Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Construire une Belgique fédérale et ne pas se limiter à coudre des accords au fil blanc et à échafauder des institutions compliquées.

Les mantras belges à réinventer

Felice Dassetto

17 janvier 2020

(une version abrégée de ce texte a été publiée dans La libre Belgique, du 11-12 janvier 2020, avec le titre « Pour une nouvelle Belgique fédérale »)

La trêve des confiseurs s’est passée dans l’attente. Les vœux de Nouvel an ont eu des difficultés à se formuler positivement en ce qui concerne la Belgique fédérale. Le regard des analystes et observateurs politiques est pessimiste. Le Roi et le VOKA ont invité ou enjoint d’avancer dans la constitution d’un gouvernement. Des informateurs et des négociateurs s’activent à la recherche d’issues.

Si un gouvernement fédéral sera formé, ce serait le dernier miracle « à la belge ». Il faudra trouver un saint ou une sainte à remercier et à qui allumer des bougies pour l’avenir. Sainte Rita, la sainte des causes perdues pourrait faire l’affaire. Ou Sainte Gudule, la sainte qui n’existe pas. Et si un gouvernement sera formé on poussera un grand « ouf » sans se demander ce qui se passera aux prochaines élections.

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La chevauchée flamande et l’immobilisme de celles et ceux qui pensent encore à la Belgique.

Felice Dassetto

24 octobre 2019

Le président flamand Jan Jambon en début octobre un discours répercuté par la presse flamande et francophone à l’Université de Gand devant un grand auditoire d’étudiantes et d’étudiants.. Le regret qu’il a exprimé de ne pas avoir pu intégrer le Vlaams Belang dans le gouvernement flamand, ce qui signifie la rupture du « cordon sanitaire », a suscité des commentaires scandalisés ou perplexes. Une autre affirmation n’a fait que répéter le programme de la NVA. Elle a consisté à dire que l’indépendance de la Flandre est l’objectif naturel à atteindre, bien qu’actuellement il n’y ait pas encore de majorité pour y parvenir. Rien de neuf. En attendant, on voit avancer un pas après l’autre, la volonté de vider l’état fédéral et d’accroître non seulement, simultanément, les compétences des ensembles fédérés, mais d’accroître autant que possible les compétences propres de la Flandre. Et l'on voit situer le tout dans un cadrage conceptuel de la réalité : la théorie des « deux nations » qui justifie l’inévitable séparation institutionnelle du pays. Ce qui est d’ailleurs conforté par la difficulté de constituer un gouvernement fédéral, compte tenu des résultats électoraux politiquent opposés, peut-être moins en raison des « deux nations » idéologiquement opposées sur le plan socio-économique, comme l’affirment les nationalistes, qu’en raison du succès de l’idéologie nationaliste aboutissant au succès de la NVA et du Vlaams Belang. A ce cadrage s’ajoute, pour contourner l’obstacle bruxellois à une indépendance flamande, la proposition de cogestion de Bruxelles par les Flamands et les Wallons. Aujourd’hui, elle est rejetée et considérée impensable. Mais le dynamique nationaliste a la patience du temps. C’est ce que disait Jambon entre les lignes : « il n’y a pas encore une majorité pour atteindre l’indépendance ». Elle viendra. Entre-temps, on cherchera à « défranciser » Bruxelles, éventuellement à l’angliciser afin de l’inclure dans le futur État flamand indépendant. Beaucoup riront de cette hypothèse. Voire…

L’immobilisme de celles et ceux qui pensent encore à la Belgique

Ce qui frappe depuis une bonne quarantaine d’années, si ce n'est davantage, c’est que face à l’avancée évidente et progressive flamande dans le sens d’une indépendance, guidée par une stratégie claire, imaginative et innovante, allant dans le sens du séparatisme, on ne peut que constater l’immobilisme de celles et ceux, en Flandre, à Bruxelles, en Wallonie ou dans la région germanophone, qui pensent et qui affirment que la Belgique aurait encore un sens.

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Le cadastre des religions en Wallonie. Une initiative du ministre Dermagne plus que discutable et qui mériterait un large débat.

 

Felice Dassetto

20.04.2017

 

La RTBF a relayé le 12 avril dernier une information venant du cabinet du ministre de l’Intérieur de la Région wallonne, Pierre-Yves Dermagne, faisant état de la préparation d’un « cadastre des lieux de culte ». Par ce cadastre est faite obligation aux religions de s’enregistrer, de déclarer leurs sources de financement, d’utiliser le français et de déclarer sur l’honneur de respecter les valeurs démocratiques.

Apparemment ce projet fait consensus au sein de la Région wallonne et des partis de la coalition au pouvoir. Et je n’ai pas entendu, sauf erreur de ma part, des réactions au sein des partis de l’opposition. Il ne faudrait pas en rester avec ce cadastre à la solution qui semble être de "gros bon sens", alors qu'elle procède d'implicites assez lourds de sens.

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Quel « Institut sur l’islam » proposé par le ministre du ministre Marcourt ? Clarifications nécessaires et suggestions.

30 avril 2017

Felice Dassetto

La Une du Soir du 27 avril titrait : « La création d’un islam de Belgique dans l’impasse ». Rien de moins. Et en sous-titre : « L’Exécutif des musulmans de Belgique bloque la création de l’institut voulu par Jean-Claude Marcourt. La formation des imams crispe les positions ».
Le titre est pour le moins excessif et trompeur. L’islam de Belgique avance jour après jour, péniblement, difficilement, mais certainement. Et penser que le projet d’Institut de l’islam dans la forme voulue par le ministre Marcourt ou son cabinet allait faire advenir à lui tout seul l’islam de Belgique est un peu vite dit.

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Nationalisme religieux chez les Belges d’origine turque. Aspects qui interpellent largement pour l’avenir.

À propos des articles publiés par le quotidien Le Soir du 1° et 2° avril 2017 et la victoire du "oui" au referendum en Turquie

8 avril 2017

Felice Dassetto

 

1.Prémisse

La Une du quotidien bruxellois Le Soir a titré : « Les imams turcs ont espionné en Belgique ». Le journaliste Alain Lallemand, spécialisé dans le terrorisme ou dans des réseaux divers, dévoile de manière concomitante avec d’autres journaux européens, des pratiques pour le moins étonnantes du personnel religieux de la Direction des Affaires religieuses de l’État turc, implanté en Brelgique (et dans d’autres pays européens) plus connue sous le nom de « Diyanet ». Ces journalistes ont mis la main sur des rapports rédigés par le vice-président de la branche belge de la Dyanet, Adil Sahin, qui fait état de la collecte d’information, destinée aux services de l’État turc, au sujet de personnes belgo-turques, considérées « dangereuses » pour l’État turc, voire « terroristes ». Parmi lesquelles des membres du groupe Gülen, branche issue du mouvement islamique turc Nurcu, fondée et dirigée par l’Imam Fetullah Gülen. Autrefois allié privilégié du pouvoir, ce dernier est considéré depuis 2003 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, comme l’ennemi public numéro 1, accusé entre autres d’avoir fomenté le coup d’État avorté du 15 juillet 2016. L’hebdomadaire Le Vif/L’Express avait déjà fait état de ces dynamiques tout comme des soupçons, de l’hostilité créés en Belgique à l’égard des organisations et des personnes associées, à tort ou à raison, au mouvement de Fetullah Gülen et des menaces qu’elles ont reçu et qu’elles reçoivent. Dans le même numéro du Soir, la journaliste Elodie Blogie fait état des intimidations, reçues, par exemple, par des parents qui avaient des enfants dans les écoles appartenant à la nébuleuse de Fetullah Gülën.

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