Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

Envie de rester au courant des derniers articles ?

Abonnez vous au flux Rss

L'information médiatique contaminée par le virus communautariste belge, résiste même au Coronavirus

 

Felice Dassetto

20 avril 2020

(Nederlandse vertaling hieronder)

Le Covid-19 ravageur et meurtrier a fait un miracle politique : le gouvernement provisoire reste provisoire, mais est doté de pouvoirs spéciaux ; une union sacrée (temporaire) et un peu fragile se fait au niveau fédéral et entre « le » fédéral et les entités fédérées. De quoi donner un soubassement politique un peu crédible à une action médicale rapide, efficace, un minimum coordonnée face à l’ampleur du péril. Le niveau fédéral a également réussi à coordonner une aide aux entreprises. Au niveau des régions une cacophonie à la belge persiste et des aides différentes sont fournies aux indépendants de l’Horeca, aux commerçants, aux coiffeurs, selon que l’on soit en Flandre, à Bruxelles ou en Wallonie. Des divergences apparaissent au niveau du devenir de l’enseignement.

Malgré tout, sur la scène politique, c’est une trêve politique provisoire et une trêve provisoire de la « guerre communautaire » s’est faite avec grincement des dents. Le virus communautaire belge, pour lequel il n’y a pas (encore) de vaccin, semble avoir ralenti provisoirement son action.

Lire la suite...

En amont d’Emir Kir ou quand la politique mêle les pinceaux

Felice Dassetto

25 janvier 2020

L’exclusion du Parti socialiste du bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir, a fait pas mal de bruit.

L’argument officiel donné par la Commission de vigilance du parti socialiste, présidée par le président de la section bruxelloise du PS Ahmed Laaouej, est celui de la rupture du « cordon sanitaire » à l’égard de l’extrême droite. Cette expression de « cordon sanitaire », qui évoque l’image d’une salubrité publique à sauvegarder, a été utilisée en Belgique à l’égard des partis nationalistes extrémistes, la Vlaams Block devenu Vlaams Belang.

La rupture consiste dans le fait qu’Emir Kir, bourgmestre de la petite commune de Saint-Josse, a reçu une délégation de maires de villes de Turquie en visite au Parlement européen. Parmi ces maires y avaient également deux élus membres du MHP (Miliyetçi Hareket Partisi -Parti d’action nationaliste), un parti considéré d’extrême droite. Ce parti est l’expression politique du mouvement dit des « Loups gris ».


Il me semble que l’accusation qui est faite au bourgmestre de Saint Josse d’avoir reçu la délégation de maires de villes turques, dont deux maires du MHP, est un peu légère. Elle permet d’ailleurs à M. Kir de répondre que cette délégation avait été reçue au Parlement européen sans susciter d’objections et de poser la question de savoir si le cordon sanitaire qui devrait s’appliquer à Saint Josse ne s’appliquerait pas au Parlement européen. Pour expliquer l’exclusion d’Emir Kir de PS on a évoqué également la « goutte qui fait déborder le vase » en rappelant entre autres l’absence d’Emir Kir du parlement lors du vote portant sur l’attribution de la catégorie de « génocide » au massacre des Arméniens qui a eu lieu en 1915-1916. Emir Kir s’alignerait ainsi sur la position officielle de l’Etat turc qui refuse cette appellation, bien que ce massacre ait eu lieu sous l’Empire ottoman. C'est une position dont il faudrait analyser les raisons. Car la persecution des Arméniers et des Assyro chaldéens, date de la fin du XIX° siècle. Elle est relancée sous le gouvernement "laïque" des "Jeunes- Turcs": ils ont pratiqué un véritable massacre de masse des Armeniens dans le but de purifier l'empire. On pourrait se demander si ces actions ne sont pas à comprendre la la culture " raciale" qui nourrit la vision du monde occidentale, 
du XIX° siècle fort influente dans des couches des élites de l'empire ottoman de l'époque, la même qui justifie la colonisation et celle qui justifiera la  "Shoah" quelques décennies après. Mustafa Kemal, après avoir pensé de suivre les accords du Traité de Sèvre  de 1920 qui prévoyaient entre autres  de juger les responsables de ces massacres de masse, il proclamera une amnistie générale en 1923 pour des raisons d'opportunisme politique, voulant ainsi consolider l'unité de la république turque à peine constituée. 

 

On évoque également pour expliquer la décision de la commission de vigilance du PS la pression des médias qui ont poussé aux cordes le PS pour qu’il prenne une décision dans ce sens.

Ces arguments et ces commentaires autour du cas Emir Kir éclairent des aspects de la scène politique-médiatique belge. Mais il me semble utile d’aller plus loin. Je pense en effet que se limiter à isoler et à personnaliser le cas d’Emir Kir c’est ne pas voir de quoi cet épisode est révélateur de la réalité et du devenir de la Turquie et des populations d’origine turque tant en Belgique que dans de nombreux autres pays du centre et du nord de l’Europe où cette population est implantée (Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Alsace, Suède…). Pour cela, il importe d’élargir le regard et de faire un peu d’histoire du devenir politique et indissociablement religieux de la Turquie contemporaine et des populations turques en Europe et en Belgique.

Lire la suite...

La chevauchée flamande et l’immobilisme de celles et ceux qui pensent encore à la Belgique.

Felice Dassetto

24 octobre 2019

Le président flamand Jan Jambon en début octobre un discours répercuté par la presse flamande et francophone à l’Université de Gand devant un grand auditoire d’étudiantes et d’étudiants.. Le regret qu’il a exprimé de ne pas avoir pu intégrer le Vlaams Belang dans le gouvernement flamand, ce qui signifie la rupture du « cordon sanitaire », a suscité des commentaires scandalisés ou perplexes. Une autre affirmation n’a fait que répéter le programme de la NVA. Elle a consisté à dire que l’indépendance de la Flandre est l’objectif naturel à atteindre, bien qu’actuellement il n’y ait pas encore de majorité pour y parvenir. Rien de neuf. En attendant, on voit avancer un pas après l’autre, la volonté de vider l’état fédéral et d’accroître non seulement, simultanément, les compétences des ensembles fédérés, mais d’accroître autant que possible les compétences propres de la Flandre. Et l'on voit situer le tout dans un cadrage conceptuel de la réalité : la théorie des « deux nations » qui justifie l’inévitable séparation institutionnelle du pays. Ce qui est d’ailleurs conforté par la difficulté de constituer un gouvernement fédéral, compte tenu des résultats électoraux politiquent opposés, peut-être moins en raison des « deux nations » idéologiquement opposées sur le plan socio-économique, comme l’affirment les nationalistes, qu’en raison du succès de l’idéologie nationaliste aboutissant au succès de la NVA et du Vlaams Belang. A ce cadrage s’ajoute, pour contourner l’obstacle bruxellois à une indépendance flamande, la proposition de cogestion de Bruxelles par les Flamands et les Wallons. Aujourd’hui, elle est rejetée et considérée impensable. Mais le dynamique nationaliste a la patience du temps. C’est ce que disait Jambon entre les lignes : « il n’y a pas encore une majorité pour atteindre l’indépendance ». Elle viendra. Entre-temps, on cherchera à « défranciser » Bruxelles, éventuellement à l’angliciser afin de l’inclure dans le futur État flamand indépendant. Beaucoup riront de cette hypothèse. Voire…

L’immobilisme de celles et ceux qui pensent encore à la Belgique

Ce qui frappe depuis une bonne quarantaine d’années, si ce n'est davantage, c’est que face à l’avancée évidente et progressive flamande dans le sens d’une indépendance, guidée par une stratégie claire, imaginative et innovante, allant dans le sens du séparatisme, on ne peut que constater l’immobilisme de celles et ceux, en Flandre, à Bruxelles, en Wallonie ou dans la région germanophone, qui pensent et qui affirment que la Belgique aurait encore un sens.

Lire la suite...

Construire une Belgique fédérale et ne pas se limiter à coudre des accords au fil blanc et à échafauder des institutions compliquées.

Les mantras belges à réinventer

Felice Dassetto

17 janvier 2020

(une version abrégée de ce texte a été publiée dans La libre Belgique, du 11-12 janvier 2020, avec le titre « Pour une nouvelle Belgique fédérale »)

La trêve des confiseurs s’est passée dans l’attente. Les vœux de Nouvel an ont eu des difficultés à se formuler positivement en ce qui concerne la Belgique fédérale. Le regard des analystes et observateurs politiques est pessimiste. Le Roi et le VOKA ont invité ou enjoint d’avancer dans la constitution d’un gouvernement. Des informateurs et des négociateurs s’activent à la recherche d’issues.

Si un gouvernement fédéral sera formé, ce serait le dernier miracle « à la belge ». Il faudra trouver un saint ou une sainte à remercier et à qui allumer des bougies pour l’avenir. Sainte Rita, la sainte des causes perdues pourrait faire l’affaire. Ou Sainte Gudule, la sainte qui n’existe pas. Et si un gouvernement sera formé on poussera un grand « ouf » sans se demander ce qui se passera aux prochaines élections.

Lire la suite...

Quel « Institut sur l’islam » proposé par le ministre du ministre Marcourt ? Clarifications nécessaires et suggestions.

30 avril 2017

Felice Dassetto

La Une du Soir du 27 avril titrait : « La création d’un islam de Belgique dans l’impasse ». Rien de moins. Et en sous-titre : « L’Exécutif des musulmans de Belgique bloque la création de l’institut voulu par Jean-Claude Marcourt. La formation des imams crispe les positions ».
Le titre est pour le moins excessif et trompeur. L’islam de Belgique avance jour après jour, péniblement, difficilement, mais certainement. Et penser que le projet d’Institut de l’islam dans la forme voulue par le ministre Marcourt ou son cabinet allait faire advenir à lui tout seul l’islam de Belgique est un peu vite dit.

Lire la suite...