complément du financement Bernheim, le professeur Maréchal a pu obtenir un soutien de l’UCL au titre du budget relatif au « service à la société ». De nombreuses démarches ont été faites pour trouver d’autres financements, sans succès. C’est une lourde expérience que je fais depuis des décennies : tout le monde parle d’islam, tout le monde s’inquiète, tout le monde dit que c’est très bien ce que tu fais et on t’encourage à continuer, mais très rares, presque des cas uniques, que ce soit dans la sphère politique ou dans le monde du mécénat, sont ceux qui osent financer soit de la recherche soit de l’enseignement concernant l’islam car c’est une réalité trop chaude, où on doit sauvegarder la bienveillance des pays du Golfe pour les activités économiques, ou on craint des polémiques, etc….

De manière minimale et en travaillant fort à l’économie ce programme avait besoin d’un budget de 60.000 euros par an. Le souci était aussi de maintenir un minerval bas (230 euros) afin de permettre à des personnes sans trop de ressources de le fréquenter.

Les résultats

Quel bilan tirer ?

-        Sur le plan du programme :on a progressivement construit un programme cohérent et original. Il a fallu progressivement repenser la formulation des énoncés classiques des cursus des « sciences islamiques » et les refonder. Ce programme s’est confronté à toute la complexité théologique des variantes de pensée, de vision morale ancrée dans l’histoire de la pensée musulmane. Et il est confronté au défi de la présence dans l’espace belge de toutes ces traditions et à la nécessité de leur dépassement. C’est ce que les initiatives nationales, turque, marocaine, ne comprennent plus. L’islam belge, surtout des générations jeunes et celles à venir, ne peut plus se vivre comme un lotissement et une permanence des traditions historiques nationales, marocco-malékite, turco-hanéfite etc. Une certaine vitesse de croisière se dessinait. Malgré le nombre limité d’heures de ce programme, on aboutissait à une formation de base solide, sans pour autant évidemment prétendre à former des spécialistes. On a également articulée la formation théologique avec les formations en sciences humaines dans un dialogue aussi dense que possible, malgré les cours de samedi et les allées-venues des enseignants de France.

-        Sur le plan des fréquentations et des dynamiques. Le programme a été fréquenté en moyenne à trois quart par des musulmans (hommes et femmes) et un quart par des non musulmans. Parmi les musulmans et musulmanes, toutes les orientations étaient présentes : depuis des personnes proches du soufisme aux salafistes en passant par tant d’autres. Certains, surtout salafistes, n’ont pas réussi à tenir le coup et ont abandonné. D’autres ont suivi jusqu’au bout. Parmi les non musulmans, il y a avait surtout des personnes qui s’intéressaient à l’islam par intérêt personnel, mais également des enseignants, des travailleurs sociaux, personnel médical….

-        Parmi les musulmans il s’agissait d’enseignants de religion islamique ou qui aspiraient à le devenir, surtout des jeunes, hommes et femmes. J’ai entendu parfois dire que des imams n’étaient pas touchés par ces cours : en effet dans mon souvenir il n’y a eu que deux imams qui ont commencé ce programme mais qui l’on abandonné. Indépendamment de toute autre considération, les raisons sont assez simples. D’abord un imam, prédicateur, est dans sa mosquée ou association une figure enseignante. Il endosse difficilement un rôle d’enseigné ou de simple participant. Par ailleurs la plupart des imams en fonction actuellement, même s’ils connaissent suffisamment le français (ce qui est rare), ne sont pas outillés intellectuellement pour suivre un tel programme : la formation essentiellement mnémonique et fortement dogmatique qu’ils ont suivi même dans les facultés, parfois mythifiées de l’enseignement classique de l’islam et encore plus dans les medersas locales dont sont issus le plus souvent ces leaders, les rendent incapables de suivre ce programme et accepter un minimum de pensée critique.

-        Le climat interne à ce programme a été, au dire de tous les participants et de tous les enseignants, très riche grâce aux échanges, aux discussions, au débat et au mode de déroulement de cela. Mme Maréchal, dans son premier rôle de coordinatrice pédagogique, a instauré un style et un modèle de qualité, des règles du jeu à la fois rigoureuses et fécondes.

-        De même, à part les critiques inévitables, globalement les participants ont dit combien ces cours les ont enrichis. Certains musulmans utilisaient l’expression : « on a été transformés »

-        Au total dans les 6 ans d’existence de ce programme quelques 200 personnes ont achevé et reçu le certificat. Une partie a fréquenté sans passer les examens. Une petite partie a abandonné en cours de route pour des raisons parfois familiales et de travail et parfois idéologiques».

Conclusion générale

Je suis entré dans les détails du projet de formation continue non seulement pour faire connaître ce qui a été fait, mais également pour montrer la complexité du processus. Et pour tenter de montrer aussi que la voie suivie par le projet du ministre prend les choses à l’envers : la question n’est pas de créer un cadre institutionnel, tenant compte des alchimies et des carcans des équilibres institutionnels belges, mais de penser contenu, acteurs et stratégie progressive d’action compte tenu des limites de compétence des pouvoirs publics en la matière. Or, pour ce qui est des acteurs institutionnels, plus ou moins les mêmes sont encore en place. Il faut dès lors penser en termes de progressivité et de moyen terme plutôt que de solutions immédiates.

Tel que présenté, le projet Marcourt me semble mettre plus en avant des logiques d’équilibrages, de compétions ou de manipulations entre piliers politiques et idéologiques de la scène belge, dans une vision bureaucratisée et centralisatrice de l’action académique qu’à répondre de manière réaliste et avec une vision stratégique, compte tenu des limites de l’action des pouvoirs publics aux besoins du terrain.

Je pense que j’ai signalé ici ou là des pistes simples, rapides à mettre en place, de même qu’une méthode compatible avec le respect de l’autonomie des cultes. Il serait possible d’aller plus loin et être plus précis dans la formulation d’un tableau général efficace et certainement relativement peu couteux et qui fait perdre moins de temps aux gens dans des commissions, consultations formelles (et creuses).

Voilà mon récit de cette histoire : elle m’a permis de connaitre des personnes remarquables et de participer et contribuer à construire ce creuset de relations qui sont celles de la Belgique et de l’Europe d’aujourd’hui et de demain et que j’avais nommé dans un livre celui de la « coinclusion réciproque ».

J’ajoute en clin d’œil un point : le professeur Delruelle a évoqué dans l’émission RTBF que la suite ne voulait pas être comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. Je dois avouer, en riant de moi-même pour ma réaction, que j’ai eu le sentiment que le processus mis en place par le ministre Marcourt ressemblait fort à des dinosaures dans des potagers, là où, à la fin du printemps commencent à pousser les salades, fleurir les haricots, pousser les fraises.

Que des musulmans et des jeunes musulmans arrivent !

Je pense que l’expérience faite dans le programme de « formation continue » pourrait servir comme essai pilote pour des musulmans qui souhaiteraient au moins commencer à mettre en route quelque chose, en attendant d’avoir les épaules solides et surtout les ressources humaines pour lancer une réalité plus ample.

J’espère que l’initiative Marcourt, parachuté d’autorité et au lendemain incertain, ne les bloque pas dans leurs initiatives, car c’est avant tout à partir des musulmans, et avant tout des jeunes générations musulmanes, hommes et femmes, que doit venir l’initiative. Il faudra que ces personnes parviennent à de se doter d’une vision stratégique, à chercher le plus possible des convergences là où c’est possible et ne pas se limiter chacun à sa boutique, et qu’elle aient aient la patience (et parfois l’humilité) d’apprendre le métier, d’écouter même ceux qui ne sont pas musulmans et dont les conseils pourraient être utiles et enfin qu’elles aient le courage de se lancer.

Ce programme sera sunnite. Au stade actuel du passé et du présent des relations entre sunnites et chiites, je pense qu’un programme commun serait un verni de façade, car très vite le choc des visions, des doctrines, de la réalité des sources apparaitrait. Mais qu’au moins cet enseignement sunnite intègre un respect pour le chiisme comme pour toute religion et conviction. Que le chiisme passe du stade de « cousin ennemi » à celui de cousin tout court. Et réciproquement. Mais que ce programme intègre également un enseignement académiquement solide concernant le chiisme, afin de sortir le discours courant sur le chiisme des poncifs méprisants trop entendus. Et réciproquement.

Ce programme aura le plus grande avantage à se décloisonner culturellement ; à ne pas être seulement un programme « arabe » ou marocain, mais être ouvert à tous : aux musulmans dont les familles sont originaires du Maghreb, de Turquie, d’Afrique sub-saharienne, du Pakistan, du Bangladesh, d’Albanie, du Kossovo etc. et bien entendu aux convertis, et également aux non-musulmans. Certes, ce programme se heurtera à la fin de non-recevoir ou à l’ostracisme de la bureaucratie étatique islamique turque de la Diyanet qu’il faudrait contourner en attendant qu’elle change d’attitude et de vision.

 

3. A propos de la recherches en sciences sociales en Belgique francophone et de la recherche sur l'islam.

Je renvoie ici à un autre texte de ce blog, portant ler même titre, dans la rubrique "Sociologie et anthropologie".

 

 


 

Bonne route à celles et ceux qui continueront. Bonne route aux musulmans et aux jeunes générations musulmanes qui se décideront, enfin, à se retrousser les manches. En espérant que les pouvoir publics ne fassent pas trop de dégâts par des initiatives qu’ils pensent louables mais dont les effets ne le sont pas toujours. Mais on est habitués aux interventions maladroites et souvent myopes, astigmates, présbytes et daltoniennes en la matière.

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Extrait de publication de membres du Cismoc citées ou en relation aux sujets traités dans ce texte (en ordre chronologique)

Dassetto F. et A.Bastenier, L'Islam transplanté. Vie et organisation de minorités musulmanes de Belgique, Anvers/Bruxelles, EPO/EVO, 1984-

Enseignants et enseignement de l'Islam au sein de l'école officielle en Belgique, (Textes réunis par A. Bastenier et F. Dassetto), Louvain-La-Neuve, CIACO, 1987, 116p.

Dassetto F. et A.Bastenier, Europa nuova frontiera dell'Islam, Roma, EL, 1988 (2°éd.1991), 287 p.

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F. El Asri, Les savoirs théologiques musulmans à l’épreuve de l’Europe», Actes du colloque Mutations des Religions et identités religieuses, , RSCS, RHE, LLN, septembre 2012

Maréchal, Brigitte ; Zemni, Sami (ed) The dynamics of Sunni-Shia Relationships - Doctrine, Transnationalism, Intellectuals and the Media, Hurst Columbia: London, 2013. 1849042179. http://hdl.handle.net/2078.1/90672 Maréchal, Brigitte ; Djelloul, Ghaliya. Belgium, Islam in. In: Encyclopaedia of Islam, Third Edition, Brill, 2014 (Accepté/Sous presse). http://hdl.handle.net/2078.1/152223

Maréchal, Brigitte ; Djelloul, Ghaliya. Muslims in Western Europe in the late twentieth century: Emergence and transformations in “Muslim” revindications and collective mobilization efforts. In: Roberto Tottoli (ed.), Routledge Handbook of Islam in the West, Routledge, Routledge: New York, 2014, p. 512. 978-0-415-69132-1. http://hdl.handle.net/2078.1/130312

Maréchal, Brigitte. Autorités religieuses musulmanes en Europe et enjeux contemporains. Colloque International organisé par Association française d’histoire religieuse contemporaine (AFHRC) (sur le thème "Autorités et magistères religieux face à la modernité". Paris, 27/09/2014). http://hdl.handle.net/2078.1/151819

F. Dassetto, « Une instance représentative des musulmans de Belgique : 20 ans d’histoire mouvementée après presque 20 ans d’hésitations »,, blog felicedassetto.eu, 10 février 2014

F. Dassetto, « Quarante ans d’islam belge : un bilan qui ne mâche pas ses mots », dans le blog Felicedassetto.eu, 9 novembre 2014

F. El Asri, Le champ des chants d’islam: disciplines musicales et contours religieux, Presses universitaires de Louvain, 2015 (sous-presse)

 

 

 


 

 

Annexe : Communiqué presse 

10 décembre 2014 

Jean-Claude Marcourt pour le développement d’un islam de Belgique en Fédération Wallonie-Bruxelles

 La reconnaissance de l’islam et son intégration dans le paysage culturel représentent un enjeu crucial, bien sûr pour nos concitoyens musulmans, mais pour le vivre-ensemble et la démocratie. C’est une question d’intérêt général. Le gouvernement a pris connaissance ce mercredi 10 décembre 2014 des résultats de l'étude de faisabilité menée par le Cedem (ULg) relative à la création d'un Institut public d'études de l'Islam en Fédération Wallonie-Bruxelles.  

Le rapport insiste sur le volet religieux et le volet sociétal et civique – en ce compris le volet linguistique – qui, selon la formation de base des candidats, devront faire partie du cursus destiné aux futurs cadres musulmans en Belgique. 

Il propose des pistes possibles en matière d’organisation de la formation, préconisant de manière privilégiée la mise en place d’un dispositif d’enseignement large 

·       articulé au départ d’un Master interdisciplinaire incluant un ou des certificats universitaires et des activités de formations continues ;

·       coorganisé par plusieurs universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles ;

·       coordonné par une structure permanente (une ASBL ou un Institut public constitué au sein de l’ARES, un organisme d’intérêt public de catégorie B).

 Ensuite, l’étude propose des procédures pour poursuivre l’initiative et conclut en mettant l’accent sur trois points essentiels, à savoir :

 1)   Plusieurs objectifs peuvent être poursuivis à travers l’organisation d’une formation pour cadres religieux : assurer la qualité de l’assistance morale et religieuse à nos concitoyens de confession musulmane, contribuer à l’ordre public en prévenant le radicalisme, contribuer à la cohésion sociale et au « vivre ensemble».

2)   Ces objectifs ne pourront être atteints qu’à un certain nombre de conditions :

 

-      l’implication des communautés musulmanes dans l’élaboration du dispositif de formation et dans sa mise en œuvre, sans toutefois déroger à la liberté académique et aux standards universitaires ;

-      une offre de formation correspondant à un master interdisciplinaire en étude de l’islam, co-organisé par les universités francophones, offre pouvant être complétée par des partenariats avec des universités étrangères, des certificats universitaires, baccalauréats pédagogiques ou professionnalisant et une formation continuée ;

-      des contenus de formation comportant un volet religieux, un volet sociétal et civique et visant une meilleure connaissance du français pour les non francophones ;

-      une réflexion sur la constitution d’un institut d’étude de l’islam qui, en étant le coordinateur de la formation, pourrait pérenniser le bon fonctionnement des initiatives interdisciplinaires et interuniversitaires.

 3)   La création d’un dispositif d’enseignement pour cadres musulmans n’est pas le seul moyen de favoriser l’émergence d’un « islam d’Europe (ou de Belgique) » L’adoption par les Régions wallonne et de Bruxelles-Capitale de critères de reconnaissance de communautés culturelles locales, le déblocage des dossiers de reconnaissance de mosquées ou encore l’attribution d’une émission concédée sur les ondes de la radio-télévision publique pourraient en constituer d’autres.

 Compétent dans les deux domaines clés que sont l’enseignement supérieur et les médias, le Ministre Jean-Claude MARCOURT est déterminé à favoriser le développement d’un islam de Belgique ou d’Europe en Fédération Wallonie-Bruxelles – un islam moderne, en phase avec les principes démocratiques – celui auquel aspire la grande majorité de nos concitoyens de confession musulmane.

 A ce stade, la réflexion et la concertation doivent encore se poursuivre avec tous les acteurs : les organisateurs d’enseignement tels que le Cismoc (UCL) et le Cierl (ULB) et de formation tels que l’EMB, le monde musulman et ses différentes composantes, les acteurs institutionnels, notamment les universités.

 Le but est d’obtenir le consensus le plus large autour de propositions concrètes réalisables dans un délai raisonnable. Pour ce faire, le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé ce jour de mettre sur pied une commission ad hoc. Cette dernière sera libre d’aborder tous les sujets qu’elle juge utile dans le champ de compétence de la FWB, sans s’interdire de toucher éventuellement aux compétences d’autres niveaux de pouvoir, mais de faire en tout cas des propositions concrètes sur deux sujets en particulier :

1.      Est-il possible d’améliorer la formation des cadres musulmans en FWB, et si oui comment ?

2.      La communauté musulmane a droit, à l'égal des autres communautés, à une 'émission concédée' sur la RTBF ; quelles devraient être les modalités de sa mise en oeuvre ? 

La présidence de la nouvelle structure sera assurée par Andrea Rea (Professeur de sociologie à l’ULB, Doyen de la Faculté des Sciences sociales et politiques) et Fr. Tulkens (Professeur émérite de l’UCL et Vice-Présidente honoraire de la Cour européenne des droits de l’Homme). Elle sera composée de personnalités du monde musulman, du monde académique et culturel, du monde associatif. Le Cismoc ainsi que le Cedem sont désignés en tant que co-rapporteurs auprès du Gouvernement. Enfin, ce dernier reste attentif à ce que l'ensemble des compétences actives dans le domaine soient associées à la démarche.

Dans un souci de continuité, la rédaction du rapport final sera confiée au Cedem. Les travaux s’étaleront entre janvier et juin 2015, le dépôt de ce rapport final étant attendu pour septembre 2015.