Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

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Quel « Institut sur l’islam » proposé par le ministre du ministre Marcourt ? Clarifications nécessaires et suggestions.

30 avril 2017

Felice Dassetto

La Une du Soir du 27 avril titrait : « La création d’un islam de Belgique dans l’impasse ». Rien de moins. Et en sous-titre : « L’Exécutif des musulmans de Belgique bloque la création de l’institut voulu par Jean-Claude Marcourt. La formation des imams crispe les positions ».
Le titre est pour le moins excessif et trompeur. L’islam de Belgique avance jour après jour, péniblement, difficilement, mais certainement. Et penser que le projet d’Institut de l’islam dans la forme voulue par le ministre Marcourt ou son cabinet allait faire advenir à lui tout seul l’islam de Belgique est un peu vite dit.

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Le cadastre des religions en Wallonie. Une initiative du ministre Dermagne plus que discutable et qui mériterait un large débat.

 

Felice Dassetto

20.04.2017

 

La RTBF a relayé le 12 avril dernier une information venant du cabinet du ministre de l’Intérieur de la Région wallonne, Pierre-Yves Dermagne, faisant état de la préparation d’un « cadastre des lieux de culte ». Par ce cadastre est faite obligation aux religions de s’enregistrer, de déclarer leurs sources de financement, d’utiliser le français et de déclarer sur l’honneur de respecter les valeurs démocratiques.

Apparemment ce projet fait consensus au sein de la Région wallonne et des partis de la coalition au pouvoir. Et je n’ai pas entendu, sauf erreur de ma part, des réactions au sein des partis de l’opposition. Il ne faudrait pas en rester avec ce cadastre à la solution qui semble être de "gros bon sens", alors qu'elle procède d'implicites assez lourds de sens.

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En marge de l’émission de la RTBF sur Molenbeek du 7 novembre 2016

Felice Dassetto

8 novembre 2016

La soirée du lundi 7 novembre était consacrée par la Une de la RTBF à Molenbeek pour essayer de comprendre les raisons de l’émergence du radicalisme dans cette entité bruxelloise.

L’entrée était peut-être pertinente pour proposer une analyse de cette commune tant médiatisée, tout en n’oubliant pas que la réalité de Molenbeek est en totale continuité avec Anderlecht, Laeken, Koekelberg, Saint-Josse, Evere…

L’émission, compte tenu des références aux terroristes de Paris et de Bruxelles, portait en réalité, sans le dire ou sans savoir le dire, sur la réalité des populations marocaines installées à Bruxelles et ailleurs. Populations relatives à des familles désormais de deuxième, de troisième génération et qui semblent avoir besoin de continuer à être « accompagnées » et amenées à une « école des parents ». Mais qui, me semble-t-il, ne concernent pas la totalité des familles d’origine marocaine de Molenbeek, comme pouvait être compris à partir du documentaire et du « débat ».

Cette soirée dense devrait être l’objet d’une analyse et d’une discussion critiques plus approfondies.

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Nationalisme religieux chez les Belges d’origine turque. Aspects qui interpellent largement pour l’avenir.

À propos des articles publiés par le quotidien Le Soir du 1° et 2° avril 2017 et la victoire du "oui" au referendum en Turquie

8 avril 2017

Felice Dassetto

 

1.Prémisse

La Une du quotidien bruxellois Le Soir a titré : « Les imams turcs ont espionné en Belgique ». Le journaliste Alain Lallemand, spécialisé dans le terrorisme ou dans des réseaux divers, dévoile de manière concomitante avec d’autres journaux européens, des pratiques pour le moins étonnantes du personnel religieux de la Direction des Affaires religieuses de l’État turc, implanté en Brelgique (et dans d’autres pays européens) plus connue sous le nom de « Diyanet ». Ces journalistes ont mis la main sur des rapports rédigés par le vice-président de la branche belge de la Dyanet, Adil Sahin, qui fait état de la collecte d’information, destinée aux services de l’État turc, au sujet de personnes belgo-turques, considérées « dangereuses » pour l’État turc, voire « terroristes ». Parmi lesquelles des membres du groupe Gülen, branche issue du mouvement islamique turc Nurcu, fondée et dirigée par l’Imam Fetullah Gülen. Autrefois allié privilégié du pouvoir, ce dernier est considéré depuis 2003 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, comme l’ennemi public numéro 1, accusé entre autres d’avoir fomenté le coup d’État avorté du 15 juillet 2016. L’hebdomadaire Le Vif/L’Express avait déjà fait état de ces dynamiques tout comme des soupçons, de l’hostilité créés en Belgique à l’égard des organisations et des personnes associées, à tort ou à raison, au mouvement de Fetullah Gülen et des menaces qu’elles ont reçu et qu’elles reçoivent. Dans le même numéro du Soir, la journaliste Elodie Blogie fait état des intimidations, reçues, par exemple, par des parents qui avaient des enfants dans les écoles appartenant à la nébuleuse de Fetullah Gülën.

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Un mois après : perspectives pour un élan après les attentats du 22 mars

Felice Dassetto

18 avril 2016

L’efficacité pratique du radicalisme terroriste fait prendre conscience que le temps n’est plus aux tergiversations. Ce n’est pas non plus le temps des accusations ou des polémiques, même si faire un bilan du passé est toujours utile. Ce n’est pas non plus le temps de l’amateurisme et de l’improvisation qui semblent encore continuer à frapper la construction de la vision et de l’action au sujet de l’islam (elles le font depuis des décennies, pour preuve les vicissitudes incessantes de l’Exécutif des musulmans de Belgique), tout au moins en Belgique francophone.

Ce qui est suggéré dans la suite peut paraître trop large et trop général : il suggère des pistes pour penser une vision d’ensemble des actions à entreprendre pour agir contre la radicalisation et pour un projet de renouvellement et pour poser des préalables afin de concrétiser cette vision. Mais à l’aide de quelques exemples, j’essaie de montrer que cela est très concret, tout en essayant de prendre du recul pour disposer d’une stratégie, d’une hiérarchie de priorités, d’une temporalité. En somme d’une vision structurée.

Souvent, il s’agit d’ailleurs de choses qui se font déjà, mais qui manquent parfois de recul, de consolidation et de ciblage.

Après quelques prémisses générales, (1) j’esquisse une analyse des causes de la radicalisation étape indispensable pour envisager les actions conséquentes. Ensuite (2) je pose la question de savoir qui est concerné par cette grande mobilisation indispensable. Mais pour envisager un grand plan d’ensemble et ne pas foncer à tête baissée sur quelques idées éparses, il me semble utile (3) de poser quelques aspects préalables, quelques principes de base aux actions à entreprendre. Et enfin (4) à titre d’exemple j’essaie de esquisser de manière incomplète quelques perspectives d’action et quelques priorités en direction de la jeunesse. Dans le texte il y a deux excursus, en italique : l’un concernant les concitoyens musulmans et l’autre concernant les perspectives de la jeunesse moins favorisée et ce qu’on lui propose.

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